La Russie nie toute implication

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Un avion sur le tarmac de l'aéroport de Larnaca, à Chypre (archives) Un avion sur le tarmac de l'aéroport de Larnaca, à Chypre (archives)   © AFP/Laura Boushnak

Moscou dément les accusations d'espionnage portées par les autorités américaines contre 11 individus, dont certains utilisaient l'identité de Canadiens. Ottawa, de son côté, reste discret.

La police chypriote a arrêté mardi un homme soupçonné d'être le 11e membre du présumé réseau d'espionnage russe dont les autorités américaines ont annoncé le démantèlement lundi.

Christopher Metsos, âgé d'une cinquantaine d'années, a été intercepté à l'aéroport de Larnaca, à Chypre, où il s'apprêtait à prendre un vol en direction de Budapest, en Hongrie.

Selon les documents déposés devant un tribunal fédéral à New York, Metsos serait le chef du réseau. Il prétend être Canadien, au même titre que trois des dix personnes arrêtées lundi, soit Donald Howard Heathfield, Tracey Lee Ann Foley et Patricia Mills.

« Selon l'alerte rouge que nous avons reçue d'Interpol, il est recherché pour blanchiment d'argent et espionnage », a indiqué un porte-parole de la police chypriote, Michalis Katsounotos.

Metsos a été remis en liberté moyennant une caution de plusieurs milliers de dollars, après qu'on lui eut confisqué ses papiers de voyage. Les autorités lui ont également ordonné de se rendre quotidiennement dans un commissariat. Il devra rester sur l'île méditerranéenne pendant un mois, le temps que soit amorcée sa procédure d'extradition.

Les 10 autres membres présumés du réseau d'espionnage ont été arrêtés dimanche dans les États de New York, du New Jersey, du Massachusetts et de la Virginie, selon les informations fournies par le département de la Justice.

Le réseau aurait été actif depuis au moins une dizaine d'années, mais faisait l'objet d'une surveillance depuis longtemps.

Comparutions et accusations

Les documents judiciaires déposés à New York (voir ci-dessous) présentent les 11 inculpés comme des agents des services de renseignement russes, le SVR, qui assume le rôle joué autrefois par le KGB en Union soviétique.

Leur mission aurait été de « chercher et d'établir des liens au sein des cercles d'élaboration des politiques » aux États-Unis pour transmettre les informations recueillies à Moscou.

Metsos est accusé d'avoir reçu un sac d'argent de la part d'un membre de la mission permanente de la Russie aux Nations unies aux alentours du 16 mai 2004. Cet argent aurait été remis, au moins en partie, à un autre accusé, Richard Murphy.

Les membres présumés du réseau sont officiellement accusés d'avoir agi pour le compte d'un gouvernement étranger sans en avoir avisé le gouvernement américain, un crime pouvant entraîner une peine de cinq ans de prison. Neuf suspects sont également soupçonnés de blanchiment d'argent, chef d'accusation pour lequel ils pourraient être emprisonnés pendant 20 ans.

Cinq des personnes arrêtées ont comparu lundi devant un tribunal fédéral à New York, mais sans être inculpées formellement. Le juge a toutefois ordonné le maintien en détention provisoire de Juan Lazaro, de Vicky Pelaez, d'Anna Chapman ainsi que de Richard et Cynthia Murphy, de peur qu'ils ne s'enfuient.

L'audience pour entendre les demandes de remise en liberté sous caution des autres personnes arrêtées doit avoir lieu jeudi. L'audience préliminaire des suspects a pour sa part été fixée au 27 juillet.

La plainte ne précise pas la nationalité des suspects, qui prétendent tous être originaires d'autres pays que la Russie. Outre ceux qui se prétendent Canadiens, des suspects se sont dits Américains ou Péruviens. Les autorités américaines estiment qu'ils utilisent ce stratagème pour brouiller les pistes.

Ces arrestations sont survenues alors que le président russe Dimitri Medvedev se trouvait à Toronto pour le sommet du G20, et quelques jours après qu'il eut rencontré le président américain Barack Obama à la Maison-Blanche.

Au terme de la réunion, les deux dirigeants avaient annoncé que leurs pays allaient coopérer davantage contre le terrorisme et qu'ils prévoyaient des exercices communs entre leurs forces de sécurité. M. Obama avait salué en M. Medvedev un partenaire « solide et fiable ».

Ottawa reste discret

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, n'a pas commenté la nouvelle, son bureau précisant qu'il partait en voyage officiel en Europe.

Son bureau a toutefois réagi de façon laconique dans un courriel envoyé aux médias. Présentant l'affaire comme une « enquête américaine », le Canada a assuré qu'il continuait de « collaborer avec nos alliés sur la question ». « Étant donné que l'enquête est en cours, aucun autre détail ne peut être fourni pour l'instant », conclut le message.

Une famille canadienne impliquée malgré elleUne famille de Brampton, en Ontario, réclame des explications d'Ottawa. David Heathfield aimerait obtenir des réponses du gouvernement canadien parce que le nom de son frère décédé est mentionné dans les documents judiciaires relatifs aux accusations d'espionnage.

Le présumé espion qui se présente sous le nom de Donald Howard Heathfield, et qui vit à Boston, au Massachusetts, aurait usurpé l'identité de son frère, mort en 1963, à six semaines.

David Heathfield s'inquiète du fait que lui et sa famille pourraient avoir des problèmes à entrer en territoire américain.

Les autorités canadiennes ne l'ont pas encore contacté.

La Russie nie toute implication

Moscou dément toute implication dans ce dossier. « De telles actions sont infondées et déplacées », a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

L'ambassade russe aux États-Unis (archives) L'ambassade russe aux États-Unis   © AFP/Archives
« Nous ne comprenons pas les causes qui ont poussé le département de la Justice américain à faire une déclaration publique dans l'esprit de l'espionnage de la guerre froide. » — Le ministère russe des Affaires étrangères

Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, a quant à lui dit espérer que l'affaire ne nuira pas aux relations russo-américaines, en pleine relance. « La police s'est laissée aller chez vous. On met des gens en prison », a-t-il dit à l'ancien président américain Bill Clinton, en visite en Russie, selon ce que rapportent les agences russes.

« Nous comptons que cela ne nuira pas à tout le positif accumulé ces dernières années. [...] Nous espérons beaucoup que les gens qui tiennent aux bonnes relations le comprennent », a ajouté M. Poutine.

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