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Égypte : les violences se poursuivent à la place Tahrir

Mise à jour le lundi 19 décembre 2011 à 19 h 34 HAE

Égypte : les violences se poursuivent à la place Tahrir

« Tantaoui, garde tes chiens loin de moi », peut-on lire sur la pancarte de ce manifestant, dans une référence à l'attaque dont a été victime la manifestante « au soutien-gorge » bleu.

Photo: AFP/MOHAMMED ABED

« Tantaoui, garde tes chiens loin de moi », peut-on lire sur la pancarte de ce manifestant, dans une référence à l'attaque dont a été victime la manifestante « au soutien-gorge » bleu.

Les violences meurtrières se sont poursuivies au Caire pour une quatrième journée dans des affrontements opposant les forces de sécurité aux manifestants braqués contre l'armée et son gouvernement.

À l'aube, lundi, des centaines de policiers antiémeutes et de soldats gardant l'entrée du siège du gouvernement égyptien ont dispersé par la force les manifestants rassemblés place Tahrir.

Ils ont utilisé des bâtons et des gaz lacrymogènes, certains allant jusqu'à ouvrir le feu sur la foule. Selon le ministère de la Santé, trois personnes ont été tuées dans ce nouvel épisode de violence, portant à 14 le bilan des victimes tuées depuis vendredi. Quelque 700 autres personnes ont en outre été blessées au cours de la même période.

Les forces gouvernementales se sont finalement retirées derrière des barricades érigées sur les rues menant non seulement au siège du gouvernement, mais aussi au parlement et au ministère de l'Intérieur.

Des dizaines, voire des centaines, de manifestants sont toutefois revenus s'installer place Tahrir, en brandissant des banderoles hostiles au pouvoir militaire, et des photos de la manifestante « au soutien-gorge bleu ».

La femme en question peut être vue sur une vidéo qui a déjà fait le tour du monde. On la voit encerclée par une multitude de policiers antiémeutes qui lui assènent à qui mieux mieux des coups de pied et de bâton. Elle est laissée inconsciente, au milieu de la chaussée, partiellement dénudée.

L'agence officielle Mena souligne que 123 personnes arrêtées lors de ces heurts sont toujours en détention. Elles pourraient être accusées de résistance à l'autorité, de violences contre les forces de sécurité, d'incendie de bâtiments publics et d'atteinte à des propriétés publiques et privées.

Neuf autres prévenus devront être soignés avant d'être entendus, tandis que 53 autres ont été relâchés.

Ces violences sont les plus importantes à survenir dans la capitale depuis les affrontements du mois dernier entre les manifestants et les forces de sécurité. Une quarantaine de personnes avaient alors perdu la vie.

L'ONU et Washington se portent à la défense des Égyptiennes

Déplorant des événements « particulièrement choquants », la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a estimé que le traitement réservé aux femmes égyptiennes « déshonore l'État et son uniforme, et n'est pas digne d'un grand peuple ».

Les femmes sont « spécialement visées par les forces de l'ordre et par les extrémistes », a-t-elle dit lundi, alors qu'elle dévoilait un plan d'action américain visant à promouvoir le rôle des femmes dans la résolution des conflits. « Les manifestantes ont été battues et soumises à des atteintes horribles. »

Après avoir manifesté et pris des risques comme les hommes pour obtenir le départ de l'ex-dirigeant Hosni Moubarak en février, les femmes ont depuis été exclues du processus politique, a-t-elle en outre souligné.

La haute-commissaire aux droits de l'homme des Nations unies, Navi Pillay, a pour sa part condamné « la répression brutale » des manifestations. « Les images de manifestants, dont des femmes, brutalement frappés et agressés, longtemps après qu'ils n'aient plus montré de résistance, sont profondément choquantes », a-t-elle déclaré par communiqué.

« La violence impitoyable avec laquelle des femmes manifestant pacifiquement ont été frappées est particulièrement choquante et ne peut rester impunie », a-t-elle ajouté.

Amnistie internationale a de son côté condamné « l'usage excessif de la force contre les manifestants » et appelé à cesser la fourniture « de petites armes, munitions et autres équipements répressifs à l'armée et aux forces de sécurité égyptiennes ».

Sous pression, les militaires au pouvoir se défendent

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige l'Égypte depuis la chute du président Hosni Moubarak en février, a par ailleurs affirmé lundi avoir découvert un plan visant à « brûler l'Assemblée du peuple ».

Le général Adel Emara, membre du CSFA, a interrompu une conférence de presse pour dire qu'il avait « reçu un appel téléphonique à l'instant indiquant qu'un plan visant à brûler l'Assemblée du peuple avait été découvert ». Il a ajouté : « Il y a maintenant des foules place Tahrir prêtes à appliquer ce plan. »

Le général Emara soutient que l'armée « n'utilise pas la force contre les protestataires », tout en soutenant que les manifestants de la place Tahrir « cherchent à détruire l'État » et n'ont rien à voir avec « les gens honorables de la révolution du 25 janvier ».

Emara a cependant reconnu que l'incident impliquant la femme au soutien-gorge bleu s'est bel et bien produit. « Oui, cela s'est produit. Mais il faut tenir compte des circonstances » entourant cette affaire, a-t-il ajouté, sans préciser davantage. « Nous enquêtons là-dessus, nous n'avons rien à cacher. »

Des spécialistes tentent de récupérer des documents qui ont brûlé dans l'incendie de l'Institut d'Égypte, une institution fondée à l'époque où Napoléon Bonaparte dirigeait la France. Les lieux abritaient quelque 200 000 documents, dont plusieurs d'une valeur historique inestimable.

Photo: La Presse Canadienne /AP/Amr Nabil

Des spécialistes tentent de récupérer des documents qui ont brûlé dans l'incendie de l'Institut d'Égypte, une institution fondée à l'époque où Napoléon Bonaparte dirigeait la France. Les lieux abritaient quelque 200 000 documents, dont plusieurs d'une valeur historique inestimable.

Au cours des dernières heures, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a déclaré être « alarmé par l'usage excessif de la violence contre les manifestants ». Il demande aux autorités de faire preuve de retenue et de respecter les droits de la personne, dont le droit de manifester pacifiquement.

Des violences en période électorale

La nouvelle flambée de violence a commencé vendredi, lorsque les forces de sécurité ont attaqué des manifestants qui campaient devant le siège du gouvernement pour dénoncer la nomination du premier ministre Kamal el-Ganzouri. Ce dernier a déjà occupé les mêmes fonctions pendant le règne d'Hosni Moubarak.

C'est la deuxième période de violence en Égypte depuis que des hordes de manifestants insatisfaits de la tournure des évènements ont réinvesti la place Tahrir, à la fin novembre. Pas moins de 42 personnes ont perdu la vie lors des premiers jours de cette nouvelle occupation.

Les manifestants dénoncent la façon dont le Conseil suprême des forces armées (CSFA) gère le pays depuis la chute d'Hosni Moubarak, et réclament le départ de son chef, le maréchal Hussein Tantaoui.

Ces événements surviennent alors que la deuxième phase des élections législatives s'est déroulée sans heurts la semaine dernière. Le taux de participation a été de 67 %. Une troisième phase de vote, répartie sur quatre jours, doit encore avoir lieu.

La deuxième phase du scrutin a confirmé la force des formations islamistes. Le parti des Frères musulmans a récolté 39 % des voix contre 30 % pour le parti salafiste, Al-Nour. Les deux partis avaient respectivement recueilli 36 % et 24 % des voix lors de la première phase.

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