Au tribunal de Turin, une femme brandit une affiche sur laquelle est écrit : Stephan Schmidheiny ta place est en prison.
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AFP/GIUSEPPE CACACE
La justice italienne a condamné lundi par contumace l'ancien propriétaire du groupe suisse Eternit et l'actionnaire belge de sa filiale italienne à 16 ans de prison pour négligence ayant entraîné au moins 2000 décès liés à l'amiante.
Le Suisse Stephan Schmidheiny, 64 ans, et le Belge Jean-Louis de Cartier de Marchienne, âgé de 90 ans, ont été jugés responsables de la mort d'anciens ouvriers ou d'habitants vivant à proximité de plusieurs usines d'Eternit-Italie.
Les avocats de la défense ont estimé que leurs clients n'avaient aucune responsabilité dans l'affaire.
« C'est le plus grand procès dans le monde et dans l'histoire en ce qui concerne la sécurité sur le lieu de travail », a souligné le procureur Raffaele Guariniello en entrant dans la salle d'audience de Turin.
L'accusation a souligné que le manque de mesures de protection contre l'amiante avait conduit à des décès ou des maladies au cours des quarante dernières années frappant les employés d'Eternit ou les habitants des sites où le groupe était implanté : Casale Monferrato et Cavagnolo dans le Piémont (nord-ouest), Rubiera en Emilie et Bagnoli en Campanie (sud).
Eternit, un groupe spécialisé dans les matériaux de construction en amiante, a arrêté ses activités en Italie en 1986 après l'interdiction de l'amiante.
Les deux hommes ont aussi été condamnés à verser plusieurs dizaines de millions d'euros aux diverses parties civiles.
Au total, 6000 personnes, en majorité des victimes ou des proches de victimes décédées, réclamaient un dédommagement pour le drame de l'amiante.
Le procès a nécessité cinq ans d'enquête et trois ans d'audience. Le parquet avait requis 20 ans de prison contre les deux hommes accusés d'avoir provoqué « une catastrophe sanitaire et environnementale permanente » et enfreint la sécurité au travail.
Des associations françaises encouragées
Ce premier procès au pénal dans les affaires d'amiante pourrait inspirer d'autres procédures.
D'ailleurs, les associations de victimes de l'amiante et un syndicat de magistrats en France ont demandé l'accélération des poursuites pénales visant les ravages d'une fibre qui fait des milliers de morts par an en France.
En décembre, la cour d'appel de Paris a annulé la mise en examen pour « homicides involontaires » de Joseph Cuvelier, qui fut directeur général puis président du directoire d'Eternit France entre 1972 et 1994. L'affaire, renvoyée à un nouveau juge, est au point mort.
Par ailleurs, une vingtaine d'enquêtes judiciaires liées à l'usage de l'amiante dans le bâtiment et tous les secteurs de l'industrie sont en cours à Paris, plus de 16 ans après les premières plaintes.
« A Turin, on a un parquet volontariste et efficace. En France, un parquet passif sinon hostile », a-déclaré Me Jean-Paul Teissonnière, un des avocats des victimes de l'amiante qui a plaidé en Italie.
On estime à 3000 le nombre de décès annuels dus aux cancers et mésothéliomes liés à l'amiante en France et le total des victimes d'ici 2025 pourrait s'élever à 100 000, selon les études sur la question.