Des installations électriques improvisées dans le quartier Nérette, à Pétionville. À l'arrière-plan, le quartier de Morne Hercule.
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Jean-Hugues Roy
Radio-Canada a obtenu le Rapport d'évaluation des besoins après désastre (Post Disaster Needs Assessment ou PDNA) du gouvernement haïtien. Ce document, préparé avec l'aide de 200 experts internationaux, servira de base de discussion à la réunion des bailleurs de fonds prévue à New York le 31 mars prochain.
Remise en état des infrastructures de base, reboisement, constructions antisismiques, embauche de policières : dans un rapport obtenu par Radio-Canada, le gouvernement haïtien estime les besoins du pays à 12,2 milliards de dollars américains sur trois ans.
Le document de 255 pages évalue à 12,2 milliards de dollars américains sur trois ans les besoins financiers pour la reconstruction en Haïti. De cette somme, 6,4 milliards seront nécessaires pour remettre sur pied les services sociaux, notamment la santé, l'éducation et l'assainissement de l'eau. On sait que plus de 1300 établissements d'éducation, dont la plupart des universités, et plus de 50 hôpitaux ont été détruits ou lourdement endommagés par le séisme du 12 janvier 2010.
Le deuxième secteur en importance, quant aux besoins, est celui des infrastructures. Le PDNA estime qu'il faudra plus de 1,8 milliard de dollars américains pour reconstruire des routes - les routes primaires ont été détruites à 15 % et quatre ponts ont été endommagés - des réseaux électriques et de télécommunications, sans compter les logements, dont 105 000 ont été détruits et 208 000, endommagés.
Certains détails de ce plan ont déjà été évoqués en public par le président haïtien René Préval et le premier ministre Jean-Max Bellerive. Il a également été présenté à la conférence préparatoire de Saint-Domingue, les 15 et 16 mars derniers. Mais le document, dont Radio-Canada a obtenu la 14e version, datée du 22 mars, n'avait pas encore été rendu public.
C'est un document qui fait toujours l'objet de consultations. Radio-Métropole rapporte que le président Préval a réuni mercredi plusieurs parlementaires et réunira les sénateurs ainsi que le premier ministre pour une séance de travail jeudi, précisément pour peaufiner le PDNA. Le gouvernement haïtien a également consulté les secteurs religieux et le monde des affaires.
Mais de nombreux acteurs sociaux et les chefs de l'opposition déplorent qu'ils n'aient pas été consultés sur cet important plan de reconstruction qui définira l'avenir du pays.
Reconstruire la confiance
Au premier chef, le PDNA indique que ce qu'il faut d'abord rebâtir, c'est la confiance des Haïtiens envers leurs institutions : « La gouvernance en Haïti doit être repensée de manière à reconquérir la confiance des citoyens et à s'assurer que le bien collectif l'emporte sur les intérêts individuels. »
Les structures de l'État sont non seulement à reconstruire, mais aussi à repenser, dit le PDNA. Le plan prévoit entre autres de les décentraliser en profitant du fait qu'un demi-million d'habitants de Port-au-Prince ont fui dans des localités de province.
Le PDNA prône par ailleurs l'implantation de diverses mesures pour accroître la sécurité. Il est question, par exemple, de favoriser l'embauche de femmes dans la police. De nombreuses femmes ne font pas confiance aux policiers, majoritairement masculins, lorsqu'elles sont victimes de sévices sexuels. Le développement futur d'Haïti devra être durable. Le gouvernement veut investir 1,4 milliard de dollars américains dans différentes activités liées à l'environnement, notamment dans le reboisement des bassins-versants, afin d'éviter des glissements de terrain durant la saison des pluies. Il faudra, par ailleurs, disposer d'environ 40 millions de mètres cubes de débris de la façon la moins polluante possible.
La reconstruction devra également se faire en tenant compte des risques. Cela veut dire des constructions parasismiques, bien sûr, mais également à l'épreuve des ouragans - Haïti a l'indice de vulnérabilité aux cyclones le plus grand de tous les petits États insulaires en développement du monde. Le pays a également été identifié comme l'un des plus à risque de subir les conséquences des changements climatiques. Des milliers de personnes vivent dans la Plaine-du-Cul-de-sac, au nord et à l'est de Port-au-Prince, une zone située en partie sous le niveau de la mer.
Le PDNA propose enfin une kyrielle de mesures pour accroître les services de santé et d'éducation. Il vise notamment la gratuité de l'enseignement fondamental pour 2020. Actuellement, les Haïtiens doivent payer pour envoyer leurs enfants à l'école, même dans le réseau public.
Haïti aura besoin de l'aide internationale pour de nombreuses années encore. Son PIB chutera de 8,3 % en 2010, selon le PDNA, en raison du séisme. Les recettes fiscales du gouvernement ne seront que 40 % de ce qui avait été prévu dans le budget. Et ses dépenses sont bien supérieures à ce qui avait été anticipé avant le 12 janvier, ce qui fait que le déficit de l'État s'aggravera.
Le PDNA souligne en outre que « les projections sur les aides extérieures sont incertaines pour le moment ». Rappelons que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, déplorait, lors de sa dernière visite à Port-au-Prince, que les pays donateurs n'avaient fourni que 49 % du montant de 1,4 milliard de dollars américains que l'ONU avait promis à court terme à Haïti.