Myanmar : le parti d'Aung San Suu Kyi pourrait renaître

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Reuters et BBC
Aung San Suu Kyi a fait un discours jeudi dans un centre éducatif de la banlieue de Rangoon. Aung San Suu Kyi a prononcé un discours jeudi dans un centre éducatif de la banlieue de Rangoon.   © AFP/Soe Than WIN

La figure de proue du mouvement prodémocratique birman Aung San Suu Kyi s'attend à ce que son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), revienne dans le jeu politique. Un vote à ce sujet doit avoir lieu vendredi lors d'une rencontre des membres du parti.

« Dans l'ensemble, je pense que la grande majorité [de nos membres] va se prononcer pour la réinscription » du parti, a déclaré la Prix Nobel de la Paix 1991 lors d'une entrevue accordée à la chaîne publique britannique BBC.

La LND a été dissoute par la junte militaire six mois avant les élections législatives de novembre 2010. La loi électorale, taillée sur mesure, obligeait tout parti à expulser ses membres détenus. Or, Mme Suu Kyi était assignée à résidence à l'époque et son parti a refusé de l'expulser.

Il y a quelques jours, ces lois électorales ont cependant été modifiées par le nouveau gouvernement birman, qui demeure contrôlé par les militaires, mais qui multiplie néanmoins les gestes d'ouverture depuis que la junte a été dissoute, en mars dernier.

Les nouveaux textes, publiés à quelques mois de législatives partielles, autorisent désormais les détenus à être membre d'un parti. Ils permettent surtout des critiques de la nouvelle Constitution, adoptée en 2008.

En entrevue à la BBC, Mme Suu Kyi n'a pas voulu dire si le parti serait prêt à faire son entrée au Parlement birman, basé à Naypidaw. « C'est un sujet dont nous allons débattre demain. Quel est le bon moment pour entrer au Parlement et pourquoi nous pensons que c'est le bon moment. Est-ce maintenant? Est-ce plus tard? », a-t-elle dit.

En mai 1990, la LND avait remporté haut la main des élections législatives avec plus de 82 % des sièges au Parlement, mais la junte ne lui a jamais transmis le pouvoir.

Le président birman « écoute bien »

Mme Suu Kyi, qui a été assignée à résidence pendant 15 des 21 dernières années, a déjà fait d'importants gains politiques depuis sa libération, une semaine après les législatives de novembre 2010.

Le nouveau président, Thein Sein, l'a invité à Naypidaw et a posé avec elle devant les photographes, sous un portrait de son père, Aung San, héros de l'indépendance birmane. Mme Suu Kyi s'est aussi offerte comme négociatrice dans le conflit qui oppose le gouvernement à certains groupes ethniques du pays.

« La négociation est le meilleur moyen de résoudre n'importe quel conflit », a-t-elle expliqué à la BBC. « Et négocier, ça veut dire s'écouter l'un l'autre. Il ne suffit pas de dire ce que vous avez à dire. Il faut tenter de savoir ce que les autres veulent dire. La négociation commence avec une bonne écoute des parties. »

Lorsque l'intervieweur lui demande si le gouvernement écoute bien les autres, elle répond : « Pour l'ensemble du gouvernement, je ne sais pas. Mais je crois que le président écoute bien. Pas nécessairement sur un dossier ou un autre, mais dans l'ensemble, c'est un homme qui semble avoir une bonne écoute. »

Au cours des derniers mois, le nouveau gouvernement birman a suspendu un projet de barrage hydroélectrique financé par la Chine en évoquant l'opposition de la population. Il a aussi libéré quelque 200 prisonniers politiques.

L'ASEAN accepte d'être dirigée par la Birmanie

Ces plus récents développements ont convaincu les dix membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) de confier à la Birmanie la présidence du bloc régional à partir de 2014.

« L'ensemble des dirigeants est d'accord pour dire que des changements notables, des développements notables, ont eu lieu en Birmanie », a déclaré le ministre indonésien des Affaires étrangères, Marty Natalegawa, en annonçant la décision de l'ASEAN lors d'une conférence de presse.

En 2006, la Birmanie avait été contrainte de renoncer à la présidence de l'ASEAN. Elle croulait à l'époque sous les sanctions internationales.

Le président américain Barack Obama a cependant mis en garde contre une réhabilitation trop rapide du régime birman. « Les violations des droits de l'homme persistent », a-t-il déclaré à ce sujet depuis Canberra, en Australie.

Human Rights Watch juge pour sa part qu'une présidence birmane devrait être conditionnelle à « la libération immédiate de tous les prisonniers politiques ».

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