Le Sénégal touché par la révolte

Le président sénégalais Abdoulaye Wade à Davos le 29 janvier 2010. Le président sénégalais Abdoulaye Wade à Davos le 29 janvier 2010.   © AFP/FABRICE COFFRINI

La validation de la candidature du président sortant Abdoulaye Wade et le rejet de celle du chanteur Youssou N'Dour par le Conseil constitutionnel ont mis le feu aux poudres au Sénégal.

Le président Abdoulaye Wade, 85 ans, brigue un troisième mandat lors du scrutin du 26 février.

Après la décision du Conseil constitutionnel, des troubles ont éclaté à Dakar et dans d'autres villes du pays le 27 janvier dernier.

Depuis cette date, quatre personnes ont été tuées, dont un policier dans les affrontements entre les opposants et les forces de l'ordre.

C'est à l'appel du mouvement du Mouvement du 23 juin (M23), une coalition de partis et d'associations, que des jeunes se sont rassemblés à Dakar, où ils ont affronté les forces de l'ordre.

Le lendemain de cette manifestation, un des responsables du M23 a été arrêté puis relâché le 30 janvier.

Le mouvement du 23 juin estime que la décision du Conseil constitutionnel est « un coup d'État constitutionnel en marche, prélude à un coup d'État électoral » et lance un appel à la « résistance active ».

Les troubles qu'a connus le pays n'ont pas influencé le Conseil constitutionnel qui a confirmé sa décision de rejeter la candidature de Youssou N'Dour, le 29 janvier.

En réaction, le chanteur a déclaré : « Le processus de coup d'État constitutionnel est consommé. 52 ans de construction démocratique viennent d'être balayés. »

La mobilisation des militants de l'opposition ne s'est pas démentie. Le 31 janvier, toujours à l'appel du M23, des milliers de personnes ont manifesté à Dakar. Un étudiant a été tué.

Le lendemain, des étudiants ont affronté les forces de l'ordre sur un campus à Dakar.

La situation a fait réagir la France, ancienne puissance coloniale, qui souhaite « un passage de génération » à la tête du pays. Le gouvernement sénégalais a répondu qu'il n'accepterait pas de « diktat » de l'étranger.

Le 2 février, Abdoulaye Wade a changé de ton. Alors qu'il demandait aux opposants de cesser de manifester leur « humeur » au début des événements, il estime maintenant « normales » les tensions politiques « au vu des enjeux » de la présidentielle.

Le 2 février, l'opposition a lancé un appel à un rassemblement le lendemain dans une mosquée de Dakar pour rendre hommage aux victimes de la répression.

Même si des centaines de personnes se sont présentées à la mosquée, il n'y avait pas une affluence exceptionnelle. Aucun incident n'a été signalé.

Le M23 exige le retrait de la candidature à ce scrutin du chef de l'État sortant Abdoulaye Wade, 85 ans. Au pouvoir depuis 2000, le président Wade a épuisé ses deux mandats légaux. L'opposition le soupçonne de préparer la succession pour son fils, Karim Wade, 43 ans, qu'il a nommé ministre de l'Énergie en 2010.

Manifestation à Dakar au Sénégal Manifestation à Dakar au Sénégal   © AFP/Mamadou Toure BEHAN

« Y'en a marre »

Le collectif sénégalais « Y'en marre » a composé une chanson, dont le refrain Faux! Pas forcé est devenu un slogan de la jeunesse révoltée.

Les rappeurs militants comme Keyti, Thiat, ou Fou Malade s'impliquent en politique et cherchent à mobiliser la jeunesse contre le président Wade.

Pour cela, le collectif organise des activités pour impliquer la jeunesse dans le processus politique, à commencer par l'inciter à s'inscrire sur les listes électorales.

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