La place Tiananmen dans le brouillard, octobre 2011
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Plus de 20 ans ont passé depuis les événements place Tiananmen. Qu'en reste-t-il aujourd'hui? Alors que le premier ministre Stephen Harper est en visite officielle en Chine pour raffermir les liens du Canada avec la deuxième puissance économique du monde, Radio-Canada.ca revient sur cet événement historique.
Après ce printemps démocratique, l'hiver s'est installé à demeure. Entre avril et juin 1989, étudiants, intellectuels et travailleurs descendent dans les rues des grandes villes de Chine, Pékin au premier chef, pour exiger des réformes sociales, économiques et politiques.
La loi martiale est instaurée le 20 mai, l'armée intervient, le 4 juin. À Pékin, place Tiananmen, c'est le massacre, des milliers de morts.
Depuis, note André Laliberté, professeur à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa, « une amnésie totale a été imposée au pays », comme il a pu le constater lors d'un récent séjour.
De passage à Yangzhou, au centre du pays, il a interrogé en mandarin et en anglais des étudiants en langues étrangères sur la mémoire de deux réformistes, Hu Yaobang et Zhao Ziyang. Il veut savoir ce qui, selon eux, serait arrivé au pays si leur sort n'avait pas été tragique.
« "Qui sont-ils?", me dit un étudiant ». Leurs noms n'évoquent rien.
Le premier, secrétaire général du Parti communiste, est contraint de démissionner en 1987. Ses funérailles, deux ans plus tard, sont un des éléments déclencheurs des manifestations, place Tiananmen. Le second, qui avait été son premier ministre avant de lui succéder, est limogé durant les troubles.
« Les efforts des autorités pour étouffer, nier cette mémoire, ont assez bien réussi. Sur le plan institutionnel, elle est vraiment cachée », souligne M. Laliberté, qui se rend en Chine chaque année depuis 1992.
Par contre, d'autres, en privé, se souviennent.
Les opinions varient, en fait, selon les milieux interrogés. Selon M. Laliberté, les classes moyennes des villes estiment que, à tout prendre, la stabilité politique a ses avantages et que sous ce régime, la Chine est devenue une puissance respectée.
« Mais pour les paysans et les travailleurs migrants, souligne-t-il, c'est moins évident : le régime n'a pas fait grand-chose. »
La grogne est réelle. En 2011, les données officielles chinoises font état de 180 000 événements : émeutes, manifestations, grèves. Le sort des paysans expropriés explique beaucoup de ces incidents. Il arrive en effet souvent que les chefs locaux du Parti communiste vendent les terres « et délogent les paysans en offrant des compensations ridicules ».
Lors d'un incident récent à Wugan, le Parti a fait une rare exception, en désignant un des meneurs du soulèvement populaire pour représenter le village.
Mais de façon générale, il ne laisse pas d'espace pour que les gens puissent choisir leurs propres candidats. Les tentatives dans les années 1980 et 1990 pour démocratiser quelque peu la vie politique au niveau local ont fait long feu.
Une foule d'étudiants se déverse place Tiananmen dans l'espoir de participer aux funérailles de l'ancien secrétaire général du Parti communiste et réformateur, Hu Yaobang, le 22 avril 1989.
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Tiananmen sous le signe de l'inflation
La Chine de 1989 est le théâtre de grands bouleversements économiques, rappelle Gérard Hervouet, professeur au Département de sciences politiques de l'Université Laval.
L'ouverture à l'économie de marché, commencé fin 1970, se traduit dix ans plus tard par un haut taux d'inflation qui bouleverse la vie des gens.
« Les fonctionnaires, les professeurs d'école, les médecins étaient très mal payés et avaient de la difficulté à payer leur logement. Les gens n'arrivaient plus à acheter les aliments de base », souligne M. Hervouet.
Ce qui rassemblait les gens, place Tiananmen, était bien moins la démocratie qu'une série de malaises sociaux, économiques et financiers, soutient M. Hervouet.
Même si, ajoute-t-il, le moteur de cet emballement a été sans conteste les étudiants de l'Université de Pékin, qui s'avéreront d'ailleurs les plus déterminés et inspireront une grande partie de la jeunesse qui manifestait alors.
« Plus on allait vers fin mois de mai, moins il y avait de monde. Et il y avait eu des mises en garde [des autorités]. Ceux qui sont restés jusqu'au bout sont le noyau dur des étudiants dont la motivation a toujours été la promotion de la démocratie », souligne M. Hervouet.
Le mouvement populaire du printemps 1989 s'est éteint rapidement et, selon ce dernier, avec un certain assentiment des étudiants et de la population. C'est que la déliquescence de l'URSS qui se dessinait à la même époque, et que n'ont pas manqué de souligner les autorités chinoises, avait provoqué un certain effroi dans la population, estime-t-il.
Un transport de troupes en feu, le 4 juin 1989.
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Des tanks sur la place Tiananmen, le 9 juin 1989, quelques jours après la répression.
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AFP/CATHERINE HENRIETTE