Rebelles kachins et militaires birmans s'affrontent au Myanmar

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters

Des combats entre l'armée birmane et des rebelles de l'ethnie kachine sont en cours pour une huitième journée consécutive dans le nord-est du Myanmar, près de la frontière de la Chine.

Des soldats kachins observent le corps d'un de leurs collègues tués dans des combats avec l'armée birmane. Des soldats kachins observent le corps d'un de leurs collègues tués dans des combats avec l'armée birmane   © AFP/Organisation nationale kachin

Selon Reuters, qui cite des sources kachines, des villages situés près de deux barrages hydroélectriques construits par Pékin dans le secteur sont notamment en train de se vider.

Quelque 2000 personnes seraient regroupées dans un camp géré par l'Organisation pour l'indépendance kachine, et 7000 autres seraient déplacées sur le territoire ou en Chine, selon Lahpai Naw Din, le chef de Kachin News Group, une organisation kachine basée en Thaïlande.

« Plusieurs ont fui leur maison après la diffusion de rapports selon lesquels le gouvernement envoyait des renforts. Les gens craignent que l'intensité des combats augmente et qu'ils soient visés par les troupes [birmanes] », affirme Lahpai Naw Din.

Selon le groupe US Campaign for Burma, quatre personnes ont perdu la vie depuis que les combats ont éclaté.

La dictature birmane n'a fait aucun commentaire sur ce conflit et les médias officiels n'en font pas mention.

Des combats non expliqués

La cause exacte des affrontements reste nébuleuse. Bien que l'Armée indépendante kachine (KIA) ait été jadis l'une des plus puissantes rébellions du Myanmar, elle a conclu un cessez-le-feu avec la junte militaire au pouvoir en 1994.

L'accord avait toutefois permis aux miliciens du groupe, qui se compteraient par milliers, de conserver leurs armes.

Un porte-parole de la KIA, Henry Branglai, a déclaré à l'Agence France-Presse que les combats ont repris jeudi dernier lorsque l'armée birmane a lancé une offensive dans une zone contrôlée par la KIA pour « gagner en influence dans la région ».

Il est de notoriété publique que les Kachins refusent que leurs miliciens soient intégrés dans un corps d'agents frontaliers supervisé par les militaires birmans. D'autres groupes ethniques, comme les Karens, refusent de se plier à cette volonté de la junte.

Les Kachins ont en outre été laissés pour compte lorsque la junte a conclu de lucratifs contrats avec une entreprise d'État chinoise pour l'exploitation de ressources naturelles.

Cela s'est notamment traduit par la construction de deux barrages hydroélectriques. Les Kachins se sont plaints que cela allait mettre en péril leur mode de vie.

Des pipelines permettant de transporter du pétrole et du gaz doivent aussi être construits par les Chinois dans la région.

Les Kachins demandent à Pékin d'intervenir

Henry Branglai a demandé jeudi à Pékin d'intervenir dans le conflit. « Sans l'implication d'un autre pays comme témoin, comme facilitateur [...], il n'y a pas de solution », a estimé le porte-parole de la KIA.

« Nous suivons de près la situation à la frontière [...] et appelons les parties en conflit [...] au calme et à la retenue afin d'éviter l'escalade », a fait savoir un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hong Lei. « Nous les appelons instamment à régler leurs divergences par des négociations pacifiques ».

Pékin dément par ailleurs qu'il refoule des réfugiés. « Depuis que le conflit a éclaté, certains à la frontière sont arrivés en Chine pour retrouver leurs proches et leurs amis », a assuré Hong Lei, en précisant qu'ils sont pris en charge « en conformité avec les pratiques internationales ».

Un responsable administratif du Yunnan, la province chinoise qui jouxte la frontière, nie tout exode. « Les portes sont ouvertes comme en temps normal. Les Birmans vont et viennent tous les jours. Nous ne pensons pas fournir des tentes et de la nourriture, car pour le moment ce n'est pas nécessaire », a-t-il déclaré à l'AFP.

Les minorités ethniques représentent environ un tiers des 50 millions de Birmans qui ne disposent cependant d'aucune protection spéciale. La leader du mouvement prodémocratique birman, Aung San Suu Kyi, préconise de leur accorder une forme d'autodétermination.

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