Présidentielles américaines 2012

Discours sur l'état de l'Union : cap sur l'économie pour Obama

Radio-Canada avec Agence France-Presse
Barack Obama prononçant son discours sur l'état de l'Union. Barack Obama prononçant son discours sur l'état de l'Union.  Photo :  AP/Evan Vucci

À 10 mois de l'élection présidentielle du 6 novembre, le président américain Barack Obama a prononcé mardi soir, au Capitole, un discours télévisé sur l'état de l'Union axé sur sa vision économique, donnant ainsi un indice quant à ses priorités en vue d'un deuxième mandat présidentiel.

Comme s'il voulait répondre aux « 99 % », nom adopté par les manifestants du mouvement Occupons Wall Street, Barack Obama a parlé de la nécessité d'avoir une société plus juste.

« Nous pouvons nous contenter d'un pays où un nombre décroissant de gens vivent bien, tandis qu'un nombre croissant d'Américains ont de la difficulté à joindre les deux bouts. Ou nous pouvons revenir à une économie où tous ont une chance égale, tout le monde fait sa part et tout le monde joue selon les mêmes règles. Ce qui est en jeu, ce ne sont pas des valeurs démocrates ou républicaines, mais des valeurs américaines. Nous devons les retrouver. » — Le président américain Barack Obama

Le président a parlé des Américains qui « travaillent fort et suivent les règles », qui « méritent un gouvernement et un système financier qui font la même chose ».

Au chapitre de la création d'emploi, le président démocrate a notamment indiqué que 3 millions d'emplois avaient été créés au cours des deux dernières années.

M. Obama a insisté sur l'importance de redresser l'économie américaine en s'appuyant sur le secteur manufacturier. Il a entre autres cité l'exemple des constructeurs automobiles qui ont retrouvé le chemin de la rentabilité après avoir rencontré d'importantes difficultés.

« Mon message aux dirigeants d'entreprises est simple : demandez-vous ce que vous pouvez faire pour ramener des emplois dans votre pays et votre pays fera tout ce qu'il peut pour vous aider à réussir », a déclaré le président.

Barack Obama a par ailleurs insisté sur l'importance de taxer davantage les entreprises, tout en aidant financièrement celles qui créent des emplois.

Barack Obama prononce son discours sur l'état de l'Union. Barack Obama prononce son discours sur l'état de l'Union.  Photo :  AFP/SAUL LOEB

Le président américain a plaidé pour une réforme fiscale qui exigerait un taux d'imposition minimal de 30 % sur les revenus des millionnaires.

M. Obama a donné davantage de détails sur sa taxe spéciale inspirée de la « règle Buffett », du nom du célèbre homme d'affaires milliardaire, qui veut qu'aucun foyer touchant plus de 1 million de dollars par an n'acquitte un taux d'imposition inférieur à celui d'un foyer de la classe moyenne.

« La réforme fiscale doit suivre la règle Buffet : si vous gagnez plus de 1 million de dollars par an, vous ne devez pas payer moins de 30 % d'impôt », a-t-il précisé.

Cette règle n'a eu aucun écho au Congrès, où les républicains, en position de force, refusent catégoriquement toute hausse de la fiscalité pour quiconque.

Rappelons que M. Obama, qui a l'appui de Warren Buffett à ce sujet, avait déjà souligné qu'il était injuste que l'un des hommes les plus riches du monde soit soumis à un taux d'imposition inférieur à celui de sa secrétaire salariée.

Quant aux républicains, ils critiquaient déjà, avant le discours, la volonté de Barack Obama d'aborder ses projets économiques et tenaient plutôt à rappeler le mauvais bilan démocrate en matière de chômage, qui atteint 8,5 % aux États-Unis, contre 5 % avant le début de la récession de 2007-2009.

C'est le gouverneur de l'Indiana, Mitch Daniels, qui avait été chargé de la réplique des républicains au discours sur l'état de l'Union. M. Daniels a estimé que le président Obama avait laissé l'économie se détériorer, évoquant la crise européenne pour bien appuyer ses dires.

Le candidat à l'investiture républicaine Mitt Romney a d'ailleurs accusé mardi le président Obama d'utiliser le discours sur l'état de l'Union à des fins partisanes.

Dès mercredi matin, Barack Obama se rendra sur le terrain pour faire entendre son message économique. À l'occasion d'une tournée de trois jours, il visitera cinq États qui pourraient s'avérer cruciaux pour une réélection : l'Iowa, le Michigan, l'Arizona, le Nevada et le Colorado.

Politique extérieure

Pour débuter son discours, le président a salué le travail des militaires américains qui ont servi en Irak et dont la mission a pris fin le mois dernier après neuf années de guerre.

Barack Obama est également revenu sur l'opération terrestre américaine qui a permis de tuer Oussama ben Laden et de vaincre « la plupart des principaux responsables d'Al-Qaïda ».

« Pour la première fois en deux décennies, Oussama ben Laden n'est plus une menace pour ce pays », s'est-il félicité.

« L'une des choses que je possède et dont je suis le plus fier est le drapeau des forces spéciales du raid contre Ben Laden. Sur ce drapeau, le nom de chacun des membres de l'équipe. Certains sont peut-être démocrates. D'autres républicains. Mais cela n'a pas d'importance. La seule chose qui comptait ce jour-là, c'était la mission. » — Barack Obama, président des États-Unis

M. Obama s'est aussi dit optimiste quant à une résolution pacifique de la question nucléaire en Iran. « Qu'il n'y ait pas de doute : l'Amérique est déterminée à empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire et je garde toutes les options sur la table pour atteindre ce but. Mais une résolution pacifique de cette question est encore possible », a-t-il déclaré.

Concernant les révoltes populaires nées dans le monde arabe au printemps dernier, M. Obama a promis que les États-Unis resteront solidaires avec les forces démocratiques face à « la violence et l'intimidation ».

« Nous ne savons pas exactement comment s'achèvera cette incroyable transformation. Nous soutiendrons les politiques qui favorisent l'émergence de démocraties fortes et stables ainsi que des marchés ouverts, car la tyrannie ne fait pas le poids face à la liberté », a souligné M. Obama.

« Et en Syrie, il ne fait pour moi pas de doute que le régime de Bachar Al-Assad découvrira bientôt que la force du changement est irrésistible et qu'on ne peut écraser la dignité des gens », a-t-il soutenu.

Le président a finalement évoqué la concurrence économique avec la Chine, en promettant notamment de combattre le piratage par l'entremise d'un nouvel organisme. « Plus d'un millier d'Américains ont du travail aujourd'hui parce que nous avons stoppé une flambée d'importations de pneus chinois. Mais nous devons agir davantage. Il n'est pas juste qu'un pays laisse pirater nos films, nos disques et nos logiciels », a-t-il conclu.

Michelle Obama bien entourée

L'honneur d'assister au discours sur l'état de l'Union dans la loge de la première dame est réservé chaque année à une vingtaine d'Américains méritants ou emblématiques.

Cette année, pour appuyer le discours du président, la secrétaire de Warren Buffett, Debbie Bosanek, avait été invitée.

Elle était accompagnée de Lauren Powell Jobs, veuve de l'ancien dirigeant et co-fondateur d'Apple Steve Jobs, décédé en octobre, et de l'amiral William McRaven, qui a coordonné le raid de commandos ayant abouti à la mort du chef d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden le 1er mai 2011 au Pakistan.

Un Américain de 23 ans ayant souffert d'un cancer et bénéficiant d'une couverture santé grâce à la réforme de l'assurance-maladie promulguée en 2010 par Barack Obama avait également été convié à l'événement, ainsi que Ginger Wallace, une colonelle de l'armée de l'air vivant en concubinage avec une autre femme, symbole de l'abolition de la loi « don't ask don't tell » contraignant les militaires américains à cacher leur orientation sexuelle sous peine de renvoi.

L'astronaute Mark Kelly, mari de l'élue du Congrès Gabrielle Giffords, grièvement blessée il y a un an par un tireur en Arizona, était aussi présent aux côtés de Mme Obama.

En complément

Correspondants à l'étranger

Tous les correspondants

info en continu

Facebook