Concert international de réprobation

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Arrestation devant l'ambassade d'Israël en Grèce Arrestation devant l'ambassade d'Israël en Grèce, lors d'une manifestation dénonçant l'assaut contre un convoi humanitaire   © AFP/LOUISA GOULIAMAKI

À l'échelle internationale, l'assaut israélien contre un convoi humanitaire qui se dirigeait vers Gaza soulève indignation et incompréhension.

La communauté internationale s'insurge contre l'assaut israélien mené contre une flottille qui se dirigeait vers la bande de Gaza. Pendant que le Conseil de sécurité de l'ONU est saisi de l'affaire, des manifestations se tiennent dans plusieurs grandes villes du monde.

Une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU a été convoquée à l'initiative du Liban et de la Turquie.

Israël a « perdu toute légitimité internationale », a affirmé en ouverture de débat la Turquie, d'où étaient originaires la plupart des victimes tuées dans l'assaut. Dans un discours très dur à l'endroit de l'État hébreu, le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a accusé Israël de « terrorisme d'État » et rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv.

Aux yeux de l'observateur palestinien à l'ONU, cette attaque contre des civils se trouvant sur des bateaux battant pavillon étranger et naviguant sur les eaux internationales est un « crime de guerre ».

Les Palestiniens et les pays arabes, soutenus par plusieurs membres du Conseil, dont la France, ont demandé à Israël de libérer immédiatement les bateaux et leurs passagers, et de leur permettre de livrer leurs marchandises. Ils ont également réclamé la levée de l'embargo israélien contre la bande de Gaza,

L'adjoint au secrétaire général de l'ONU, Oscar Fernandez-Taranco, a d'ailleurs déclaré devant le plus puissant organisme de l'ONU que le bain de sang aurait été évité si « les appels répétés à Israël pour mettre un terme à l'embargo contre-productif et inacceptable de la bande de Gaza avaient été écoutés ».

Israël a de son côté argué que le convoi « n'avait rien d'une mission humanitaire ». Si l'ambassadeur israélien à l'ONU a déploré un événement « tragique et malheureux », il a affirmé que certains activistes avaient un « passé terroriste » que les organisateurs de la mission appuyaient des groupes islamiques radicaux tels que le Hamas, qui occupe Gaza et refuse de reconnaître Israël.

Les pays arabes souhaitent pour leur part que le Conseil condamne fermement Israël et exige une enquête internationale sur les circonstances de l'incident.

La France a réclamé une enquête « crédible et indépendante » qui répondrait aux normes internationales ainsi que la levée de l'embargo contre la bande de Gaza. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avait lui aussi appelé à l'ouverture d'une enquête.

Après avoir fait valoir leurs points de vue entendus ceux des représentants israéliens et palestiniens, les 15 membres du Conseil de sécurité se sont réunis à huis clos afin d'évaluer les différentes options.

Ils devaient définir les termes d'une déclaration qui devrait inclure un appel à ouvrir une telle enquête et pourrait aussi contenir une demande de levée du blocus.

Des diplomates cités par des agences de presse ont toutefois précisé qu'une condamnation explicite d'Israël risque de ne pas figurer dans la déclaration, les États-Unis, notamment, s'y étant opposés.

Interrogations et condamnations

Plus tôt, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon s'est dit choqué par la gravité de l'intervention israélienne.

Plusieurs dirigeants ont condamné l'assaut. Le président français Nicolas Sarkozy a pour sa part qualifié l'assaut israélien de mesure « disproportionnée ».

La Maison-Blanche a indiqué par communiqué que le président Obama avait téléphoné au premier ministre israélien pour lui « exprimer ses profonds regrets quant aux pertes en vies humaines [...] » « et sa préoccupation concernant les blessés ». « Le président a également insisté sur l'importance de connaître dès que possible tous les faits et les circonstances entourant les évènements tragiques de ce matin ».

Au cours de la journée, le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, a appelé la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, ainsi que le conseiller du président à la sécurité nationale, James Jones, arguant que l'abordage de la flottille était conforme au droit maritime.

Se disant « choquée » par l'assaut, la Chine a déclaré qu'elle espérait une « réponse rapide du Conseil de sécurité pour qu'il prenne les mesures nécessaires ».

De son côté, le premier ministre canadien a opté pour une réaction prudente. Stephen Harper a dit regretter « profondément les pertes de vie et les blessures causées dans cet incident ». Il a ajouté que son gouvernement cherchait « à obtenir toutes les informations nécessaires afin de découvrir exactement ce qui s'est passé ».

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad s'est pour sa part fait menaçant en dénonçant le raid comme « un signe de faiblesse » d'un régime dont la fin « est plus proche que jamais », selon lui.

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a vivement réagi, décrétant trois jours de deuil dans les territoires palestiniens. « Il s'agit d'un massacre que nous condamnons », a-t-il déclaré dans une déclaration diffusée sur les ondes d'une télévision palestinienne.

À l'issue d'une réunion d'urgence, la direction palestinienne a exigé dans la soirée que les responsables « du crime de piraterie barbare » israélien soient traduits devant la justice internationale en tant que « criminels de guerre ».

En matinée, le chef du gouvernement du mouvement islamiste Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, a exhorté « l'Autorité palestinienne à cesser les négociations, directes et indirectes, avec Israël, en raison de ce crime ».

Les ambassadeurs de l'Union européenne tiennent de leur côté une réunion extraordinaire à Bruxelles, et la Ligue arabe a convoqué une réunion d'urgence pour mardi.

Amnistie internationale réclame une enquête indépendante sur le raid israélien, accusant Tsahal d'avoir usé d'une force excessive dans cette affaire.

Manifestations

Dans plusieurs grandes villes du monde, au Moyen-Orient comme en Occident, des citoyens tiennent des manifestations pour dénoncer l'assaut israélien.

En Égypte, 8500 manifestants ont réclamé l'expulsion de l'ambassadeur israélien et la réouverture des frontières avec la bande de Gaza.

À Amman, en Jordanie, 2000 personnes ont manifesté leur colère à l'égard d'Israël ainsi que des milliers de Palestiniens dans la bande de Gaza.

En Turquie, des milliers de personnes sont descendues dans les rues d'Istanbul en scandant des slogans hostiles à Israël.

Des centaines de manifestations se sont également tenues à Paris, New York, à Athènes et à Rome, entre autres.

Le chef du Hamas a par ailleurs appelé Arabes et musulmans à se « soulever devant les ambassades, à manifester et à faire la grève en Cisjordanie ». L'appel du Hamas a eu des échos jusqu'au Haut Comité de suivi des Arabes, qui représente 1,3 million d'Arabes israéliens. Le comité a appelé à une journée de grève générale mardi en Cisjordanie et à des manifestations en Israël.

La communauté des internautes prend parti

Le web s'est transformé en un champ de bataille d'opinions. Les internautes débattent du pour et du contre de l'opération israélienne et de « la flottille de la liberté ». Notre journaliste Vincent Grou a recueilli quelques vidéos concernant cette guerre en ligne.

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