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Thaïlande
Des arguments écrits avec du sang

Mise à jour le mardi 16 mars 2010 à 8 h 18

Des partisans de l'ex-premier ministre Thaksin Shinawatra ont déposé des bouteilles remplies de sang devant le siège du gouvernement, mardi, pour démontrer qu'ils sont prêts à se sacrifier pour avoir gain de cause.

Les Chemises rouges, fidèles à M. Thaksin, avaient prévenu lundi le premier ministre Abhisit Vejjajiva qu'ils réaliseraient ce coup d'éclat s'il refusait de dissoudre le Parlement et de convoquer de nouvelles élections, comme ils le réclament.

Depuis samedi, des dizaines de milliers de partisans de l'ex-premier ministre sont rassemblés à Bangkok, dans ce qui constitue un nouvel épisode du bras de fer opposant les élites urbaines aux classes pauvres, issues le plus souvent de milieux ruraux.

Cette lutte révèle une véritable fracture sociale dans ce pays de 66 millions d'habitants.

Le sang versé devant la Governement House mardi, en début de soirée, a été prélevé en petite quantité sur des volontaires se trouvant dans la marée rouge de manifestants. Les organisateurs, qui voulaient amasser un mètre cube de sang, ont assuré que l'opération a été menée de façon sécuritaire, avec des seringues propres.

La méthode choisie par les Chemises rouges a entraîné des critiques de la Croix-Rouge, qui l'a jugée peu hygiénique. L'organisation humanitaire a aussi soulevé le fait que ce sang aurait pu aider à sauver des vies, mais en vain.

Lundi, le premier ministre Abhisit Vejjajiva a exclu de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections législatives. « Nous sommes tous d'accord pour reconnaître que cela ne peut être fait », a-t-il dit. « Cependant, cela ne veut pas dire que les partis de la coalition gouvernementale et moi-même n'écouteront pas leurs idées », a-t-il ajouté, en guise d'ouverture.

Les Chemises rouges estiment qu'Abhisit est arrivé au pouvoir de manière illégitime, après que la Cour suprême eut exigé la dissolution d'un parti pro-Thaksin menant la coalition gouvernementale en décembre 2008.

Bien que deux soldats aient été blessés lundi par l'explosion de quatre grenades dans le quartier général du 1er Régiment d'infanterie, qui forme la garde rapprochée du Roi, les manifestations des Chemises rouges sont restées pacifiques jusqu'ici. L'armée n'a pas officiellement blâmé les Chemises rouges pour l'attaque de lundi.

Crise politique durable

La Thaïlande est engluée dans une grave crise politique qui a éclaté au grand jour en 2006, lorsqu'un coup d'État militaire a entraîné la destitution de M. Thaksin.

L'ex-premier ministre, qui a fait fortune dans les télécommunications, était accusé de corruption, mais ses partisans, issus des régions rurales et des classes urbaines défavorisées, ont soutenu que l'élite urbaine traditionnelle et les partisans du roi Bhumibol avaient fomenté le tout dans leur propre intérêt.

Le bras de fer a entraîné plusieurs changements de gouvernement, qui se sont soldés par de nombreuses démonstrations de force des deux clans, reconnaissables à leur couleur, rouge pour les partisans de M. Thaksin et jaune pour ses opposants. Les affrontements entre les deux clans ont fait plusieurs morts.

Trois jours de manifestations

Les dizaines de milliers de partisans de Thaksin Shinawatra sont arrivés samedi dans la capitale en provenance du nord du pays, à bord de camions, à moto ou encore en autobus, d'où s'échappaient des chants sur la démocratie et la liberté.

Certains observateurs ont présenté ce rassemblement comme étant celui de la dernière chance en vue du retour de Thaksin Shinawatra, poussé à l'exil par un coup d'État militaire en 2006.

Les opposants veulent paralyser Bangkok, et ils ont indiqué qu'ils y resteraient au moins une semaine. Ils sont encouragés par M. Thaksin lui-même. L'ex-premier ministre s'est d'ailleurs adressé à ses partisans par vidéoconférence dimanche soir.

« Les gens qui causent des problèmes dans le pays ces jours-ci proviennent de la classe dominante », a-t-il déclaré, en invitant les manifestants à poursuivre leur manifestation pacifiquement. M. Thaksin a ajouté que le peuple allait devoir régler « les problèmes liés à la démocratie, à l'égalité et à la justice ».

Sous haute sécurité

Environ 50 000 militaires ont été déployés dans les rues de la capitale pour prévenir tout débordement. Le palais du gouvernement a été placé sous haute surveillance. Des soldats ont été postés devant des banques et des édifices publics. Le gouvernement redoute des attaques, y compris des attentats à la bombe.

Les Chemises rouges ont assuré que leur mobilisation serait pacifique, mais la dernière grande manifestation d'avril 2009 avait dégénéré en émeute, faisant deux morts et plus d'une centaine de blessés.

La manifestation a lieu deux semaines après que la Cour suprême eut reconnu Thaksin Shinawatra coupable d'abus de pouvoir et de conflit d'intérêts. Le tribunal a ordonné la saisie de la moitié de sa fortune, soit 1,4 milliard de dollars, accumulée de façon illégale.

M. Thaksin vit à Dubaï pour échapper à une condamnation précédente à deux ans de prison ferme pour des malversations financières dans un autre dossier.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, Associated Press et Reuters

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