44 pays défient Pékin

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse
La chaise vide rappelle l'absence forcée de Liu Xiaobo lors de la remise du prix Nobel de la paix 2010. La chaise vide rappelle l'absence forcée de Liu Xiaobo lors de la remise du prix Nobel de la paix 2010.   © AFP/ODD ANDERSEN

La cérémonie de remise du prix Nobel de la paix 2010 s'est déroulée comme prévu à Oslo, en Norvège, en l'absence du lauréat. Il est décerné cette année, dans la controverse, au dissident chinois Liu Xiaobo.

Ce dernier étant emprisonné en Chine pour avoir réclamé plus de liberté et de démocratie, personne n'était présent pour recevoir la prestigieuse distinction assortie d'une bourse de 10 millions de couronnes suédoises (environ 1,5 million $ CAN).

L'absence de M. Liu a été représentée à la cérémonie par une chaise vide disposée dans la salle à l'endroit où il aurait dû être assis.

Dans son allocution, le président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland, a exhorté Pékin à libérer Liu Xiaobo.

« Liu n'a fait qu'exercer ses droits civiques. Il n'a rien fait de mal. Il doit être libéré », a plaidé M. Jagland, soulignant que la Constitution chinoise garantit officiellement la liberté d'expression et le droit de critiquer l'appareil d'État.

« Beaucoup demanderont si, malgré sa puissance actuelle, la Chine ne manifeste pas une certaine faiblesse en croyant nécessaire d'emprisonner un homme durant 11 ans pour le seul fait d'avoir exprimé ses opinions sur la façon dont son pays devrait être gouverné. » — Thorbjoern Jagland, président du comité Nobel

Moins d'une vingtaine d'absents

Le dissident chinois Liu Xiaobo, en 2005. Le dissident chinois Liu Xiaobo, en 2005.   © AFP/AFP

Contrairement à ce que déclarait le gouvernement chinois, moins d'une vingtaine de pays ont boycotté la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix.

Plus tôt cette semaine, Pékin affirmait que la majorité des pays invités ne seraient pas présents à la cérémonie, ce qu'avait démenti le comité Nobel.

Selon l'Institut Nobel, outre la Chine, la Russie, l'Afghanistan, l'Algérie, l'Arabie Saoudite, Cuba, l'Égypte, l'Irak, l'Iran, le Kazakhstan, le Maroc, le Pakistan, le Soudan, la Tunisie, le Venezuela, le Vietnam et l'Autorité palestinienne ont décliné l'invitation. Le Sri Lanka, un allié de la Chine, n'a pour sa part pas répondu à l'invitation de l'Institut. Des doutes persistaient aussi sur la présence des Philippines.

Pékin, qui mène une campagne diplomatique intensive contre la remise du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo affirmait qu'une centaine de pays se rangeaient à ses côtés pour dénoncer ce geste du comité Nobel.

Or, selon le directeur de l'Institut Nobel, Geir Lundestad, 44 des 65 pays qui ont une ambassade à Oslo ont confirmé leur présence.

Un prisonnier politique

L'attribution du Nobel de la paix au dissident Liu Xiaobo n'influera pas sur le système politique chinois, affirme Pékin La prison de Jingzhou où Liu Xiaobo est incarcéré   © AFP/Goh Chai Hin

Le gouvernement chinois s'oppose catégoriquement à la décision du comité Nobel de décerner la prestigieuse distinction au dissident chinois Liu Xiaobo, condamné à 11 ans de prison par Pékin pour activités subversives.

Le militant chinois de 54 ans a été emprisonné pour avoir participé à la rédaction de la Charte 08, un manifeste qui réclame l'ouverture et la démocratisation du régime politique chinois.

Recevant cet automne la décision du comité Nobel comme une gifle, Pékin a qualifié « d'obscène » l'attribution du prix Nobel de la paix à M. Liu.

Pékin en campagne contre le comité Nobel

Le régime chinois s'est depuis engagé dans une vaste campagne diplomatique auprès de ses alliés et de ses partenaires commerciaux pour qu'ils boycottent la cérémonie. Pékin a notamment prévenu les pays européens que tout soutien à Liu Xiaobo serait considéré comme un affront à la justice chinoise.

Censure sur Internet

Des manifestants réclament la libération de Liu Xiaobo à Hong Kong. Des manifestants réclament la libération de Liu Xiaobo à Hong Kong.   © PC/Kin Cheung

Ce matin, en Chine, les mots « chaise vide » et « Oslo » étaient censurés sur les grands sites Internet du pays et les réseaux sociaux chinois.

Pour défier le régime chinois, des internautes ont commencé à poster sur la Toile des photos de toutes sortes de chaises vides, en référence au prix Nobel remis en l'absence de Liu Xiaobo, toujours détenu en prison.

Selon l'agence Reuters, c'est la première fois depuis 1935 qu'un lauréat du prix Nobel de la paix se voit empêché d'aller recevoir son prix à Oslo. À l'époque, le régime nazi d'Adolf Hitler avait refusé que le pacifiste Carl von Ossietzky se rende en Norvège pour y recevoir son prix.

Le seul Nobel norvégienLes prix Nobel sont remis à Stockholm, en Suède, à l'exception de celui de la paix, qui est remis à Oslo, en Norvège.

Dans son testament rédigé en 1895, où il consacrait la création des prix remis en son nom, le Suédois Alfred Nobel souhaitait que celui de la paix soit remis par un comité norvégien.

Au moment de la création du prix Nobel de la paix, en 1901, la Suède et la Norvège relevaient en effet d'une même monarchie. C'est en 1905 que la Norvège est devenue indépendante, avec sa propre Couronne.

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