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AFP/John Moore/Getty Images
Aux États-Unis, les voix s'élèvent pour dénoncer une nouvelle loi sur l'immigration clandestine adoptée en Arizona, État frontalier du Mexique. Selon ses détracteurs, elle légalise le profilage racial.
Aux États-Unis, les voix s'élèvent pour dénoncer une nouvelle loi sur l'immigration illégale adoptée en Arizona, État frontalier du Mexique.
Promulguée vendredi par la gouverneure de l'État, Janice Brewer, la loi autorise les policiers, s'ils ont un « doute raisonnable », à interpeller les individus qu'ils soupçonnent d'être entrés illégalement aux États-Unis afin de vérifier leur statut de résident. Les immigrants sont par ailleurs tenus de porter sur eux leurs documents d'immatriculation en tout temps.
Plus d'un quart de million de Mexicains, poussés par la misère, traversent le désert chaque année pour aller en Arizona.
Cette loi anti-immigration, qui entrera en vigueur 90 jours après sa promulgation, est la plus sévère dans l'histoire des États-Unis. Pour ses détracteurs, l'initiative légalise le profilage racial. « La saison de la chasse aux Latinos est ouverte », a ironisé lundi Frank Sharry, du groupe de défense des immigrés America's Voice.
Réprobabtion
Les opposants à la loi n'hésitent d'ailleurs pas à crier au racisme, voire au fascisme, et les manifestations se sont multipliées au cours des derniers jours.
Le représentant démocrate de l'Arizona Raul Grijalva et Phil Gordon, le maire de Phoenix, la capitale de l'État, font partie de ceux qui ont vigoureusement dénoncé la loi. Dimanche, les deux élus se sont joints à une manifestation pacifique qui a réuni des milliers d'opposants à Phoenix.
Le représentant démocrate de l'Illinois Luis Gutierrez, qui préside un groupe de travail du Congrès sur l'immigration hispanique, a lui aussi participé à cette marche pour exprimer son désaccord à ce qu'il considère comme « une grave catastrophe pour les droits civiques des immigrants déclenchée par les républicains de l'Arizona ».
Les réserves d'Obama
Plusieurs personnalités politiques, comme le maire de New York Michael Bloomberg et le militant des droits civiques Al Sharpton, font également partie des détracteurs de la loi, tout comme le président Obama lui-même, qui l'a qualifiée d'« initiative malencontreuse » et « irresponsable ».
Selon le président Obama, cette loi prouve « la nécessité de réformer les règles sur l'immigration au niveau fédéral. Dès vendredi, il a par ailleurs annoncé qu'il ferait vérifier la constitutionnalité du texte.
La gouverneure Brewer réplique à ses opposants que la loi a été adoptée pour protéger l'Arizona. Selon elle, l'État ne fait que se défendre contre la violence de la guerre des cartels mexicains de la drogue, qui se fait ressentir au-delà de la frontière.
Selon le shérif Paul Babeu, le taux de criminalité augmente chaque année à cause de ces immigrants illégaux. Près de 20 % des immigrants illégaux de l'État ont des casiers judiciaires.
Tollé dans les pays du Sud
Le Mexique est en première ligne pour lutter contre cette nouvelle loi. Après sa ministre des Affaires étrangères, le Sénat, les grands partis politiques du pays et la Commission nationale des droits de l'Homme, le président mexicain, Felipe Calderon, est à son tour monté au créneau lundi.
Le Mexique « utilisera tous les moyens à sa portée » pour défendre ses émigrants contre cette loi qui « porte atteinte aux droits de la personne » et « ouvre la porte à une inacceptable discrimination raciale [...], à la haine et à l'abus de l'application de la loi », a-t-il déclaré.
Selon M. Calderon, la législation « criminalise » ceux qui s'expatrient pour chercher du travail. Le Mexique compte 12 millions de ressortissants aux États-Unis, dont la moitié en situation irrégulière.
Trois pays d'Amérique centrale, le Salvador, le Honduras et le Guatemala, qui compteraient au total 5 millions de ressortissants aux États-Unis, ont eux aussi exprimé leur opposition.