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Photo: La Presse Canadienne /AP/Bureau du président iranien Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a visité l'usine d'enrichissement d'uranium de Natanz en avril 2008. |
Pendant que l'Iran dit avoir formellement entrepris les opérations visant à enrichir son uranium à 20 %, un nouveau ballet diplomatique se met en place afin que les négociations entre la République islamique et la communauté internationale reprennent dans les meilleurs délais.
La Chine, qui n'avait pas encore réagi depuis que Téhéran a annoncé qu'elle allait poursuivre l'enrichissement de son uranium à 3,5 %, a fait savoir mardi qu'elle préconise une poursuite du dialogue sur le dossier nucléaire. Une opinion qui tranche avec celle des Occidentaux, qui envisagent ouvertement d'adopter de nouvelles sanctions contre Téhéran.
Lors d'une conférence de presse tenue à Pékin, une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Ma Zhaoxu, a refusé de commenter d'éventuelles sanctions. Elle a plutôt « souhaité que les parties concernées intensifient leurs efforts pour obtenir des progrès dans le dialogue et les négociations ».
Les Chinois ne sont pas les seuls à croire à une reprise des négociations. Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a fait savoir mardi qu'il compte se rendre à Téhéran d'ici quelques jours, sinon ce soir, pour discuter d'une éventuelle reprise des négociations avec le président Mahmoud Ahmadinejad et son ministre des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki.
Début du processus d'enrichissement
Le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, Ali Akbar Salehi, a affirmé mardi matin « que les opérations de production d'uranium enrichi à 20 % ont commencé » sur une « cascade [de centrifugeuses] séparée de l'usine de Natanz ».
Ces opérations avaient été annoncées dimanche par le président Ahmadinejad. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a été informée lundi. M. Salehi soutient que l'Iran a besoin de 1,5 kilo d'uranium enrichi à 20 % par mois pour faire fonctionner son laboratoire de recherche médical de Téhéran, qui fabrique des isotopes médicaux. Il affirme que 164 centrifuges sont en fonction au site d'enrichissement de Natanz, ce qui sera susceptible de produire de 3 à 5 kilos d'uranium enrichi à 20 % par mois.
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Photo: La Presse Canadienne /AP/Vahid Salemi Le site d'enrichissement d'uranium de Natanz (archives) |
L'Agence internationale de l'énergie atomique a annoncé mardi qu'une équipe d'inspecteurs étaient présents sur le site de Natanz. Selon Associated Press, ils étaient présents lorsque des scientifiques iraniens ont injecté 25 kilos d'uranium à 3,5 % dans les centrifugeuses.
L'adoption de sanctions
Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a admis lundi que la France n'est pas en mesure de faire adopter une nouvelle résolution même si elle assume la présidence du Conseil de sécurité de l'ONU en février. « Il faut neuf voix positives, nous ne sommes pas sûrs de les avoir maintenant », a dit le ministre.
« Nous n'avons pas encore convaincu les Chinois », a ajouté le ministre Kouchner. Pour être adoptée, une résolution du Conseil de sécurité doit être approuvée par 9 des 15 membres. Les cinq membres permanents - États-Unis, Royaume-Uni, France, Russie et Chine - disposent d'un droit de veto.
M. Kouchner estime que les Iraniens « ne savent pas fabriquer du combustible » pour leur réacteur nucléaire de recherche à partir d'uranium enrichi à 20 % et ne cache pas qu'il préconise l'adoption de sanctions. « Nous ne pouvons pas appliquer autre chose hélas! que des sanctions puisque la négociation n'est pas possible », a-t-il dit.
L'Élysée a d'ailleurs fait savoir lundi que le président français Nicolas Sarkozy et le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, « sont convenus que le temps était à l'adoption de sanctions fortes, dans l'espoir d'une reprise du dialogue » avec Téhéran. Le Royaume-Uni et l'Allemagne appuieraient sans doute cette démarche.
La Russie fait preuve de fermeté
Même la Russie, qui est réticente à envisager des sanctions, a levé le ton. Le ministère russe des Affaires étrangères a réitéré lundi que « la solution passe par la mise en oeuvre par l'Iran de l'accord de Genève d'octobre dernier, qui prévoit l'envoi à l'étranger pour enrichissement supplémentaire du combustible destiné au réacteur de recherche de Téhéran ».
Le secrétaire du Conseil de sécurité de Russie, Nikolaï Patrouchev, en a rajouté mardi. « L'Iran soutient qu'il ne s'efforce pas de posséder l'arme atomique, qu'il développe le nucléaire civil », a-t-il déclaré, selon les agences russes. « Mais les démarches qu'il entreprend, notamment l'enrichissement d'uranium à 20 %, soulèvent des doutes chez d'autres pays. Et ces doutes sont assez fondés. »
Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a pour sa part lancé un nouvel appel à des sanctions sévères et immédiates contre l'Iran. « Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est une action ferme de la communauté internationale », a-t-il dit à des diplomates européens. « Cela veut dire des sanctions invalidantes, qui doivent être mises en oeuvre dès maintenant. »
De son côté, l'Union européenne (UE) se dit préoccupée par l'annonce de Téhéran en réitérant la menace de prendre « les mesures nécessaires » le cas échéant.
Cette décision « va à l'encontre de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU » et accroît le « déficit de confiance » de la communauté internationale quant à la finalité du programme nucléaire iranien, a déclaré chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton.
Négociations embourbées
La décision de l'Iran d'enrichir de l'uranium à 20 % survient au moment où les négociations sur l'enrichissement qu'il menait depuis quatre mois avec le groupe 5 + 1 (les cinq pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU auxquels se greffe l'Allemagne) sont embourbées.
Ces négociations avaient débouché sur un projet en vertu duquel l'uranium faiblement enrichi aurait été envoyé en Russie, qui l'aurait enrichi davantage, avant de l'expédier en France, où il aurait été transformé en barres de combustible. L'Iran aurait ensuite récupéré ce combustible pour son réacteur de recherche.
Le projet est tombé à l'eau cet automne après que Téhéran eut fait savoir qu'il n'était pas question que l'uranium faiblement enrichi quitte le pays. Le président Ahmadinejad a cependant précisé dimanche qu'il n'avait pas fermé la porte aux discussions pour autant.
Le litige entre les pays occidentaux et l'Iran dure depuis plusieurs années déjà. Les chancelleries occidentales soupçonnent la République islamique de vouloir développer à terme l'arme nucléaire. Un tel projet nécessite de l'uranium enrichi à au moins 80 %.
L'Iran maintient qu'il veut développer une filière nucléaire destinée à un usage exclusivement civil.
Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, Associated Press, Le Monde et Reuters
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