Le premier ministre d'Haïti, Jean-Max Bellerive, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, et la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, à la conférence de Montréal
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AFP/Rogerio Barbosa
Les pays donateurs réunis à Montréal insistent sur le fait que tout plan de reconstruction sera dirigé par les autorités haïtiennes. La prochaine conférence internationale vouée à Haïti se tiendra en mars au siège de l'ONU.
La conférence internationale préparatoire sur la reconstruction d'Haïti, qui se tenait lundi à Montréal, a permis aux pays présents de jeter les bases du prochain grand rendez-vous international des pays donateurs, qui sera organisé par les États-Unis et se tiendra en mars au siège de l'ONU.
Des représentants de 14 pays, de l'ONU et de quatre organisations humanitaires participaient à cette première rencontre consacrée à la reconstruction du pays antillais, dévasté par un tremblement de terre il y a 13 jours.
Lors du point de presse ayant suivi la rencontre, tous les représentants des pays donateurs ont tour à tour martelé que la reconstruction serait dirigée par les autorités haïtiennes, comme l'avait revendiqué plus tôt dans la journée le premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive.
Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, qui présidait la rencontre, a souligné que la recherche de solutions devrait en outre se fonder sur les priorités déterminées par le gouvernement haïtien.
Le premier ministre Jean-Max Bellerive a indiqué qu'il était satisfait que cette question ait été « clarifiée ».
La République dominicaine sera par ailleurs l'hôte d'une rencontre technique sur la reconstruction de son pays voisin, qui précédera la conférence de mars.
S'engager à long terme
La conférence a en outre permis d'établir les débuts d'une feuille de route. Ses participants ont convenu de trois « objectifs stratégiques » à long terme, qui viennent bien sûr se greffer à l'aide humanitaire: gouvernance démocratique renforcée, développement social et économique durable ainsi que stabilité durable et respect de la primauté du droit.
Le ministre Cannon a indiqué que les pays donateurs et Haïti s'étaient entendus sur des principes directeurs qui orienteraient leur démarche, notamment le respect de la souveraineté haïtienne, la coordination des actions, un engagement à long terme, l'efficacité, l'inclusivité de la population haïtienne ainsi que l'imputabilité du gouvernement haïtien et de la communauté internationale.
En entrevue à Radio-Canada, le ministre français des Affaires étrangères et cofondateur de Médecins sans frontières, Bernard Kouchner, est revenu sur l'importance de travailler à long terme.
« Il faut leur dire: "Nous ne vous abandonnerons pas." C'est pour des années, des années, peut-être 10 ans. [...] Avec vous, sous votre direction, nous tentons d'apporter quelques solutions », a-t-il déclaré.
Lors du discours qu'il a prononcé à la conférence, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, avait de son côté déclaré que « 10 années de dur travail nous attendent en Haïti », des propos qui ont rassuré le premier ministre haïtien.
La relance du pays sera longue, a admis Jean-Max Bellerive, et Haïti aura besoin d'une aide soutenue. « Pour revenir au point zéro, il nous faudra au moins quatre ans. Quatre ans pour retourner à une situation qui, de l'avis de tous, n'était pas acceptable », a déclaré Jean-Max Bellerive.
Développement plutôt que reconstruction
M. Bellerive a remercié tous les pays et les organisations pour leur soutien. « Nous ne sommes pas seuls. [...] Le peuple haïtien aura besoin encore, encore et encore d'être accompagné pour faire face au colossal travail de reconstruction. »
« Mon pays a non seulement vu s'effondrer les édifices et les infrastructures, mais il a été touché viscéralement par la perte de centaines de milliers de vies humaines et par un très dur coup porté à l'État dans ses effectifs de la police et de l'administration publique, qui ont été littéralement décimés. Tout cela est terrible, et nous devons regarder en av,ant et c'est pour ça que nous sommes ici ce matin. »
Il a fait valoir que la situation d'urgence était loin d'être terminée. Il a rappelé que 400 000 familles devaient être relogées. Sans parler du manque de nourriture, d'eau, de soins de santé et des risques d'épidémie. « Il m'est difficile de parler de reconstruction, tant que ces urgences ne sont pas prises en compte », a-t-il fait valoir.
La secrétaire d'État américaine a pour sa part appelé la communauté internationale à « trouver de meilleurs mécanismes de coordination, de supervision et de vérification pour nous assurer que l'aide et les investissements sont utilisés efficacement ».
« Le succès ne se mesurera pas en dollars dépensés ou en nombre de programmes lancés, mais par les changements que les Haïtiens verront dans leurs vies quotidiennes », a ajouté la chef de la diplomatie américaine.
Plaidoyer pour l'annulation de la dette
Invités à s'exprimer lors de la rencontre internationale, des représentants d'ONG comme le Regroupement des organismes canado-haïtiens pour le développement et Oxfam, notamment, ont demandé à tous les pays participants d'effacer la dette internationale d'Haïti, qui s'élève à 940 millions de dollars.
En conférence de presse, la vice-présidente de la Banque mondiale pour l'Amérique latine et les Caraïbes, Pamela Cox, a soutenu que, du point de vue des institutions financières internationales, il ne s'agissait pas pour le moment d'un enjeu majeur, un point de vue partagé par le premier ministre haïtien. « [Une éventuelle annulation de la dette] va faciliter, libérer les ressources que nous utilisons pour le service de la dette. Mais face aux demandes réelles que nous avons en terme d'investissements, en terme de support, le poids de la dette est minime », a-t-il dit.
Le premier ministre d'Haïti est arrivé à Montréal dimanche. Il a profité de sa visite pour rencontrer le premier ministre du Québec et le maire de Montréal, mais aussi pour rendre visite à la communauté haïtienne de Montréal.