![]() Mise à jour le vendredi 24 février 2012 à 21 h 29 HAE Syrie : la Croix-Rouge à Homs pour évacuer des blessés
Pendant que sur le front diplomatique, près de 70 pays réunis à Tunis ont demandé de nouvelles sanctions contre le régime du président syrien Bachar Al-Assad, sur le terrain, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le Croissant rouge syrien ont réussi à atteindre la ville de Homs pour évacuer des blessés. Le porte-parole du CICR à Damas, Saleh Dabbakeh, a déclaré à l'AFP que trois ambulances qui étaient entrées à Bab Amr ont quitté l'endroit en évacuant plusieurs victimes syriennes. Ce quartier est soumis depuis trois semaines à d'intenses bombardements de l'armée syrienne, qui tente de reprendre la ville de Homs aux opposants au président Bachar Al-Assad. Il a ajouté que les négociations se poursuivaient pour tenter « d'évacuer toutes les personnes, sans exception, qui ont besoin de soins en urgence ». Au moins onze ambulances et d'autres voitures se trouvaient sur place. De Genève, une porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge a de son côté déclaré à Reuters que les ambulances du Croissant rouge avaient commencé à évacuer des femmes et des enfants. Les deux journalistes blessés dans le bombardement qui a coûté la vie à deux reporters, mercredi à Homs, n'auraient toutefois pas encore été évacués, selon l'AFP. La journaliste française Edith Bouvier et le photographe indépendant britannique Paul Conroy avaient tous deux demandé leur évacuation dans des vidéos publiés sur Internet. En outre, les corps Marie Colvin et de Rémi Ochlik sont aussi concernés par cette évacuation. Des diplomates et responsables du CICR ont réussi à convaincre les rebelles et les autorités syriennes de cesser le feu pour mener à bien leur évacuation.
Renforcer les sanctions Quant aux représentants des pays occidentaux et de la Ligue arabe rassemblés vendredi à Tunis, ils ont tenté de trouver des pistes de solutions pour tenter de dénouer la crise en Syrie. Dans la déclaration finale de la réunion, ils ont demandé l'arrêt immédiat des violences et de nouvelles sanctions contre le régime de Damas. Le groupe dit des « amis de la Syrie » a appelé Damas à « cesser immédiatement toute forme de violence » afin de permettre l'accès de l'aide humanitaire et s'est « engagé à prendre des mesures pour appliquer et renforcer les sanctions sur le régime ». Le groupe « prend note de la demande faite par la Ligue arabe au Conseil de sécurité de l'ONU de former une force conjointe arabe et des Nations unies de maintien de la paix [...] et a décidé de poursuivre les discussions sur les conditions du déploiement d'une telle force », dit le texte final. Le groupe « réaffirme son attachement à la souveraineté, l'indépendance et l'intégrité territoriale de la Syrie » et souligne la nécessité d'une « solution politique » à la crise. De plus, il demande au gouvernement syrien de « permettre l'accès libre et sans entraves des agences humanitaires » dans les régions les plus touchées par la répression. Quant aux sanctions proposées contre le régime de Damas, on retrouve notamment « l'interdiction de voyage des membres du régime, le gel de leurs avoirs, l'arrêt de l'achat des hydrocarbures syriens, la réduction des liens diplomatiques avec le régime syrien ». Reconnaissance de l'opposition Dans leur déclaration finale, les pays réunis à Tunis reconnaissent le Conseil national syrien (CNS) comme « un représentant légitime des Syriens qui cherchent un changement démocratique pacifique » et l'encouragent à former un groupe « représentatif » et incluant toutes les sensibilités. Ils s'engagent à fournir « un soutien effectif » à l'opposition, sans toutefois donner plus de précisions. De son côté, le chef du Conseil national syrien (CNS) a estimé que la réunion de vendredi n'avait pas répondu aux attentes du peuple syrien. Plus tôt dans la journée, le CNS avait appelé les « amis de la Syrie » à équiper militairement l'Armée syrienne libre ainsi que toutes les formes de résistance populaire au gouvernement syrien. Le Conseil national syrien avait également indiqué que la prochaine conférence internationale sur la Syrie aurait lieu à Istanbul, en Turquie, dans trois semaines.
De nombreuses propositions Parmi les propositions avancées pendant la conférence, le président tunisien, Moncef Marzouki, a dit souhaiter l'envoi d'une force arabe de maintien de la paix en Syrie. Cette proposition était appuyée par l'influent émirat du Qatar. « La situation actuelle exige une intervention arabe dans le cadre de la Ligue arabe, une force arabe pour préserver la paix et la sécurité, et pour accompagner les efforts diplomatiques pour convaincre Bachar de partir », a précisé le président tunisien. M. Marzouki a également demandé qu'une « immunité judiciaire » soit accordée au président Bachar Al-Assad et à sa famille, et a évoqué un éventuel refuge en Russie pour le dirigeant syrien. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil El-Arabi, a quant à lui réclamé que le Conseil de sécurité des Nations unies adopte dans l'urgence une résolution appelant au cessez-le-feu en Syrie. « Cette conférence devrait prendre des décisions pratiques et donner la priorité à une résolution urgente du Conseil de sécurité sur un cessez-le-feu », a-t-il déclaré. La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a soutenu que Bachar Al-Assad paiera d'un « prix élevé » les violations des droits de la personne en Syrie. « Si le régime Assad refuse d'accepter que cette aide de survie parvienne aux civils, il aura encore plus de sang sur les mains. Il en ira de même pour les nations qui continuent de protéger et d'armer ce régime », a-t-elle ajouté. Mme Clinton a appelé l'ensemble des nations à geler les avoirs des hauts responsables syriens et à imposer un embargo sur le pétrole syrien. Elle a aussi offert 10 millions de dollars pour l'aide humanitaire en Syrie. Le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a annoncé que l'Union européenne gèlera les avoirs de la Banque centrale de Syrie à partir de lundi prochain. Il a d'ailleurs déclaré que la conférence lancerait « un appel à renforcer les sanctions de nature à faire plier le régime » syrien. De son côté, la délégation saoudienne a choisi de quitter la conférence de Tunis sur la Syrie, regrettant que l'accent ne soit mis que sur l'aide humanitaire. La rencontre était boycottée par la Chine et la Russie, principaux alliés du régime syrien. Le Canada est représenté par son ministre des Affaires étrangères, John Baird. Les dirigeants accueillis par des manifestants Avant le début de la rencontre, les forces de l'ordre ont dû intervenir quand des dizaines de manifestants syriens et tunisiens ont tenté de pénétrer dans l'hôtel où doit se tenir la conférence. Les policiers tunisiens ont repoussé les manifestants à coups de matraque. « Non au congrès des ennemis de la Syrie et des ennemis de la nation arabe! C'est un congrès pour les intérêts américains et sionistes », criaient les manifestants.
La répression se poursuit Sur le terrain, l'armée syrienne n'a pas relâché la pression qu'elle exerce sur la ville de Homs. Des tirs d'artillerie visant le quartier de Baba Amr ont fait quatre morts vendredi, selon des militants. Au total, 36 civils ont été tués en Syrie vendredi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme. D'autre part, des milliers de Syriens ont manifesté vendredi dans une dizaine de villes sous le mot d'ordre « Nous nous révolterons pour toi, Baba Amr », en référence au quartier pilonné par les forces syriennes. Par ailleurs, des militants syriens ont appelé les pays réunis à la conférence de Tunis à privilégier les actes aux paroles pour faire cesser la répression, selon une ONG syrienne. « Nous leur disons: "plus vous parlez sans agir, plus le régime va se venger de nous" », a affirmé à l'AFP un militant de la Commission générale de la révolution syrienne présent dans la ville de Homs. Depuis mars 2011, la répression a fait près de 7600 morts, selon des organisations syriennes de défense des droits de l'homme. Jeudi, l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a été nommé émissaire conjoint de l'ONU et de la Ligue arabe pour tenter de trouver une solution à la crise. Dans une résolution adoptée massivement la semaine dernière, l'Assemblée générale de l'ONU avait demandé à Damas de mettre un terme à la répression féroce menée contre sa population civile et réclamé la nomination d'un envoyé spécial. La Russie et la Chine avaient voté contre, après avoir opposé leur veto à deux résolutions du Conseil de sécurité sur la Syrie. Radio-Canada.ca avecAgence France Presse et Reuters Fil international en continuMis à jour il y a 3 heures 8 minutesCorrespondants à l'étranger
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