![]() Mise à jour le jeudi 10 mars 2011 à 14 h 54 HAE L'IrakDébarrassé du dictateur Saddam Hussein, l'Irak n'est certes pas la Libye ou l'Égypte, mais le pays, meurtri par une guerre sans fin, est toujours sur les charbons ardents. Après quelques petites manifestations dans les différentes villes irakiennes pour réclamer davantage de libertés et de meilleurs services publics, la rue irakienne a explosé le 25 février 2011, à l'occasion d'une « journée de la colère ». De Kirkouk, dans le Nord, à Bassorah, dans le Sud, en passant par Bagdad, des milliers d'Irakiens ont manifesté pour dénoncer la corruption et l'état déplorable des services de base au pays.
Contrairement aux autres manifestants dans le monde arabe, les Irakiens n'ont pas demandé un changement complet de leur gouvernement, élu démocratiquement lors des législatives de 2010. Comme dans d'autres pays arabes, le mouvement, baptisé « Révolution de la rage irakienne », a été lancé sur Facebook avec comme principales revendications « le changement, la liberté et une démocratie véritable ». Les initiateurs exigent des réformes pour améliorer le quotidien des citoyens et ne visent donc pas à faire tomber le gouvernement. Voulant contenir la contestation en gestation, le gouvernement a pris quelques mesures d'apaisement, dont l'ajout de 1 milliard de dollars au montant alloué aux rations alimentaires distribuées à 6 millions de familles. Situation politique : Après 24 ans de règne sans partage, Saddam Hussein a été chassé du pouvoir lorsque la coalition internationale menée par les États-Unis a envahi le pays en 2003. Les Irakiens, qui fêtaient alors la chute d'un dictateur sanguinaire, ne savaient pas que leur pays allait plonger dans une longue crise politique et dans une terrible guerre civile. Le conflit a opposé, d'une part, des insurgés aux forces étrangères, et, d'autre part, des chiites, majoritaires au pays, à des sunnites, jadis dépositaires du pouvoir. En juin 2004, la coalition a transféré le pouvoir à un gouvernement irakien intérimaire dirigé par Iyad Allaoui, tout en continuant à mener des opérations militaires sur le sol irakien. Une année plus tard, en janvier 2005, des élections législatives ont été organisées dans un climat d'une rare violence. C'était le premier scrutin démocratique dans l'histoire du pays. La même année, le pays s'est doté d'une nouvelle Constitution, fruit de laborieuses tractations.
En avril 2005, Jalal Talabani a été élu à la tête du pays, devenant le premier président kurde d'Irak. Il a été réélu l'année suivante. De nouvelles élections législatives ont eu lieu en mars 2010, sur fond d'attentats meurtriers. Elles ont été remportées par la liste de l'ancien premier ministre, Iyad Allaoui, qui a raflé 91 sièges. Son rival, le premier ministre sortant de l'époque, Nouri al-Maliki, a obtenu 89 sièges, alors que l'Alliance nationale irakienne, bloc chiite proche de l'Iran, est arrivée en troisième position avec 70 sièges. Après de longues et âpres négociations, un nouveau gouvernement irakien a été formé. Les principales forces politiques irakiennes sont désormais représentées, en vertu d'une entente sur une répartition ethnique et confessionnelle des trois plus importantes charges du pays. Ainsi, le Kurde Jalal Talabani est président, le chiite Nouri al-Maliki est premier ministre (avec le soutien de suffisamment de députés chiites, sunnites et kurdes) et le sunnite Oussama al-Noujaifi est président du parlement. En septembre 2010, les États-Unis ont annoncé officiellement la fin de leur mission de combat en Irak. Le premier ministre Nouri al-Maliki a alors parlé d'« une étape essentielle dans la restauration d'une souveraineté complète ». Les 50 000 soldats américains qui demeurent déployés dans ce pays sont chargés d'aider à former l'armée irakienne, avant leur retrait définitif, fin 2011. Huit ans après la chute de Saddam Hussein, les progrès sont timides en Irak, où la population se plaint du chômage et de pénuries de vivres, d'eau et d'électricité. Les problèmes sociaux sont multiples, même si le pays dispose d'importantes réserves de pétrole. Le peuple irakien a payé un lourd tribut dans sa longue marche vers la démocratie. Des centaines de milliers de personnes sont mortes dans le cycle infernal des violences, alors que des milliers d'autres se sont réfugiées dans les pays voisins. Outre les pertes humaines, l'Irak est aujourd'hui une nation à l'équilibre ethnique et confessionnel fragile et avec lequel la classe politique doit composer pour assurer la stabilité du pays.
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