Le spectre de la scission

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
À Bruxelles, Elio di Rupo quitte une réunion des sept partis politiques de la Belgique, qui n'ont pas réussi à s'entendre pour former un gouvernement. À Bruxelles, Elio di Rupo quitte une réunion des sept partis politiques de la Belgique, qui n'ont pas réussi à s'entendre pour former un gouvernement.   © AFP/Belga/Julien Warnand

Une nouvelle tentative de former un gouvernement échoue avec la démission d'Elio di Rupo, qui avait pour mandat de dénouer la crise. Plusieurs personnalités francophones évoquent maintenant la division de l'État.

Trois mois après les élections, la Belgique se retrouve de nouveau dans l'impasse après la démission d'Elio di Rupo, président du Parti socialiste (PS), qui avait la mission de former un gouvernement de coalition francophone et néerlandophone.

Le roi Albert II a accepté samedi soir la démission du francophone n'ayant pas réussi à combler le fossé entre les deux communautés linguistiques qui paralyse les institutions politiques belges depuis plus de trois ans. Le souverain a, dans la foulée, désigné deux médiateurs, un francophone et un Flamand, pour tenter de relancer les discussions et surmonter la crise.

Les partis néerlandophones réclament plus d'autonomie pour la Flandre, mais les francophones s'y opposent, craignant que la Wallonie et Bruxelles ne s'appauvrissent.

La précédente coalition s'était démantelée après l'échec des deux communautés à s'entendre sur Bruxelles et les droits linguistiques dont jouissent les francophones dans la banlieue flamande de la capitale.

Ce nouvel échec, qui succède à celui de la mission confiée au séparatiste flamand Bart de Wever, pourrait engendrer des élections anticipées. En juillet dernier, le responsable de la Nouvelle alliance flamande (N-VA) avait jeté l'éponge. Il lui était impossible d'entrevoir un consensus sur les questions essentielles.

Di Rupo attribue la responsabilité de la fin des négociations à la N-VA et au parti Christen-Democratisch en Vlaams (chrétien-démocrate et flamand, CD&V), qui ont rejeté une ultime proposition de compromis.

Le tabou de la scission tombe

N'ayant plus espoir de voir la crise se résoudre, plusieurs figures importantes du monde politique francophone ont évoqué ouvertement une éventuelle scission, dimanche. Les déclarations sont toutes venues du Parti socialiste, vainqueur des élections législatives du 13 juin en Wallonie.

« On ne peut plus ignorer que parmi une grande partie de la population flamande, [la scission] est un voeu. Donc, oui, il faut se préparer à la fin de la Belgique, sans quoi on risque d'être les dindons de la farce », a déclaré la vice-première ministre Laurette Onkelinx au quotidien belge La dernière heure.

Un autre responsable francophone, le ministre-président de Wallonie, Rudy Demotte, a appelé sa communauté à envisager « toutes les hypothèses », dont celle de se prendre en mains sans la Flandre. Selon lui, la Wallonie et Bruxelles ont les moyens de « voir ce qu'on peut faire pour soi-même et ne pas attendre demain ».

Ces prises de position font suite à celle d'une autre figure importante du Parti socialiste francophone, Philippe Moureaux, premier à briser le tabou en entrevue. « On est jusqu'à présent dans un processus de délitement de l'État. On va peut-être entrer dans l'organisation progressive de la séparation », a-t-il dit.

Bien qu'elle soit habituée à un climat politique instable, la Belgique doit rapidement sortir de la crise pour s'attaquer à sa dette nationale et répondre aux attentes des marchés financiers.

Si les négociations pour former un gouvernement restent dans l'impasse, les Belges pourraient être à nouveau appelés aux urnes.

Dimanche, plusieurs dizaines de milliers de Flamands ont participé à une manifestation annuelle autour de Bruxelles pour rappeler que la capitale, à nette majorité francophone, est enclavée en territoire flamand.

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