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Tunisie : Moncef Marzouki élu président

Mise à jour le lundi 12 décembre 2011 à 13 h 58 HAE

Tunisie : Moncef Marzouki élu président

Moncef Marzouki, le nouveau président tunisien

Photo: AFP/FETHI BELAID

Moncef Marzouki, le nouveau président tunisien

L'Assemblée constituante tunisienne a, comme on s'y attendait, élu lundi après-midi le militant des droits de la personne et chef du Congrès pour la République (CPR), Moncef Marzouki, au poste de président de la République pour une nouvelle période transitoire non délimitée.

Seul candidat après l'invalidation de neuf autres candidatures et soutenu par une alliance tripartite majoritaire à l'assemblée, M. Marzouki était sûr d'être élu. Il a obtenu 153 voix favorables, 3 contre, 2 abstentions et 44 bulletins blancs, sur les 217 que compte la Constituante. Aussitôt après l'annonce des résultats, les élus ont entonné, debout, l'hymne national.

Selon un responsable de la commission ad hoc chargée de l'examen des candidatures, Ali Houiji, huit dossiers ont été rejetés parce qu'ils ne remplissait pas la condition de parrainage par 15 élus exigée par une disposition réglementaire, et un neuvième, parce qu'il ne répondait pas à l'âge minimum exigé (35 ans).

La troïka qui domine l'assemblée regroupe autour du mouvement islamiste Ennahdha, grand vainqueur des élections d'octobre dernier (89 sièges), le CPR (29 sièges) et Ettakatol ou Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL/21 sièges).

M. Marzouki succède à Fouad Mébazzaâ qui a occupé cette haute fonction au lendemain de la chute en janvier dernier du régime Ben Ali. L'ancien président a fui en Arabie saoudite, chassé par un soulèvement populaire après avoir dirigé le pays d'une main de fer pendant 23 ans.

C'est le quatrième président que connaît la Tunisie depuis l'indépendance, en 1956, de cet ancien protectorat français. Le « père de la nation », Habib Bourguiba, a gouverné le pays pendant 30 ans avant d'être démis par un coup d'État « médical » par son premier ministre, Zine el-Abidine Ben Ali. Après avoir supprimé la présidence à vie instaurée par son prédécesseur et limité le nombre de mandats présidentiels à trois, le général Ben Ali a amendé la Constitution pour pouvoir briguer de nouveaux mandats et écarter ses adversaires politiques.

« C'est un moment historique », s'est réjoui peu avant la séance de vote Mondher Fehri, analyste politique auprès de l'Union européenne, en saluant le « climat démocratique » dans lequel se déroulait cette élection.

Plusieurs membres de la Constituante n'ont pas caché leur « bonheur » de voir « pour la première fois un président élu démocratiquement ».

Un président aux prérogatives réduites

En revanche, une coalition regroupant des partis importants de l'opposition - notamment le Parti démocratique progressiste (PDP), le Pôle démocratique moderniste (PDM) et Afek Tounès (Perspectives de Tunisie) - a renoncé de présenter un candidat comme prévu initialement et décidé de boycotter le vote en remettant des bulletins blancs.

Les membres de la coalition protestaient ainsi contre l'absence de délimitation de la durée du mandat présidentiel et le déséquilibre entre les prérogatives du chef de l'État et celles du chef du gouvernement, au profit de ce dernier, selon eux.

« On demandait une répartition équilibrée des pouvoirs pas leur concentration aux mains d'une seule personne, mais la loi (mini-Constitution adoptée le week-end dernier) a vidé les fonctions de président de la République de véritables prérogatives », a déploré Iyad Dahmani, du PDP.

Le chef du gouvernement pressenti est le numéro 2 d'Ennahdha, Hamadi Jebali.

Chokri Yaïche, du parti Afek Tounès, a, lui, regretté que « cette fête de la démocratie soit tronquée par le déséquilibre entre les pouvoirs du président et du chef du gouvernement et par la durée indéterminée du mandat de la Constituante ».

« De quelle démocratie peut-on parler en l'absence d'équilibre entre les pouvoirs et de compétition entre plusieurs candidats? », s'est interrogé Slaheddine Zahaf (indépendant).

Associated Press

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