Le ministre espagnol de l'Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba
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AFP/AP/Daniel Ochoa de Olza
Le gouvernement espagnol n'entend pas modifier sa politique antiterroriste en réaction à l'annonce de l'ETA de ne plus mener d'actions armées. Madrid poursuivra sa lutte contre l'organisation indépendantiste basque.
Le gouvernement espagnol a annoncé lundi qu'il n'allait pas modifier sa politique antiterroriste contre l'ETA après le cessez-le-feu annoncé dimanche par l'organisation indépendantiste basque.
Le ministre de l'Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, a indiqué sur la télévision publique espagnole qu'il jugeait insuffisante l'annonce du groupe considéré par l'Union européenne, les États-Unis et le Canada comme une organisation terroriste. Madrid exige de l'ETA et de sa branche politique, le parti interdit Batasuna, un abandon définitif et sans condition de la lutte armée.
Après un an sans attentat, l'ETA, tenue pour responsable de la mort de 829 personnes en près de 50 ans de violences, a annoncé dimanche ce qui avait tout l'air d'un cessez-le-feu, mais sans préciser s'il était temporaire ou définitif.
L'organisation a affirmé qu'elle « ne mènera pas d'actions offensives armées » dans son combat pour l'indépendance du Pays basque, précisant avoir pris cette décision « il y a plusieurs mois », « pour parvenir à un scénario de processus démocratique ».
L'ETA en mauvaise posture
M. Rubalcaba croit que l'ETA a fait cette annonce pour faire cesser les opérations policières à répétition contre ses dirigeants et sa structure qui ont considérablement affaibli le groupe clandestin.
« L'ETA arrête parce qu'il n'en peut plus. Il le fait après le démantèlement de la base logistique qu'il mettait en place au Portugal [...] et sa sortie de France où il est très mal », a estimé le ministre.
Entre 2008 et 2010, sept chefs de l'organisation - cinq chefs militaires et deux dirigeants politiques - ont été arrêtés, pour la plupart en France, base de repli du groupe armé.
Le ministre a souligné que, lors de la dernière arrestation d'un responsable, Mikel Karrera, dit « Ata », en mai dans le sud-ouest de la France, des documents saisis annonçaient la « réorganisation de la partie militaire [du groupe clandestin] qui était très touchée. »
Les indépendantistes basques envisagent le pouvoir
M. Rubalcaba estime que l'annonce « ambiguë » de l'ETA vise également à permettre à son bras politique illégal, Batasuna, de redevenir légal en Espagne, et il n'entend pas le permettre.
Ce parti indépendantiste radical demandait depuis plusieurs mois à l'ETA d'annoncer un cessez-le-feu dans l'espoir de participer légalement aux élections municipales basques de 2011, aux côtés de son nouvel allié, le parti indépendantiste non violent Eusko Alkartasuna.
Batasuna « est illégal parce que c'est une partie de l'ETA », a expliqué M. Rubalcaba. « Pour redevenir légal, il faut que Batasuna [...] rompe clairement avec l'ETA et le démontre, ou bien qu'il convainque l'ETA d'arrêter de tuer, de cesser la violence », a précisé le ministre.
Les principaux partis espagnols partagent la position du gouvernement. Ils ont, eux aussi, qualifié l'annonce d'insuffisante, en particulier le principal parti d'opposition de droite, le Parti populaire.
La presse espagnole se montrait également sceptique sur la fin des violences.
« L'ETA offre une trêve trompeuse pour se glisser dans les élections municipales » de 2011, estimait le quotidien conservateur ABC, alors que le journal de centre-gauche El Pais commentait « l'impasse » dans laquelle se trouve l'organisation.