Téhéran confirme ses intentions à l'AIEA

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Le site d'enrichissement d'uranium de Natanz (archives) Le site d'enrichissement d'uranium de Natanz (archives)   © PC/AP/Vahid Salemi

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a obtenu confirmation, lundi, que l'Iran s'apprête à enrichir de l'uranium à 20 %. L'émissaire iranien à l'AIEA, Ali Asghar Soltanieh, dit avoir remis à l'agence onusienne une lettre confirmant les intentions de la République islamique.

Dans une lettre à l'Agence internationale de l'énergie atomique, la République islamique confirme que l'uranium enrichi à 3,5 % qu'elle possède sera enrichi à 20 %.

Le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, Ali Akbar Salehi, avait déjà confirmé dimanche que l'uranium enrichi à 3,5 % dont dispose l'Iran sera enrichi à hauteur de 20 %, et que ces opérations seraient entreprises dès mardi, à l'usine de Natanz, au nord d'Ispahan.

La notification de la décision à l'AIEA a déjà suscité de multiples réactions. Les gouvernements américain, français et russe ont d'ores et déjà réagi :

  • « Nous sommes entièrement d'accord pour dire qu'une action de la communauté internationale est la prochaine étape », a déclaré le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates;


  • « C'est très négatif », estime le ministre français des Affiares étrangères, Bernard Kouchner. « Nous ne pouvons pas appliquer autre chose hélas que des sanctions, puisque la négociation n'est pas possible ». Il ajoute: « Nous n'avons pas encore convaincu les Chinois »;


  • « Nous partons toujours du principe que la solution passe par la mise en oeuvre par l'Iran de l'accord de Genève d'octobre dernier, qui prévoit l'envoi à l'étranger pour enrichissement supplémentaire du combustible destiné au réacteur de recherche de Téhéran », soutient le ministère russe des Affaires étrangères, cité par Interfax.

Projet annoncé

La décision d'enrichir l'uranium a été annoncée dimanche par le président de l'Iran, Mahmoud Ahmadinejad. Le gouvernement iranien affirme que l'uranium enrichi à 20 % servira à alimenter son réacteur de recherche nucléaire, qui permet de fabriquer des isotopes médicaux.

La décision de l'Iran survient au moment où les négociations sur l'enrichissement qu'il menait depuis quatre mois avec le groupe 5 + 1 (les cinq pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU - États-Unis, Royaume-Uni, France, Russie, Chine - auxquels se greffe l'Allemagne) sont embourbées.

Ces négociations avaient débouché sur un projet en vertu duquel l'uranium faiblement enrichi aurait été envoyé en Russie, qui l'aurait enrichi davantage, avant de l'expédier en France, où il aurait été transformé en barres de combustible. L'Iran aurait ensuite récupéré ce combustible pour son réacteur de recherche.

Le projet est tombé à l'eau cet automne après que Téhéran eut fait savoir qu'il n'était pas question que l'uranium faiblement enrichi quitte le pays. Le président Ahmadinejad a cependant précisé dimanche qu'il n'avait pas fermé la porte aux discussions.

Le litige entre les pays occidentaux et l'Iran dure depuis plusieurs années déjà. Les chancelleries occidentales soupçonnent la République islamique de vouloir développer à terme l'arme nucléaire. L'Iran maintient qu'il veut développer une filière nucléaire destinée à un usage exclusivement civil.

Depuis plusieurs semaines, les États-Unis réclament de nouvelles sanctions contre l'Iran, mais le Conseil de sécurité de l'ONU est divisé à ce sujet, la Russie et la Chine étant peu enclines à se joindre aux pays occidentaux.

Condamnations et arrestations

Le bras de fer entre Téhéran et la communauté internationale se déroule au moment où la République islamique traverse la plus importante crise de son histoire.

Le régime poursuit d'ailleurs son mouvement de répression à l'endroit des manifestants qui ont été impliqués d'une manière ou d'une autre dans le mouvement de contestation monstre qui a suivi l'élection présidentielle du 12 juin 2009.

Lundi, l'agence semi-officielle ISNA a fait savoir que Mohsen Aminzadeh, qui a été ministre adjoint des Affaires étrangères dans le gouvernement du réformateur Mohammad Khatami, a été condamné à six ans de prison par un tribunal.

Selon son avocat, il a été jugé coupable d'avoir participé à des rassemblements illégaux, d'avoir conspiré en vue de troubler la sécurité du pays et d'avoir diffusé de la propagande contre le système de gouvernement islamique dans des interviews avec les médias étrangers. Il est le quatrième membre du gouvernement de M. Khatami (1997-2005) à être condamné depuis cet automne.

Par ailleurs, des sites Internet proches de l'opposition rapportent qu'au moins 10 journalistes et photographes de presse ont été arrêtés ces deux derniers jours, portant le nombre total à 55.

Parmi eux figure Akbar Montajabi, assistant du rédacteur en chef du magazine Iran Dokht, proche de Mehdi Karroubi, un autre candidat défait.

Appel à une manifestation

Mohammad Khatami et Mir Hossein Mousavi Mohammad Khatami et Mir Hossein Mousavi   © AFP/Ali Mohammadi

L'ancien président Khatami presse pour sa part les Iraniens de participer à la manifestation du 11 février, qui doit souligner le 31e anniversaire de la fondation de la République islamique. Les principaux dirigeants de l'opposition, Mir Hossein Mousavi et Mehdi Karoubi, ont déjà invité leurs partisans à se présenter.

Les autorités iraniennes ont mis en garde les partisans de l'opposition d'une réponse ferme s'ils descendaient de nouveau dans la rue.

Depuis plusieurs mois, les partisans de l'opposition profitent de chaque manifestation officielle pour sortir dans les rues. Les opposants au président Ahmadinejad soutiennent qu'une fraude massive a privé Mir Hossein Mousavi de la victoire à la présidentielle.

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