En reprenant les rênes du pouvoir en 2006, René Préval savait qu'il entamait un mandat de tous les défis, le pays étant dans une situation lamentable (instabilité politique, stagnation économique, pauvreté, chômage endémique, insécurité, etc.). Il ignorait cependant qu'au-delà de la colère des hommes, c'est celle de la nature qui allait s'abattre sur son pays pour saper tous les efforts de relance.
Le président était pourtant bien parti. Bénéficiant d'un bon capital de sympathie dans la population et auprès de la communauté internationale, il aborde son quinquennat avec espoir et détermination. Les premières actions de réforme sont consacrées, notamment, à la privatisation d'entreprises étatiques non rentables et à l'ouverture de l'économie aux partenariats extérieurs.
Le président haïtien René Preval
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AFP/Nicholas Kamm
Préval s'attelle en même temps à préserver une stabilité sociale et politique fragile. Il tend la main à l'opposition, tout en s'affranchissant de l'influence d'Aristide, auquel il refuse à mots couverts de rentrer au pays depuis son exil sud-africain.
Le chef de l'État doit aussi composer avec la Mission de stabilisation de l'ONU (MINUSTAH) et ses 9000 hommes déployés en Haïti depuis les troubles de 2004.
Les améliorations sont timides. Des critiques et des réserves sont formulées çà et là quant à la capacité de Préval, sans charisme ni véritable poigne, à sortir le pays de la crise profonde et multidimensionnelle.
En avril 2009, des élections sénatoriales ont été marquées par des violences et une faible participation, après l'appel du Fanmi Lavalas, le parti d'Aristide, pour bouder les urnes.
Le 30 octobre 2009, Préval désigne Jean-Max Bellerive comme nouveau premier ministre, en replacement de Michèle Pierre-Louis, qui avait été démise de ses fonctions par des parlementaires proches du président.
Le fardeau des catastrophes naturelles
À l'instabilité ambiante s'ajoutent les calamités naturelles pour miner tous les efforts et les espoirs de relance. En 2008, les tempêtes tropicales Fay, Gustav, Hanna et Ike frappent le pays. Bilan : Plus de 300 morts et des centaines de milliers de sans-abri. Moins de deux ans plus tard, le 12 janvier 2010, le pays est ébranlé par un violent séisme d'une magnitude de 7. Le pays est terrassé : 200 000 morts, 1 million d'Haïtiens à la rue, 250 000 maisons et quelque 30 000 entreprises commerciales détruites.
Les institutions de l'État sont lourdement touchées aussi. Le palais présidentiel ainsi que plusieurs ministères ont été sérieusement endommagés, voire rasés.
Un quartier de Port-au-Prince totalement dévasté par le séisme.
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AP
Le président apparaît d'abord assommé et hébété au lendemain du violent tremblement de terre. L'homme, qu'on dit réservé et introverti, ne réalise pas l'ampleur des dégâts et paraît abasourdi après cette catastrophe, une de plus dont le pays, déjà en crise, se serait passé volontiers.
L'aéroport de Port-au-Prince, passé sous contrôle américain, est engorgé par les nuées d'avions qui y atterrissent, chargés de vivres, de médicaments, de vêtements, de tentes, etc. L'aide internationale est massive, mais mal coordonnée. Les premières remontrances fusent dans le chaos naissant et les sinistrés reprochent à Préval de ne pas se soucier d'eux. Hué, le président tente de reprendre les choses en main et s'abrite dans une tente pour donner le bon exemple.
« Un pays ne meurt pas. Un peuple ne meurt pas », aime-t-il répéter, lui qui refuse de se résigner à la malédiction.
Tout en réaffirmant la souveraineté d'Haïti, René Préval s'active pour sensibiliser la communauté internationale dans la perspective de collecter des fonds suffisants pour la « relance » du pays. Il annonce dans la foulée le report des élections législatives prévues le 28 février 2010, tout en précisant qu'il ne chercherait pas à prolonger son mandat, qui prend fin le 11 février 2011.