Des fleurs ont été déposées à la mémoire des victimes devant l'île d'Utoeya.
Photo : AFP/Jonathan Nackstrand
La Norvège est en deuil et sous le choc après le double attentat dans lequel au moins 92 personnes ont perdu la vie, dont de nombreux jeunes, selon le dernier bilan des autorités.
Le bilan pourrait encore s'alourdir, car quatre personnes sont portées disparues après la fusillade sur l'île d'Utoeya.
Quelque 97 personnes ont aussi été blessées.
Le suspect de l'attentat à la voiture piégée d'Oslo et de la fusillade sur l'île d'Utoeya non loin, où se tenait un rassemblement de jeunes militants du parti au pouvoir, a été inculpé d'actes de terrorisme par la police norvégienne.
L'homme de 32 ans, que les médias locaux présentent comme Anders Behring Breivik, a reconnu avoir perpétré les deux actes.
Les attaques à Oslo étaient planifiées depuis « une longue période », a rapporté samedi l'avocat du suspect. Il ajoute que son client estime son geste « cruel », mais nécessaire.
Selon un mémoire de 1500 pages qu'il a publié sur Internet, le suspect, proche de l'extrême droite et fondamentaliste chrétien, planifiait son action depuis l'automne 2009.
Dans ce document, le suspect détaille les préparatifs de l'attaque, évoquant « l'usage du terrorisme comme un moyen d'éveiller les masses ». Il affirme aussi s'attendre à être perçu « comme le plus grand monstre depuis la Seconde Guerre mondiale ».
Les idées islamophobes et antimarxistes y sont omniprésentes.
Entrecoupé de longues références historiques, le document comprend plusieurs détails sur la personnalité du suspect, sa façon de procéder pour fabriquer une bombe et pour s'entraîner au tir, et son carnet de bord très précis des trois mois précédant les attaques.
Le document se termine par « je pense que ceci sera ma dernière entrée. Nous sommes maintenant le vendredi 22 juillet, 12 h 51 », soit moins de 3 heures avant l'explosion d'Oslo.
Le texte, rédigé en anglais et intitulé « A european declaration of independence - 2083 » est signé « Andrew Berwick, Commandeur des Chevaliers Justiciers ». Mais dans un passage, l'auteur confirme qu'il est Norvégien et que son vrai nom est Anders Behring Breivik.
L'île d'Utoeya
Anders Behring Breivik affirme avoir agi seul, mais les enquêteurs s'attachent cependant à vérifier la piste d'un éventuel complice.
Les enquêteurs soulignent que le Norvégien collabore avec eux. « Il est clair sur le fait qu'il veut s'expliquer », a dit le responsable de la police norvégienne, Roger Andresen.
L'avocat du suspect a d'ailleurs indiqué qu'il souhaite s'expliquer devant la justice lors d'une audience qui est prévue lundi. Le tribunal décidera alors s'il maintient l'homme en détention dans l'attente de son procès.
Anders Behring Breivik est sans casier judiciaire, a confié, sous couvert de l'anonymat, un policier à l'Associated Press. Selon les médias locaux, il est propriétaire de deux armes à feu en règle et membre d'un club de tir.
Selon la fondation Expo, un observatoire des groupes d'extrême droite basé à Stockholm, le suspect aurait été membre d'un forum néo-nazi suédois sur Internet. « Il s'est enregistré comme utilisateur en 2009, sous un pseudonyme qui conduit à son adresse courriel », a précisé à l'AFP Mikael Ekman, chercheur dans cette fondation.
Émus, les Norvégiens ont déposé des bouquets de fleurs par centaines samedi devant la cathédrale d'Oslo, à 200 mètres du lieu de l'explosion.
Photo : AFP/Jan Johannessen
Une fusillade d'une heure et demie
La fusillade sur l'île aurait duré environ une heure et demie. Les policiers ont mis près de 45 minutes à se rendre sur place. La plupart des médias rapportent que le tireur se serait rendu dès l'arrivée des forces de l'ordre, sans qu'ils aient à ouvrir le feu.
Selon la BBC, la police aurait plutôt arrêté le suspect 45 minutes après être arrivée sur les lieux.
Des survivants évacués à Utoeya.
Photo : AFP/Morten Edvarsen
Les recherches se poursuivent dans les eaux entourant l'île d'Utoeya, où plusieurs personnes avaient tenté de trouver refuge lorsque le tireur, déguisé en policier, a ouvert le feu, quelques heures après l'explosion d'une bombe dans le centre d'Oslo.
Plus de 90 personnes ont perdu la vie sur l'île, et sept autres lors de l'explosion qui s'est produite dans le quartier des ministères de la capitale. La police norvégienne a d'ailleurs confirmé samedi que cette explosion était due à une voiture piégée. Le véhicule aurait été rempli de fertilisants explosifs.
Au nord d'Oslo, la police scientifique cherchait samedi des indices dans une petite ferme louée par le suspect il y a deux mois. Ils y ont découvert une demi-douzaine de sacs d'engrais, un produit pouvant servir à la confection de bombes.
Anders Behring Breivik avait acheté en mai dernier six tonnes d'engrais pour le compte d'une exploitation de produits agricoles biologiques qu'il dirigeait, Breivik Geofarm.
« Un cauchemar », dit le premier ministre
« C'est comme un cauchemar » a laissé tomber samedi le premier ministre Jens Stoltenberg, qui parle de la pire tragédie nationale depuis la Seconde Guerre mondiale. Tous les drapeaux du pays ont été mis en berne.
Le premier ministre a refusé de spéculer sur l'ampleur que pourrait avoir prise l'extrême droite en Norvège avant la conclusion de l'enquête.
Dans un rapport d'évaluation des risques paru en février, le Service de la sécurité de la police norvégienne disait ne pas considérer l'extrême droite comme une « menace sérieuse ».
Des mouvements néo-nazis ont été actifs en Scandinavie dans les années 1990, commettant des meurtres et des braquages, mais sont depuis restés discrets.
Photo du suspect, présenté par les medias norvégiens comme Anders Behring Breivik
Photo : AFP/AFP PHOTO/FACEBOOK