En Haïti, 70 % des quelque 1300 camps de réfugiés établis dans la foulée du tremblement de terre du 12 janvier ne sont toujours pas supervisés correctement par la communauté internationale, conclut un rapport de Refugees International (RI).
L'ONG Refugees International dit que 70 % des camps de réfugiés en Haïti sont mal supervisés par la communauté internationale. La violence sexuelle augmente et les expulsions se multiplient.
Près de dix mois après le séisme, les sinistrés confinés à ces camps vivent dans des conditions « épouvantables », soutient l'organisation non gouvernementale. Ils peinent à se nourrir et craignent d'être intimidés ou expulsés. Les femmes vivent en plus dans la peur d'être violées.
Un camp de Port-au-Prince
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AFP/Joe Raedle/Getty Images
Refugees International montre du doigt le Haut-Commissariat aux droits de l'homme (HCDH) de l'ONU, responsable des opérations de protection de la population, et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui a le mandat de coordonner et gérer les camps.
Le HCDH, dit l'organisation, n'a pas d'expérience opérationnelle dans le domaine de la protection en cas de catastrophe, dit-elle, tandis que l'OIM n'a sur le terrain que trois officiers de protection à sa disposition. Comme ces derniers n'ont aucun lien avec des officiers de protection locaux, la sécurité dans les camps est tout à fait inadéquate, conclut l'organisation.
Refugees International préconise que la communauté internationale nomme un coordonnateur humanitaire à temps plein et que le Haut-Commissariat aux réfugiés et le Haut-Commissariat aux droits de l'homme viennent soutenir le HCDH et l'OIM afin de mieux protéger la population civile. Qui plus est, d'autres officiers plus expérimentés doivent être recrutés par les différentes agences des Nations unies.
« La plupart des habitants des camps ont mis sur pied des comités des résidents, et certains ont établi des comités de sécurité, mais ils manquent d'équipement, de formation et de fonds », indique le rapport. « Dans certains camps, ces comités sont une valeur ajoutée et améliorent la sécurité, mais dans d'autres, ils sont corrompus et abusifs, constitués de membres de gangs qui sont la cause même de l'insécurité. »
Selon Refugees International, tous les camps devraient avoir un gestionnaire, et ces derniers « doivent prendre en charge l'institutionnalisation de ces comités des résidents et comités de sécurité et établir un lien entre eux, la police des Nations Unies (UNPOL) et la Police nationale haïtienne (PNH). Cela pourrait entraîner l'examen des membres des comités de sécurité et UNPOL pourrait leur donner la formation et l'équipement requis ».
Refugees International affirme qu'à l'heure actuelle, la violence sexuelle augmente dans les camps. « Le taux de grossesse parmi les adolescentes est extrêmement élevé dans les camps et les agences médicales ont dit à RI qu'elles doivent traiter de nombreux cas de complications à la suite des tentatives d'avortement "dans la rue". Certaines de ces filles n'ont pas plus de 10 ans. »
L'organisation ajoute que « des femmes et des filles se voient forcées de vendre leur corps contre de la nourriture, surtout depuis qu'un terme a été mis aux distributions générales de nourriture en avril. L'accès aux activités qui génèrent des revenus diminuerait l'exploitation sexuelle et les abus perpétrés contre les femmes et filles ».
De nombreux sinistrés craignent par ailleurs d'être expulsés de leur camp. Selon Refugees International, « 15 000 personnes ont été victimes d'expulsions et 95 000 personnes risquent fortement de l'être également ». Il est aussi fréquent, selon l'organisation, que les propriétaires de terrain ne permettent pas de faire des améliorations dans les camps, par exemple l'installation de systèmes d'éclairage ou l'amélioration des latrines.
Refugees International demande à la communauté internationale d'investir davantage de ressources dans le soutien aux familles d'accueil et dans les zones rurales, de manière à inciter les gens à quitter les camps de Port-au-Prince. Des programmes durables de développement de modes de subsistances sont essentiels à la stabilisation du pays, dit l'organisation.