« On a fait ce qu'on a pu »

Exclusif - Dans une entrevue exclusive à Radio-Canada, le président d'Haïti, René Préval, répond aux critiques qui l'accusent de ne pas être à la hauteur de la situation, et ce, plus d'un mois après le séisme qui a ravagé son pays.

Dans une entrevue exclusive à Radio-Canada, le président haïtien répond aux critiques selon lesquelles son gouvernement ne maîtrise pas la situation, un mois après le séisme effroyable.

René Préval fait le point sur la situation de son pays en compagnie de Jean-Michel Leprince.

Le bilan est accablant et René Préval le détaille calmement : 217 000 morts enterrés dans des fosses communes, sans compter les victimes qui sont toujours ensevelies sous les décombres et celles qui ont été enterrées par leurs familles.

Le président haïtien cite aussi la destruction de 250 000 édifices commerciaux, publics et résidentiels en expliquant qu'il faudrait, pour tout déblayer, « 1000 camions et 1000 jours, ce qui signifie environ trois ans ».

Par conséquent, aux voix qui s'élèvent pour reprocher à René Préval son peu de maîtrise sur la situation, le chef d'État haïtien a cette réponse :

« L'État ici est faible. Et en raison de cette faiblesse, il y a des gens pour dire qu'il faut le mettre sous tutelle. Je pense au contraire qu'il faut renforcer la capacité de l'État haïtien à se prendre en main. » — René Préval

Le président affirme d'ailleurs que cette catastrophe est arrivée au moment où « les signaux d'une nette amélioration étaient clairs en Haïti ». Il rappelle qu'avant le tremblement de terre destructeur, Haïti s'enorgueillissait d'enregistrer une hausse de son produit intérieur brut de 3,4 %, alors que ce dernier avait été négatif jusqu'en 2004.

De plus, l'inflation, qui s'élevait à 35 % en 2005, se situait désormais à 5 %. Les projets destinés à instaurer l'électricité allaient bon train et la production en agriculture connaissait une croissance de 25 %.

Un président peu présent?

Deuxième partie de l'entrevue accordée par le président d'Haïti à Jean-Michel Leprince

Puis le séisme a frappé. Beaucoup d'Haïtiens ont reproché à René Préval de ne pas leur avoir parlé durant la crise...

« Il n'y avait pas de téléphone et les radios ne marchaient pas; ce sont les raisons techniques, dit le président haïtien. Mais il y a des raisons humaines aussi. J'avoue que, lorsque je suis sorti dans la nuit du 12 janvier et que j'ai vu des élèves pris sous les décombres qui criaient au secours, je n'ai pas eu le courage de leur offrir mes sympathies! La première chose à faire était de trouver du secours pour ces gens-là et c'est ce que j'ai fait. »

Le président haïtien fait valoir qu'à l'heure actuelle, il est très difficile pour son gouvernement d'être fonctionnel.

« Le ministère de la Justice est tombé, le ministère des Finances est tombé, le palais présidentiel est tombé... Plusieurs de nos cadres sont morts et des documents sont sous terre. C'est extrêmement difficile. » — René Préval

Parmi les élus, il s'en trouve qui ont perdu leurs enfants, leurs parents. « Mes ministres, je les félicite. Ils ont mis tout ça derrière eux pour servir », affirme René Préval.

À propos du besoin d'un plan global

Au premier ministre canadien Stephen Harper qui lui rendait visite lundi, le président Préval a exprimé le souhait qu'Haïti soit littéralement refondée, et non seulement rebâtie.

« Pourquoi avons-nous eu autant de morts? C'est qu'Haïti a été mal pensé, mal construit, fait valoir le président Préval. Les villes de province et l'agriculture ont été négligées au profit de la capitale. C'est le moment de refaire une autre Haïti sur un modèle de décentralisation centré sur l'agriculture. 60 % de la capacité de notre main-d'oeuvre est en agriculture. »

Le gouvernement haïtien doit aussi reloger 1,2 million de personnes maintenant sans abri, et pas dans des bidonvilles. En attendant, les gens se débrouillent et reconstruisent spontanément des habitations de fortune. « Mais il faut trouver une alternative », insiste René Préval.

René Préval se félicite de l'intention d'Ottawa de s'engager pour au moins 10 ans en Haïti. Le Canada finance notamment un important axe routier de 90 km qui reliera Les Cayes à la ville de Jacmel.

Mais ce ne sera pas suffisant, estime le président Préval. Car le pays n'avait pas réussi à réparer les infrastructures rurales détruites par les cyclones qui avaient frappé Haïti, en 2008. « On n'a pas les moyens de le faire seul, alors il faudra un plan global », conclut René Préval.

D'après une entrevue menée par Jean-Michel Leprince

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