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Égypte : la tragédie de Port-Saïd fait monter la pression place Tahrir

Mise à jour le vendredi 3 février 2012 à 18 h 07 HAE

Égypte : la tragédie de Port-Saïd fait monter la pression place Tahrir

Un manifestant masqué devant un feu près du ministère de l'Intérieur, au centre du Caire, vendredi

Photo: AFP/MAHMUD HAMS

Un manifestant masqué devant un feu près du ministère de l'Intérieur, au centre du Caire, vendredi

Au moins cinq personnes sont mortes et des centaines d'autres ont été blessées en Égypte, lors de manifestations tenues dans la foulée de la tragédie qui a coûté la vie à 74 personnes lors d'un match de soccer, mercredi, à Port-Saïd.

Aux abords de la place Tahrir, au Caire, le ministère de l'Intérieur, montré du doigt dans cette affaire, a été assiégé durant des heures vendredi. Un bâtiment gouvernemental situé en face du ministère a été incendié en début de soirée, a annoncé la télévision publique. Pas moins de 28 organisations égyptiennes prodémocratie ont appelé à de nouvelles manifestations contre le pouvoir militaire.

Un homme est mort à l'aube vendredi après avoir été atteint de chevrotines tirées à bout portant par les policiers antiémeutes qui tentaient de protéger le ministère, selon un médecin qui travaille bénévolement sur place. Au moins un manifestant est décédé après avoir inhalé du gaz lacrymogène sur le lieu de la manifestation. Un officier de l'armée serait aussi mort écrasé accidentellement par un blindé.

Deux autres personnes sont mortes à Suez, lorsque des manifestants ont assiégé un poste de police local. Un médecin à la morgue locale affirme qu'ils ont été abattus. Des témoins sur place assurent que les policiers tirent à balles réelles sur les manifestants.

Par ailleurs, des hommes armés ont attaqué et incendié vendredi un poste de police dans l'est du Caire, libérant les détenus après de violents affrontements avec les policiers, a indiqué une source au sein des forces de sécurité.

Les agitations se poursuivent dans nuit

La fumée des gaz lacrymogènes flottait sur le centre-ville du Caire, où se trouve le ministère de l'Intérieur et où les heurts entre policiers se sont poursuivis dans la nuit de vendredi à samedi.

Les manifestants, dont certains étaient de fervents fans de soccer très organisés, ont brandi face à la police une pancarte proclamant : « Ceux qui ne méritaient pas de mourir sont morts par la main de ceux qui ne méritent pas de vivre ».

Les manifestants ont lancé des pierres sur les forces de l'ordre, dont les véhicules chargeaient avant de se retirer. Des policiers anti-émeutes ont matraqué des manifestants qui s'étaient avancés à quelques mètres du ministère.

Des centaines de manifestants auraient été incommodés par des gaz lacrymogènes au cours des escarmouches avec les policiers depuis jeudi.

Associated Press affirme par ailleurs que les manifestants ont réussi à détruire en partie le mur de béton érigé devant le ministère de l'Intérieur il y a deux mois, lors d'autres manifestations contre le pouvoir militaire organisées à la place Tahrir.

« Ils savent protéger un ministère, mais pas un stade! », lançaient des manifestants. « Le peuple veut l'exécution du maréchal! Dégage! », criaient-ils.

« Nous resterons ici tant que nous n'aurons pas nos droits », explique Abou Hanafy, un homme de 22 ans qui s'est joint au mouvement à son retour du travail jeudi soir.

Le ministère de l'Intérieur est décrit par les manifestants comme un vestige de l'ère Moubarak qui n'a pas été réformé.

Des milliers de personnes ont aussi manifesté contre l'armée à Alexandrie et Port-Saïd.

Les manifestent lancent des pierres sur les policiers antiémeute.

Photo: La Presse Canadienne /AP/Muhammed Muheisen

Les manifestent lancent des pierres sur les policiers antiémeute.

Une revanche des autorités contre les ultras?

Les manifestants allèguent que les forces de sécurité ont laissé les partisans de l'équipe locale d'Al-Masry attaquer ceux du club cairote d'Al-Ahly, mercredi, à Port-Saïd. Certains vont plus loin et jugent que tout cela était organisé.

Sur les réseaux sociaux, certains affirment que l'attaque est une revanche des autorités contre les « ultras » d'Al-Ahly, qui ont participé activement aux manifestations qui ont entraîné la chute d'Hosni Moubarak en février 2011.

Ces derniers semblent effectivement au coeur de l'action. Un pamphlet imprimé en leur nom qui circule place Tahrir indique que « les crimes contre les forces révolutionnaires n'arrêteront ni n'effrayeront les révolutionnaires ».

Le ministère de l'Intérieur demande aux manifestants de faire preuve de « sagesse » et de ne pas faire sombrer le pays dans le chaos.

Le ministre en titre, Mohamed Ibrahim, dément avoir quoi que ce soit à se reprocher dans la tragédie de Port-Saïd. Dans une entrevue accordée à la télévision égyptienne, il allègue que ce sont les partisans qui sont à blâmer.

Le chef du Parlement, Saad Al-Katatni, issu des Frères musulmans, première force politique du pays, estime cependant que le massacre était « dû à une négligence énorme de la sécurité ».

Ce qui s'est passé exactement à Port-Saïd reste nébuleux. La version officielle soutient que la plupart des victimes sont mortes écrasées par la foule.

Des témoins ont raconté à Reuters que cela s'explique en partie par le fait que les partisans du club Al-Ahly qui fuyaient à toutes jambes devant ceux d'Al-Masry se sont butés à des portes de sortie en fer verrouillées.

D'autres partisans ont raconté à Associated Press que les partisans d'Al-Masry ont poignardé des partisans d'Al-Ahly, et en ont jeté d'autres en bas de gradins.

Un manifestant se protège dans une boîte en métal.

Photo: La Presse Canadienne /AP/Khalil Hamra

Un manifestant se protège dans une boîte en métal.

Devant le Parlement, réuni jeudi en session extraordinaire au Caire, le premier ministre égyptien Kamal Al-Ganzouri a annoncé que le gouvernement avait accepté la démission du gouverneur de Port-Saïd.

Le directeur de la sécurité de Port-Saïd, Essam Samak, a pour sa part été démis de ses fonctions, tandis que toute la direction de la Fédération égyptienne de football a été limogée.

Radio-Canada.ca avecAgence France Presse, Associated Press, Presse canadienne et Reuters

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