![]() Détenus afghans : le gouvernement dépose des documents et tourne la pageMise à jour le jeudi 23 juin 2011 à 7 h 53 HAE
À l'issue d'un long processus et d'âpres débats, le gouvernement conservateur a déposé mercredi à la Chambre des communes une partie des documents déclassifiés au sujet du traitement des détenus en Afghanistan, que réclamait l'opposition. Le gouvernement conservateur a choisi de déposer 4218 pages rassemblant 362 documents (courriels, comptes rendus de rencontres, etc.), à la veille de la fin des travaux parlementaires. Des journalistes de Radio-Canada se pencheront sur les documents, dont plusieurs passages ont été caviardés. Plus de détails suivront au cours des prochains jours. Deux anciens juges de la Cour suprême ont travaillé pendant des mois de concert avec un comité de députés conservateurs, libéraux et bloquistes pour déterminer quels documents pourraient être publiés sans compromettre la sécurité nationale. Ils ont épluché à huis clos quelque 40 000 pages afin de trouver des réponses à des questions soulevées par l'opposition : les autorités afghanes ont-ils torturé les détenus transférés par les militaires canadiens et, le cas échéant, le gouvernement canadien savait-il quelque chose, comme le soupçonnait l'opposition. Transférer des détenus dans ces circonstances constituerait une violation de la Convention de Genève. Le dossier est clos aux yeux du gouvernement À sa sortie de la Chambre, le ministre fédéral des Affaires étrangères, John Baird, a déclaré que les documents rendus publics prouvaient ce que le gouvernement affirmait depuis des mois, mettant de l'avant « le respect de la primauté du droit ». Le Canada tient son engagement de respecter ses obligations internationales; le traitement et le transfert des prisonniers talibans ont été réalisés Le ministre John Baird Arguant qu'il était « clair que les allégations [visant le gouvernement] n'étaient pas fondées », le ministre Baird a également indiqué que la publication de ces documents marquait la fin du processus. Ce processus a selon lui coûté 12 millions de dollars en 12 mois.
Le ministre Baird a martelé que son gouvernement se consacrerait aux priorités des Canadiens : l'emploi et la croissance économique. L'oppposition, a-t-il poursuivi, a voulu s'approprier cette question à des fins partisanes, un argument repris par la suite par son collègue à la Défense nationale, Peter MacKay. Les partis de l'opposition ont tenté de dramatiser et de politiser cette question à leur propre avantage. Le ministre Peter MacKay Celui-ci a repris sensiblement les mêmes arguments que le ministre Baird, ajoutant que les diplomates et les militaires sur le terrain avaient bien « fait leur travail dans des circonstances dangereuses ». « Après 12 mois et 12 millions de dollars, il n'existe aucune allégation crédible contre nos militaires », a-t-il dit. L'opposition dénonce la fin du débat
« Manifestement, on n'a pas toute la vérité. On n'en sait pas vraiment beaucoup plus », a déclaré la porte-parole adjointe du NPD en matière d'affaires étrangères, Hélène Laverdière. « Ça ressemble à un exercice - excusez-moi l'expression anglaise - de cover-up. » Le libéral Stéphane Dion demeure convaincu lui aussi que les Canadiens n'ont pas toutes les réponses. « Les Forces canadiennes ont fait un travail vraiment admirable, mais le gouvernement, lui, a manqué de leadership », ajoute-t-il. « C'est clair que le gouvernement ne veut pas avoir un débat, qu'il veut arrêter toute discussion », poursuit de son côté le chef intérimaire de la formation, Bob Rae. Les partis d'opposition déplorent également que les conservateurs aient déposé les documents en fin d'après midi, quelques heures avant le congé estival, ne leur laissant que 90 minutes pour parcourir les milliers de pages. Retour sur une crise parlementaire Le refus initial du gouvernement de dévoiler le contenu des milliers de pages de documents du ministère des Affaires étrangères et du ministère de la Défense avait déclenché une crise parlementaire en décembre 2009. La crise s'est apaisée avec la création d'un comité, qui a commencé à analyser plus de 40 000 de ces documents en juillet dernier. Le Nouveau Parti démocratique n'a jamais été convaincu de la pertinence du processus et a refusé de participer aux travaux du comité, demandant plutôt une enquête publique. En janvier, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) révélait dans un rapport interne qu'il était au courant d'allégations de torture de prisonniers en Afghanistan, mais qu'il ne disposait pas d'informations de première main à ce sujet. En novembre dernier, le réseau anglais de Radio-Canada révélait que les Forces canadiennes avaient arrêté pendant des années des enfants soupçonnés de collaborer avec les talibans et les avaient remis à une unité de sécurité afghane accusée de torture. Des diplomates et du personnel canadien ayant séjourné en Afghanistan ont aussi tiré la sonnette d'alarme au sujet du sort des prisonniers afghans. Radio-Canada.ca avec Presse canadienne L'Afghanistan vu d'iciConsole Audio-vidéo
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