Des partisans tentent de bloquer une rue près du ministère de l'Intérieur. Au centre, un homme brandit le drapeau du club d'Al-Ahly.
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PC/AP/Muhammed Muheisen
Trois personnes sont mortes et des centaines d'autres ont été blessées, en Égypte, lors de manifestations tenues dans la foulée de la tragédie qui a coûté la vie à 74 personnes lors d'un match de soccer, mercredi, à Port-Saïd.
Aux abords de la place Tahrir, au Caire, le ministère de l'Intérieur, montré du doigt dans cette affaire, est assiégé depuis des heures. Pas moins de 28 organisations égyptiennes prodémocratie ont appelé à de nouvelles manifestations contre le pouvoir militaire.
Un homme est mort à l'aube vendredi après avoir été atteint de chevrotines tirés à bout portant par les policiers antiémeutes qui tentent de protéger le ministère, selon un médecin qui travaille bénévolement sur place.
Deux autres personnes sont mortes à Suez, lorsque des manifestants ont assiégé une station de police locale. Un médecin à la morgue locale affirme qu'ils ont été abattus. Des témoins sur place assurent que les policiers tirent à balles réelles sur les manifestants.
Au Caire, les affrontements devant le ministère de l'Intérieur sont en cours depuis jeudi soir. Les manifestants lancent des pierres en direction des policiers antiémeute, qui ont répliqué avec des tirs de chevrotine et des gaz lacrymogènes.
De 4000 à 600 manifestants auraient été incommodés par des gaz lacrymogènes. Les manifestants reviennent néanmoins à la charge dès que la fumée se dissipe.
Associated Press affirme que les manifestants ont réussi à détruite en partie le mur de béton érigé devant le ministère de l'Intérieur il y a deux mois, lors d'autres manifestations contre le pouvoir militaire organisées à la place Tahrir.
« Ils savent protéger un ministère, mais pas un stade! », lançaient des manifestants. « Le peuple veut l'exécution du maréchal! Dégage! », criaient-ils.
« Nous resterons ici tant que nous n'aurons pas nos droits », explique Abu Hanafy, un homme de 22 ans qui s'est joint au mouvement à son retour du travail jeudi soir. « Vous avez vu ce qui s'est passé à Port-Saïd? »
Le ministère de l'Intérieur est décrit par les manifestants comme un vestige de l'ère Moubarak qui n'a pas été réformé.
Une revanche des autorités contre les Ultras?
Les manifestants allèguent que les forces de sécurité ont laissé les partisans de l'équipe locale d'Al-Masry attaquer ceux du club cairote d'Al-Ahly, mercredi, à Port-Saïd. Certains vont plus loin et jugent que tout cela était organisé.
Sur les réseaux sociaux, certains affirment que l'attaque est une revanche des autorités contre les « Ultras » d'Al-Ahly, qui ont participé activement aux manifestations qui ont entraîné la chute d'Hosni Moubarak en février 2011.
Ces derniers semblent effectivement au coeur de l'action. Un pamphlet imprimé en leur nom qui circule place Tahrir indique : « Les crimes contre les forces révolutionnaires n'arrêteront ni n'effrayeront les révolutionnaires ».
Le ministère de l'Intérieur demande aux manifestants de faire preuve de « sagesse » et de ne pas faire sombrer le pays dans le chaos.
Le ministre en titre, Mohamed Ibrahim, dément avoir quoi que ce soit à se reprocher dans la tragédie de Port-Saïd. Dans une entrevue accordée à la télévision égyptienne, il allègue que ce sont les partisans qui sont à blâmer.
Le chef du Parlement, Saad al-Katatni, issu des Frères musulmans, première force politique du pays, estime cependant que le massacre était « dû à une négligence énorme de la Sécurité ».
Ce qui s'est passé exactement à Port-Saïd reste nébuleux. La version officielle soutient que la plupart des victimes sont mortes écrasées par la foule.
Des témoins ont raconté à Reuters que cela s'explique en partie par le fait que les partisans du club d'Al-Ahly qui fuyaient à toutes jambes devant ceux d'Al-Masry se sont butés à des portes de sortie en fer verrouillées.
D'autres partisans ont raconté à Associated Press que les partisans d'Al-Masry ont poignardé des partisans d'Al-Ahly, et en ont jeté d'autres en bas de gradins.
Devant le Parlement, réuni jeudi en session extraordinaire au Caire, le premier ministre égyptien Kamal Al-Ganzouri a annoncé que le gouvernement avait accepté la démission du gouverneur de Port-Saïd.
Le directeur de la sécurité de Port-Saïd, Essam Samak, a pour sa part été démis de ses fonctions, tandis que toute la direction de la Fédération égyptienne de football avait été limogée.