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En profondeur

Mise à jour le vendredi 25 novembre 2011 à 9 h 47 HAE

L'Égypte

Place Tahrir le 21 novembre

Photo: AFP/MAHMUD KHALED

Place Tahrir le 21 novembre

Une nouvelle phase de la révolution égyptienne s'est amorcée neuf mois après la victoire de février 2011 contre l'ancien président du pays, Hosni Moubarak. Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui a succédé à Moubarak, tarde à remplir ses obligations démocratiques et les Égyptiens ont réinvesti la rue le 19 novembre pour réclamer le départ des militaires du pouvoir.

Moubarak parti, le CSFA demeure au pouvoir, le processus électoral a pris du retard et il s'est enlisé. Initialement prévues pour le mois de septembre, les élections législatives ont été reportées au 28 novembre. Quant à l'élection présidentielle, prévue pour novembre 2011, elle a successivement été remise à novembre 2011, puis à mai 2012 avant d'être repoussée à 2013.

Devant la révolte populaire qui s'est exprimée place Tahrir, au Caire, et dans plusieurs villes du pays, le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, chef du CSFA, a proposé de ramener la présidentielle à juin 2012, sans toutefois préciser de date. La proposition est toutefois demeurée insuffisante et les manifestants ont continué de réclamer le transfert immédiat du pouvoir exécutif vers un gouvernement intérimaire civil.

Présents lors de la révolution du 25 janvier 2011, les Frères musulmans ont pris leur distance des manifestants de la place Tahrir en novembre. Considérés comme la force la mieux organisée, les Frères musulmans sont favoris pour remporter les élections législatives qui se déroulent en trois étapes : fin novembre, mi-décembre et début janvier, selon la région. Ce sont plutôt les militants des formations politiques laïques - de tous les horizons et moins bien organisées - qui mènent la charge contre le pouvoir militaire dans les rues des grandes villes égyptiennes.

Les affrontements entre les manifestants et les forces de l'ordre, qui avaient fait au moins 846 morts au cours de la révolution de janvier, ont fait des dizaines de victimes fin novembre.

La révolution du 25 janvier

Après 30 ans de règne, Hosni Moubarak a dû livrer un bras de fer, qui a commencé le 25 janvier, contre ses opposants afin de conserver le pouvoir. L'épreuve de force, qui a duré près de trois semaines, a finalement eu raison de l'ancien président. Ce dernier a décidé de quitter le pouvoir le 11 février 2011.

La veille de son abdication, Moubarak avait annoncé qu'il transférait ses pouvoirs au vice-président Omar Souleïmane tout en demeurant chef de l'État.

Hosni Moubarak a finalement été placé en état d'arrestation à l'hôpital de Charm el-Cheik, une station balnéaire de la péninsule du Sinaï. Il a toutefois dû être hospitalisé après avoir subi une crise cardiaque au cours d'un interrogatoire.

Dirigé par le maréchal Tantaoui, le CSFA assure depuis ce temps l'intérim. Le pouvoir militaire a aussi annoncé le remplacement de l'ancienne Constitution. Mais, devant le peu d'empressement du CSFA à procéder aux réformes démocratiques, des milliers de personnes se sont de nouveau rassemblées sur la place Tahrir pour cinq jours d'occupation début avril 2011. Les manifestants demandaient le départ du maréchal Tantaoui, l'estimant trop lié au régime du président déchu, et ils réclamaient également la tenue d'un procès pour l'ex-président Moubarak.

Le 27 mai, des dizaines de milliers de manifestants se sont encore rassemblés à place Tahrir pour protester contre la lenteur des réformes mises en oeuvre par le CSFA.

L'armée et le défi de la démocratie

L'armée égyptienne est le coeur du pouvoir depuis le renversement de la monarchie par « les officiers libres » en 1952. Gamal Abdel Nasser, le président égyptien et leader arabe était issu de l'armée. Son successeur, Anouar El-Sadate, était également un militaire de carrière. Après l'assassinat de ce dernier, Hosni Moubarak, un autre militaire, a ainsi dirigé le pays durant 30 ans.

Près de 60 ans après la prise du pouvoir par « les officiers libres », l'armée se retrouve à l'avant-scène.

Elle a joué un rôle déterminant dans la contestation du début 2011. Après l'échec des forces policières pour mater les manifestants, elle a occupé les rues du Caire. Mais elle a indiqué qu'elle considérait les revendications des manifestants comme légitimes. Elle a également assuré qu'elle ne réprimerait pas les manifestants. Un engagement qu'elle a tenu tout au long des 18 jours de protestation de la révolution de janvier 2011.

Cette attitude bienveillante avait alors renforcé sa popularité chez les manifestants. Plusieurs scènes de fraternisation entre les manifestants et les soldats ont d'ailleurs été immortalisées par les photographes du monde entier.

Quelques heures après le départ d'Hosni Moubarak, l'armée a indiqué qu'elle ne souhaitait pas se substituer à la « légitimité voulue par le peuple ».

Le Conseil suprême des forces armées égyptiennes est composé du ministre de la Défense, du chef d'état-major, du chef du renseignement, des chefs militaires régionaux, ainsi que des chefs de l'aviation, de la défense aérienne, de l'armée de terre et de la marine.

Ministre de la Défense : Hassan Tantaoui, 76 ans;
Chef d'état-major : Samy Anan, 63 ans;
Chef de l'aviation : Redha Mahmoud Hafadh, 59 ans;
Chef de la défense aérienne : Abdelaziz Seif Eddine, 62 ans;
Chef de la marine : Mohamed Hocine Memiche.

L'attitude de l'armée est toutefois différente lors de la révolution de novembre. Même si c'est toujours la police qui réprime les manifestations, l'armée ne sert plus bouclier aux manifestants. Installée au pouvoir, elle est désormais derrière les forces de l'ordre qui répriment violemment les manifestations réclamant son départ.

Le sort de Moubarak

Le procès d'Hosni Moubarak, 82 ans, s'est amorcé le 3 août 2011. Il a été ajourné au 28 décembre, le temps que la justice se prononce sur la requête en récusation présentée contre le juge Ahmed Refaat. Les avocats des familles des victimes ont demandé, en septembre 2011, le remplacement du juge Refaat en l'accusant de conduire les audiences d'une manière « non conforme à la justice ». La requête est maintenant entre les mains d'une instance d'appel.

M. Moubarak, ses deux fils, l'homme d'affaires Hussein Salem, l'ancien ministre de l'Intérieur Habib el-Adli et six autres anciens collaborateurs du régime sont accusés de corruption et de répression mortelle lors de la révolution de janvier 2011.

M. Moubarak, qui sera au centre d'une série de procès, a déjà été condamné, avec deux de ses anciens ministres, à payer une amende de 88 millions de dollars pour avoir coupé les communications téléphoniques et Internet durant la révolution. Le juge a estimé que cette somme recouvre les pertes subies par l'Égypte à la suite de la décision d'interrompre les communications.

Moubarak, son épouse et ses deux fils, détenus pour leur part à la prison de Tora, devront également répondre à des accusations de détournement de fonds publics et de corruption.




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