Une juge française veut enquêter sur Guantanamo

Des manifestants soulignent le 10e anniversaire de l'arrivée des premiers détenus à Guantanamo, le 11 janvier 2002. Des manifestants soulignent le 10e anniversaire de l'arrivée des premiers détenus à Guantanamo, le 11 janvier 2002.   © AFP/SAUL LOEB

Une juge d'instruction française qui enquête sur des accusations de torture et d'actes de barbarie déposées par trois ex-détenus français à la prison de Guantanamo demande à Washington de la laisser se rendre sur place pour enquêter.

Dans sa commission rogatoire internationale (CRI) du 2 janvier consultée mardi par l'AFP, Me Sophie Clément demande à pouvoir « procéder à toutes constatations matérielles utiles sur la base américaine de la baie de Guantanamo » et qu'on lui permette « de prendre connaissance et prendre copie de tous les documents » concernant Mourad Benchellali, Nizar Sassi et Khaled Ben Mustapha.

La juge veut voir accès à tous les documents « relatifs aux conditions de leur arrestation, de leur transfert et de leur détention dans un camp militaire à Kandahar [Afghanistan], puis de leur transfert et de leur détention sur la base américaine de Guantanamo ».

Elle réclame également « tous les documents concernant les fondements et les modalités des opérations armées menées en Afghanistan et au Pakistan et au traitement des personnes arrêtées lors de ces opérations ».

Dans sa requête, Sophie Clément demande aussi qu'on la laisse communiquer avec toutes les personnes qui ont été en contact avec les trois Français au cours de leur détention en Afghanistan, puis dans la prison de Guantanamo.

Les trois plaignants français ont été arrêtés à la frontière afghano-pakistanaise en 2001. Après avoir été remis aux forces armées américaines, ils ont été transférés vers la prison de Guantanamo. Ils soutiennent avoir subi coups, humiliations et privations, tant à Kandahar qu'à Guantanamo. Ils ont pu revenir en France en 2004 et 2005, où il ont été mis en détention provisoire entre 11 et 17 mois. Ils ont été condamnés en 2011 à un an de prison pour terrorisme, mais ont annoncé souhaiter se pourvoir en cassation (interjeter appel).

Cette demande survient quelques jours après le dixième anniversaire marquant l'ouverture de la prison américaine, située dans la baie de Guantanamo, dans le sud-est de Cuba.

Une demande sans précédent

L'avocat de deux des ex-détenus, Me William Bourdon, estime que la demande de la juge est « sans précédent et doit permettre d'identifier les responsables de cette séquestration arbitraire et des tortures commises ».

« L'administration américaine doit respecter ses obligations internationales, et ce, en écho avec les déclarations du président Obama qui avait déclaré vouloir fermer Guantanamo et faire cesser la torture », a-t-il ajouté.

L'avocat du troisième plaignant, Me Philippe Meilhac, espère que « les autorités américaines accepteront de coopérer même s'il s'agit d'un sujet sensible ».

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