![]() Les libéraux prévenus dès 2005Mise à jour le mercredi 10 mars 2010 à 23 h 43
Des révélations d'une ancienne diplomate plongent les libéraux dans l'embarras. Eileen Olexiuk, qui a vécu trois ans en Afghanistan, affirme avoir prévenu le gouvernement de Paul Martin des risques de torture des détenus afghans transférés par les soldats canadiens, mais dit avoir été ignorée. Mme Olexiuk, qui était numéro deux à l'ambassade à Kaboul, a écrit trois rapports sur les droits de la personne en Afghanistan durant son séjour dans ce pays, de 2002 à 2005. Dans chacun d'eux, elle faisait état des risques que les détenus afghans soient torturés par les autorités afghanes. « C'était connu qu'il s'agissait de la façon employée pour obtenir de l'information », a-t-il confié au réseau CBC. Quand Paul Martin a accepté que les troupes canadiennes soient mutées à Kandahar, en 2005, elle a cru bon donner un autre avertissement. Elle a prévenu le gouvernement que l'accord qu'il s'apprêtait à signer concernant le transfert des prisonniers n'offrait pas une protection suffisante aux détenus. « Personne ne savait comment gérer tout ça, a soutenu Mme Olexiuk. On a choisi d'ignorer le problème, comme si ça allait le faire disparaître. » Franchement, je ne pense pas que quiconque s'en souciait vraiment. — Eillen Olexiuk, en entrevue à CBC Ses mises en garde ont été ignorées, dit-elle, et l'accord a été signé comme prévu. Elle affirme en outre avoir dit au gouvernement libéral de l'époque que le protocole protégeait mal les détenus. Interviewé par la CBS sous couvert de l'anonymat, un fonctionnaire impliqué dans le dossier des détenus depuis plusieurs années a confirmé une bonne partie des allégations de l'ancienne diplomate. Lui-même affirme que le Canada aurait dû faire davantage lors de l'adoption du protocole de transfert des détenus. Selon lui, le gouvernement Martin a, à l'époque, étudié trois options :
La première hypothèse envisagée comportait, rapporte le fonctionnaire, des risques qu'éclate un scandale similaire à celui survenu à la prison irakienne d'Abou Ghraïb, où des militaires américains avaient infligé des sévices aux détenus. La seconde option avait déjà valu des critiques et même le dépôt d'une poursuite judiciaire (rejetée par la cour) contre des membres du gouvernement Chrétien après que le Canada eut confié certains des Afghans capturés à l'armée américaine, qui les avait transferés à sa base de Guantanamo, à Cuba. Le gouvernement a fini par opter pour la dernière option, a résumé le fonctionnaire. Les fonctionnaires et les politiciens, a-t-il poursuivi, ont eu l'impression qu'ils devaient se fier au fait qu'aider les Afghans à améliorer leur propre système carcéral suffirait à protéger les détenus transférés. Réactions sur la Colline Le ministre de la Défense, Peter MacKay, a dénoncé l'« hypocrisie des libéraux », qui attaquent depuis trois ans les conservateurs sur les risques de torture des détenus transférés par le Canada. « Ce que ça révèle, c'est que libéraux et conservateurs - les deux -, ne respectent pas la Convention de Genève, et que les deux se sont moqués du Parlement et qu'ils continuent de le faire », a pour sa part affirmé le chef bloquiste Gilles Duceppe. Pierre Pettigrew et Bill Graham, qui en 2005 étaient respectivement ministres des Affaires étrangères et de la Défense dans le gouvernement libéral, n'ont pas commenté les déclarations de Mme Olexiuk. Le porte-parole libéral en matière d'affaires étrangères, Bob Rae, soutient pour sa part que son parti n'a rien à cacher et continue de réclamer une enquête publique sur le sort des détenus afghans. Les médias ont rapporté les premières allégations de torture au printemps 2007. Ce n'est qu'à ce moment que le gouvernement Harper a révisé le protocole de transfert des prisonniers, même s'il était au courant de la situation depuis 2006. La procédure mise en place tenait compte des recommandations faites par Eileen Olexiuk en 2005. L'Afghanistan vu d'iciConsole Audio-vidéo
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