Israël craint un régime à l'iranienne

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Un manifestant égyptien brandit une affiche qui dit « Moubarak, tu es déchu, va-t'en. » Un manifestant égyptien brandit une affiche qui dit « Moubarak, tu es déchu, va-t'en. »   © AFP/Marco Longari

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a déclaré lundi qu'il suivait avec inquiétude la révolte populaire en Égypte et qu'il craignait qu'elle ne débouche sur un régime islamique radical à l'iranienne.

Interrogé par la presse en présence de la chancelière allemande, Angela Merkel, en visite en Israël, le chef de gouvernement a reconnu qu'Israël était préoccupé par la perspective d'un changement de régime en Égypte.

« Il est exact que l'islam extrémiste n'est pas à l'origine de l'instabilité. Ce n'était certainement pas le cas en Tunisie, et je ne pense pas que cela le soit en Égypte », a expliqué M. Nétanyahou.

« Mais il est aussi vrai que dans une situation de chaos, un mouvement islamiste organisé peut prendre le contrôle de l'État. C'est arrivé en Iran et ailleurs », a ajouté le premier ministre.

Selon l'édition de lundi du quotidien israélien Haaretz, Israël a réaffirmé sa position en faveur de la stabilité et de la sécurité en sommant ses diplomates à inviter ses alliés, dont les États-Unis et le Canada, à cesser de critiquer l'Égypte afin de maintenir la stabilité dans la région.

L'Égypte envoie des soldats dans le Sinaï avec l'accord d'Israël

Israël a accepté que l'Égypte déplace 800 soldats pour maintenir l'ordre dans la péninsule du Sinaï, ont annoncé lundi des responsables israéliens qui ont requis l'anonymat. Si cette opération se concrétisait, il s'agirait d'une première depuis la signature du traité de paix israélo-égyptien de 1979. L'Égypte n'a pas confirmé la manoeuvre.

Selon les responsables israéliens, les soldats seront déployés autour de la station balnéaire très prisée de Charm el-Cheikh, au bord de la mer Rouge. Cette destination touristique située à 200 kilomètres de la frontière israélienne est essentielle pour l'économie égyptienne.

Le traité de paix de 1979 fait état de la remise du Sinaï à l'Égypte en échange du retrait de ses troupes. Mais alors que la révolte perdure chez leur voisin du sud, les autorités israéliennes s'inquiètent de voir des militants palestiniens tirer profit du soulèvement pour acheminer des armes dans la bande de Gaza via des tunnels souterrains.

L'Union européenne durcit le ton envers Moubarak

L'Union européenne (UE) a exhorté lundi le régime Moubarak à mettre en place d'importantes réformes pour répondre aux insatisfactions exprimées par la rue et préparer l'Égypte à des élections.

Réunis à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères européens ont adopté une déclaration dans laquelle ils appellent les autorités égyptiennes « à se lancer dans une transition dans le calme via un gouvernement de rassemblement conduisant à un processus authentique de réformes démocratiques substantielles ».

Celles-ci doivent conduire « à des élections libres et justes », précise le texte, qui reconnaît aussi « les aspirations légitimes et les souffrances de la population égyptienne ».

Avant la réunion, la diplomate en chef de l'UE, Catherine Ashton, avait appelé le président Hosni Moubarak à amorcer « immédiatement » un dialogue avec l'opposition. « Il faut répondre de manière urgente » aux besoins des manifestants à plus de démocratie « avec des initiatives concrètes et réelles », a-t-elle déclaré.

Mme Ashton a également réitéré son appel aux forces de l'ordre égyptiennes « à faire preuve de retenue » à l'endroit des protestataires et sa demande de libération « de tous les manifestants pacifiques ».

De son côté, la Maison-Blanche s'est félicitée de la retenue affichée par les forces de l'ordre égyptiennes face aux manifestants qui réclament le départ du président Hosni Moubarak. Washington a également confirmé que la Maison-Blanche a été en contact avec le gouvernement égyptien au cours des derniers jours.

Le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs, a également invité manifestants et forces de l'ordre à poursuivre dans la même veine au cours des prochaines heures. Une manifestation d'envergure est prévue pour mardi pour souligner la première semaine de la révolution égyptienne. Tout en souhaitant demeurer à l'écart des affaires internes de l'Égypte, la Maison-Blanche espère une transition ordonnée vers la démocratie.

À la Chambre des communes, à Ottawa, le premier ministre Stephen Harper a parlé de la situation en Égypte comme d'« événements importants ». « Nous voulons que s'instaure une transition vers des valeurs élémentaires comme la liberté, la démocratie, les droits de l'homme et la justice », a-t-il déclaré.

Tandis qu'il répondait à des questions sur l'évacuation des ressortissants canadiens d'Égypte, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a dit qu'il serait inapproprié de s'ingérer dans la politique intérieur d'un pays. Interrogé au sujet de l'avenir du régime Moubarak, il a réitéré qu'il revenait à la population locale de prendre ces décisions.

Dimanche, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne avaient déjà appelé M. Moubarak à procéder à des changements, tandis qu'Israël et l'Arabie saoudite mettaient l'accent sur l'importance de la stabilité et de la sécurité.

L'ex-président américain Jimmy Carter, qui a parrainé les accords de paix entre Israël et l'Égypte, a pour sa part déclaré que M. Moubarak serait contraint de démissionner, car « le peuple l'a décidé », a rapporté un journal georgien, dimanche.

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