Le premier ministre pakistanais Youssouf Raza Gilani à son arrivée à la Cour suprême le 13 février 2012.
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AFP/AAMIR QURESHI
La Cour suprême du Pakistan a officiellement inculpé lundi le premier ministre pakistanais Youssouf Raza Gilani pour outrage au tribunal, en raison de son refus persistant de rouvrir une procédure judiciaire contre le président Asif Ali Zardari.
Le premier ministre n'est pas impliqué dans l'affaire de corruption présumée visant M. Zardari, mais il est accusé d'outrage à la Cour suprême pour avoir refusé de réclamer à la Suisse la réouverture d'une enquête visant le chef de l'État. Youssouf Raza Gilani a plaidé non coupable aux accusations portées contre lui.
S'il est reconnu coupable, M. Gilani est passible de six mois de prison et pourrait être forcé de démissionner de son poste de chef de gouvernement, un scénario qui pourrait provoquer des élections législatives anticipées.
La fermeté du plus haut tribunal du pays contribue d'ailleurs à affaiblir le chef de l'État et le gouvernement, visés par des allégations de mauvaise gouvernance et menacés par la toute puissante armée.
Rappel des événements
L'affaire remonte à 2007. Le prédécesseur de M. Zardari, le général Pervez Moucharraf, s'était secrètement allié avec l'ancienne première ministre Benazir Bhutto pour un éventuel partage du pouvoir en vue des élections législatives de 2008.
Pour ce faire, il avait promulgué une amnistie générale déchargeant des milliers de personnes, dont Mme Bhutto et son époux Asif Ali Zardari, de toutes poursuites pour corruption. Le couple faisait notamment l'objet d'enquêtes pour des détournements présumés de fonds publics à l'époque où elle était chef de gouvernement et lui ministre.
Après la mort de Benazir Bhutto dans un attentat en décembre 2007 et la victoire de son parti au scrutin de 2008, le Parlement avait confié la présidence à M. Zardari par une majorité des deux tiers.
La Cour suprême avait invalidé le décret d'amnistie de 2007 et ordonné entre autres au gouvernement de demander à la Suisse de rouvrir les procédures judiciaires contre M. Zardari, ce qu'il a toujours refusé de faire.
L'armée, qui a été à la tête du Pakistan plus de la moitié de son existence à la suite de putschs, a été soupçonnée au cours des derniers mois de fomenter un nouveau coup d'État, ce qu'elle a vivement démenti.
Les analystes prédisent plutôt que les pressions de la justice et des militaires provoqueront des élections législatives anticipées en 2012, alors que le scrutin devait avoir lieu en 2013.