La Cour suprême de la Thaïlande a ordonné vendredi la saisie de plus de la moitié de la fortune amassée par l'ex-premier ministre, Thaksin Shinawatra, soit 1,4 milliard de dollars américains. Depuis Dubaï, où il vit en exil, le principal intéressé a déclaré par vidéoconférence qu'il s'agissait d'un verdict « très politique ».
La Cour suprême conclut que M. Thaksin a caché une partie de ses avoirs pendant qu'il était au pouvoir, et qu'il a utilisé sa fonction à son avantage. Elle saisit conséquemment plus de la moitié de sa fortune.
Des partisans de l'ex-PM Thaksin Shinawatra devant la Cour suprême.
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AFP/Nicolas Asfouri
Le plus haut tribunal thaïlandais a rendu sa décision après avoir conclu à l'unanimité que M. Thaksin et son ancienne épouse, Potjamanna Pombejra, ont dissimulé le fait qu'ils possédaient des actions du groupe de télécommunications Shin Corp pendant que M. Thaksin était en fonction, entre 2001 et 2006.
Les neuf juges ont déterminé que M. Thaksin s'est placé en conflit d'intérêts en utilisant son pouvoir à la tête du gouvernement pour mettre en oeuvre une politique sur les téléphones cellulaires qui a grandement profité à Shin Corp, qui était à l'époque le plus important fournisseur de services du pays.
La fortune de M. Thaksin est estimée à environ 2,3 milliards de dollars américains. Cette somme provient en partie de la vente en janvier 2006 de la moitié des parts de Shin Corp à la firme singapourienne Temasek.
Les comptes bancaires dans lesquels l'argent se trouve, en Thaïlande, sont présentement gelés. On ne sait pas avec certitude si l'ex-premier ministre pourra récupérer l'argent qui n'a pas été saisi par la justice. Une autre partie de la fortune de M. Thaksin se trouverait cependant à l'étranger.
Ce jugement de la Cour suprême constitue le plus récent épisode dans la guerre de tranchées que se livrent les partisans et les opposants de M. Thaksin, qui vit à Dubaï pour échapper à une condamnation à deux ans de prison ferme pour des malversations financières dans un autre dossier.
Des milliers de policiers ont été déployés en prévision de l'annonce de la décision, tant dans la capitale, Bangkok, que dans le nord-est du pays, où vivent plusieurs de ses partisans.
Crise politique durable
La Thaïlande, pays de 66 millions d'habitants, est engluée dans une grave crise politique qui a éclaté au grand jour lorsqu'un coup d'État militaire a entraîné la destitution de M. Thaksin en 2006. L'ex-premier ministre était accusé de corruption, mais ses partisans, issus des régions rurales et des classes urbaines défavorisées ont soutenu que l'élite urbaine traditionnelle et les partisans du roi Bhumibol avaient fomenté le tout dans leur propre intérêt.
Le bras de fer a depuis entraîné plusieurs changements de gouvernement, qui se sont soldés par de nombreuses démonstrations de force des deux clans, reconnaissables à leur couleur, rouge pour les partisans de M. Thaksin, et jaune pour ses opposants. Les affrontements entre les deux clans ont fait plusieurs morts.