Mobilisation pour une marche grandiose au Caire

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press, Reuters et Al-Jazira
Des milliers de manifestants se massent à la place Tahrir. Des milliers de manifestants se massent à la place Tahrir.   © AP/Khalil Hamra

Le Caire se prépare à une gigantesque manifestation, mardi, pour laquelle une coalition de mouvements d'opposition espère réunir un million de personnes dans cette mégapole qui compte 18 millions d'habitants.

Des centaines de personnes ont commencé à affluer ce matin à la place Tahrir (place de la Libération), où des dizaines de milliers de manifestants réclament depuis quelques jours le départ du dirigeant Hosni Moubarak, qu'ils espèrent obtenir d'ici vendredi. Le raïs égyptien détient le pouvoir depuis 1981.

L'arrêt du transport ferroviaire ainsi que des vols domestiques et internationaux de la compagnie EgyptAir pour toute la durée du couvre-feu imposé par les autorités, de 15 h à 8 h, heure locale, pourrait gêner ceux qui souhaitent converger vers Le Caire pour prendre part à l'événement de mardi.

L'armée égyptienne a dit juger « légitimes » les revendications du peuple égyptien, ajoutant qu'elle n'utiliserait pas la force contre les manifestants.

Les écoles, les banques et la Bourse du Caire sont demeurées fermées lundi. Le groupe du 6 avril, qui réclame des réformes démocratiques dans le pays depuis 2008 et qui est à l'avant-scène de la fronde actuelle, a lancé un appel à la grève générale.

« Nous ne voulons pas que la situation revienne à la normale avant que Moubarak ne parte », explique l'une des organisatrices du groupe, Israa Abdel-Fattah. « Nous voulons que les gens abandonnent leur travail jusqu'à ce qu'il s'en aille. »

Jusqu'ici, les affrontements ont fait plus d'une centaine de morts et des milliers de blessés.

Les arrestations d'opposants se comptent par centaines. Al-Jazira, dont la diffusion est interdite dans le pays, a annoncé lundi que six de ses journalistes avaient été arrêtés, puis libérés. Une caméra n'a cependant pas été restituée.

Malgré la présence des manifestants place Tahrir, quelques signes de retour à la normale ont pu être constatés dans la capitale. Les policiers, disparus des rues depuis vendredi, patrouillaient de nouveau et les stations de métro ont rouvert leurs portes, lundi.

La Chambre de commerce du Caire a de son côté appelé ses membres à ouvrir leur commerce. De longues files d'attente se formaient notamment devant les commerces qui vendent du pain, aliment de base en Égypte.

L'accès à Internet demeure bloqué. Les Égyptiens ne peuvent pas non plus s'envoyer des messages textes. Google et Twitter ont annoncé lundi la mise sur pied d'un service permettant aux Égyptiens qui le désirent de microbloguer des messages vocaux sans utiliser le web.

Des fournisseurs étrangers d'accès à Internet offrent aussi aux Égyptiens de se brancher au web s'ils disposent de vieux modems. Les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter ont joué un rôle-clé dans l'organisation des manifestations, la semaine dernière.

Au CanadaMardi, des manifestations sont prévues notamment devant le consulat égyptien de Montréal, entre 17 h et 18 h. Le rassemblement de lundi a attiré une quarantaine de personnes.

Une autre manifestation est prévue sur la colline du Parlement, à Ottawa, à 16 h 30.

L'opposition se concerte

Notre envoyée spéciale Sophie Langlois a rencontré des manifestants au Caire.

Selon Associated Press, des représentants de mouvements d'opposition, dont les Frères musulmans, principale force d'opposition du pays, doivent de nouveau se réunir mardi pour discuter d'une stratégie unique pour forcer Moubarak à quitter son poste.

Ils devraient aussi discuter de la possibilité que Mohammed ElBaradei, ex-directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et prix Nobel de la paix 2005, devienne officiellement le porte-parole des manifestants.

Un porte-parole des Frères musulmans, Rashad al-Bayoumi, a dit s'attendre à ce que la coalition de mouvements d'opposition exige la libération de prisonniers politiques, la création d'un gouvernement de transition pour diriger le pays jusqu'à ce que des élections libres aient lieu et des poursuites contre les individus qui ont trempé dans le meurtre de manifestants.

Bien qu'ils constituent la principale force d'opposition au président Moubarak, les Frères musulmans ne sont pas à l'origine de l'actuelle révolte. Le mouvement a plutôt été initié par des jeunes, mais des gens de toutes les couches de la société s'y sont joints.

Omar Souleymane annonce un dialogue avec l'opposition

Dans une intervention télévisée, Omar Souleymane, qui a été promu à la vice-présidence samedi dernier, a déclaré qu'il allait entamer un dialogue avec tous les partis politiques, à la demande du président Hosni Moubarak.

« Le président m'a chargé aujourd'hui de lancer des contacts immédiatement avec toutes les forces politiques pour commencer un dialogue autour de toutes les questions liées à la réforme constitutionnelle et législative », a affirmé l'ancien chef du renseignement égyptien.

La télévision d'État a également annoncé la formation d'un nouveau gouvernement, qui comprend notamment de hauts gradés de l'armée égyptienne.

Un homme portant un uniforme de capitaine de l'armée égyptienne est porté par la foule rassemblée lundi place Tahrir. Un homme portant un uniforme de capitaine de l'armée égyptienne est porté par la foule rassemblée lundi place Tahrir.   © PC/AP/Ben Curtis

Le ministre de la Défense, Mohamed Hussein Tantaoui, y exercera désormais les fonctions de vice-premier ministre, en appui au nouveau premier ministre, Ahmad Chafic.

Le nouveau gouvernement compte aussi un nouveau ministre de l'Intérieur, le général Mahmoud Wagdi, qui a dirigé les services d'enquête criminelle du Caire, et un nouveau ministre des Finances, Gaoudat el Malt.

MM. Chafic, Tantaoui et Wagdi sont issus des rangs de l'armée, au même titre que le nouveau vice-président, Omar Souleymane, ex-chef des services de renseignements. La nomination de M. Souleymane, pourvoit un poste laissé vacant depuis 30 ans.

Ce nouveau cabinet a été très vite rejeté par les Frères musulmans. Ils ont appelé à la poursuite du mouvement de protestations.

Plusieurs pays entreprennent par ailleurs l'évacuation de leurs ressortissants qui souhaitent quitter l'Égypte. Des avions nolisés par Ottawa ont commencé à rapatrier des Canadiens vers certaines villes d'Europe, lundi.

Impacts diplomatiques et économiques

De nombreux gouvernements ont continué à commenter la situation en Égypte, lundi. Pendant qu'Israël disait craindre que la crise débouche sur un régime islamique radical à l'iranienne, l'Union européenne, les États-Unis et le Canada ont appelé le régime Moubarak à procéder à des réformes.

Le mouvement de contestation entraîne de sérieuses conséquences : l'agence de notation Moody's a annoncé lundi qu'elle abaissait la cote de crédit du pays et selon l'Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP), les tensions dans le pays pourraient toucher le trafic maritime au canal de Suez et générer une « pénurie de pétrole ».

Des Égyptiens se pressent pour mettre la main sur du pain avant que le couvre-feu n'entre en vigueur. Des Égyptiens se pressent pour mettre la main sur du pain avant que le couvre-feu n'entre en vigueur.   © PC/AP/Amr Nabil

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