Les viols systématiques, un échec de l'ONU

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Associated Press
Des Casques bleus indiens de la MONUSCO mènent un exercice à Luvungi, dans l'est de la République démocratique du Congo, le 4 septembre 2010   © AFP/Marc Hoffer

Les Casques bleus ont manqué à leur devoir en ne parvenant pas à prévenir les quelque 500 viols et attentats à la pudeur commis sur des civils, pour la plupart des femmes et des enfants, au cours du mois d'août dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), affirme un haut responsable de l'ONU.

Un haut représentant de l'ONU attribue une part de responsabilité des viols systématiques commis dans l'est de la République démocratique du Congo à l'inefficacité des Casques bleus onusiens déployés dans la région.

C'est le jugement qu'a porté mardi le sous-secrétaire général de l'ONU chargé des opérations de maintien de la paix, Atul Khare, alors qu'il faisait rapport après avoir visité la RDC à la demande du secrétaire général Ban Ki-moon. Il a ajouté qu'il se sentait coupable envers les victimes de ces actes horribles.

« Si l'État congolais, son armée et sa police sont les premiers responsables de la protection des civils, il est clair que nous avons également échoué. Nos actions n'étaient pas adéquates, et ont permis ces gestes brutaux et inacceptables envers la population de la région. Nous devons faire mieux. » — Atul Khare, sous-secrétaire général de l'ONU chargé des opérations de maintien de la paix

Du 30 juillet au 3 août dernier, la localité de Luvungi et le secteur environnant, dans le Nord-Kivu, ont été occupés à la fois par les miliciens Maï-Maï et par les rebelles hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Au moins 242 viols ont été commis durant cette période, selon des données de l'ONU.

La Mission de l'ONU pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) n'a été informée de ces viols que le 12 août. Le sous-secrétaire général Khare a indiqué que, selon ce qu'il a appris au cours de son voyage, 260 autres viols, dont plusieurs commis sur des fillettes et des adolescentes de 7 à 15 ans, ont eu lieu dans des villages du Nord et du Sud-Kivu au cours du mois d'août. De nombreuses femmes auraient également été victimes de viols collectifs de la part de groupes de deux à six hommes armés.

Atul Khare a lancé un appel à sanctionner les chefs des Maï-Maï et des FDLR responsables des violences sexuelles. Même des soldats congolais ont commis certains des viols, a-t-il indiqué. Les rebelles hutus des FDLR ont pour leur part démenti toute implication et ont réclamé une enquête internationale indépendante.

La représentante spéciale de l'ONU pour la prévention de la violence sexuelle dans les conflits armés, Margot Wallström, avait déjà évoqué la possibilité que des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité soient portées dans cette affaire. « La triste réalité, c'est que les viols sont devenus tellement communs qu'ils ne provoquent pas d'interventions urgentes de notre part », a déclaré Mme Wallström devant le Conseil de sécurité.

Interventions et surveillance

Une opération de la MONUSCO lancée la semaine dernière, en collaboration avec les forces de l'ordre congolaises, a permis d'arrêter au moins une trentaine de rebelles, a indiqué M. Khare. Les Casques bleus effectuent maintenant plus de patrouilles de nuit et procèdent à davantage de vérifications dans les communautés touchées. L'ONU tente également d'y mettre en place un réseau de communication sans fil pour les forces de maintien de la paix.

L'ambassadeur de la RDC à l'ONU, Ileka Atoki, s'est dit « dégoûté » de ces viols et a qualifié de « pathétique » la police congolaise. Il a affirmé que la RDC avait besoin d'une aide internationale non seulement pour combattre ce problème, mais aussi pour mettre fin au conflit dans l'est du pays.

L'est de la République démocratique du Congo est déchiré depuis plusieurs années par un conflit dont l'un des enjeux est le contrôle des vastes ressources minières de la région. Le viol a été l'une des armes de guerre utilisées, puisque, selon M. Khare, 15 000 agressions sexuelles ont été commises en RDC en 2008 et en 2009.

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