Des soldats de l'ONUCI en patrouille dans les rues d'Abidjan.
Photo : AFP/Sia Kambou
Les Nations unies ont condamné jeudi les actes de violence qui se répandent en Côte d'Ivoire, loin d'Abidjan, où l'impasse politique persiste entre le président sortant Laurent Gbagbo et son rival Alassane Ouattara.
Au cours de la dernière semaine, 23 femmes ont été violées dans l'ouest du pays qui a accueilli 16 000 réfugiés, selon Simon Munzu, responsable de la Division des droits de l'homme de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI).
Le responsable a ajouté que les forces pro-Gbagbo ont soumis au moins un partisan de M. Ouattara à des sévices sexuels après avoir arrêté 63 personnes lors d'une « perquisition » musclée au siège du camp Ouattara, le 4 janvier.
« Ce jeune homme a été sodomisé par huit membres de la Garde républicaine qui voulaient lui soutirer des informations au sujet des autres membres du RHDP [pro-Ouattara] », a-t-il déclaré.
Le camp Gbagbo n'a pas réagi dans l'immédiat à ces allégations. Un porte-parole du président déchu a toutefois démenti que les forces loyales à son camp aient commis des actes de torture et des enlèvements.
Le ton monte entre Gbagbo et l'ONU
Laurent Gbagbo a par ailleurs ordonné à ses forces de sécurité d'arrêter et de fouiller les véhicules de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI). L'ONU rétorque que cela est illégal et n'est rien d'autre qu'une nouvelle forme de harcèlement.
La décision de fouiller les véhicules des Casques bleus a été annoncée jeudi soir sur les ondes de la télévision d'État par le colonel Hilaire Gohourou.
Ce dernier a accusé l'ONU d'avoir « pour mission de s'attaquer aux institutions de la République de Côte d'Ivoire » et « de fournir des armes » aux ex-rebelles des Forces nouvelles.
La semaine dernière, plusieurs véhicules de l'ONU ont été attaqués par des forces fidèles à Laurent Gbagbo. Des véhicules ont été incendiés et des coups de feu ont été échangés.
« Je crois qu'on peut affirmer avec assez de certitude que ces fouilles ne sont pas légales », a commenté une porte-parole de l'ONU à Genève, Corinne Momal-Vanian. « Ce n'est qu'une nouvelle forme de harcèlement ».
« Nous espérons et nous nous attendons à ce que la liberté [de mouvement des Casques bleus] soit respectée », a pour sa part commenté un porte-parole de l'ONUCI, Hamadoun Touré. « Nous, nous ne sommes pas dans une logique de confrontation ».
M. Touré n'a pas dit ce que le personnel de l'ONU entend faire si l'ordre de Laurent Gbagbo est bel et bien mis à exécution.
L'adversaire de Laurent Gbagbo à la présidentielle du 28 novembre dernier, Alassane Ouattara, est considéré comme le président légitimement élu par l'ONU et l'essentiel de la communauté internationale. Seul le Conseil constitutionnel ivoirien, contrôlé par des proches de Laurent Gbagbo, l'a donné vainqueur.
M. Ouattara demeure retranché à l'hôtel du Golf d'Abidjan avec sa garde rapprochée. Il est protégé par des ex-rebelles des Forces nouvelles et par 800 Casques bleus de l'ONU. Les routes menant à l'hôtel sont cependant bloquées par les forces de sécurité fidèles à Laurent Gbagbo.
Depuis que la crise a éclaté, Laurent Gbagbo a ordonné à l'ONU de quitter le pays. Les Nations unies n'ont pas tenu compte de cet ordre. Ils ont plutôt décidé de prolonger la mission et d'envoyer 2000 soldats supplémentaires en renfort.
Le PM d'Ouattara en tournée régionale
Le premier ministre désigné par Alassane Ouattara, Guillaume Soro, se trouvait pour sa part vendredi à Abuja, au Nigeria. Il s'est entretenu avec le président de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), le président nigérian Goodluck Jonathan.
La CEDEAO a menacé d'utiliser la force de manière à installer Laurent Gbagbo au pouvoir, comme le demande ouvertement Alassane Ouattara.
Une seconde mission de médiation de l'Union africaine, dirigée par le premier ministre kenyan Raila Odinga, n'a pas réussi à résoudre la quadrature du cercle cette semaine.
Selon le dernier bilan de l'ONU, 260 personnes ont perdu la vie dans les violences qui ont suivi la présidentielle. La plupart sont des partisans d'Alassane Ouattara.