« Allahou akbar [Dieu est grand] » et « mort au dictateur », les deux principaux slogans, l'un religieux et l'autre politique, scandés par les manifestants iraniens à Téhéran et dans d'autres villes mettent en lumière la difficulté à cerner la nature de la contestation.
Chronologie de la contestation
Quel est l'objectif de l'opposition iranienne, qui défie le régime depuis la réélection de Mahmoud Ahmadinedjad le 12 juin dernier? Veut-elle renverser le régime ou juste le réformer? Et quelle sera l'issue de cette contestation?
Au fil des semaines et des différentes déclarations des chefs de l'opposition Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi, il devenait clair que l'opposition n'avait pas l'intention de changer la nature du régime. Mieux encore, l'opposition réclamait du régime de se conformer à la Constitution du pays, adoptée après la révolution islamique de février 1979, soulignant ainsi que le régime a dévié des principes révolutionnaires.
Des opposants manifestant mercredi à Téhéran
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PC/AP
S'appuyant sur leur « légitimité révolutionnaire » - MM. Moussavi et Karroubi sont des acteurs importants de la révolution islamique - les deux chefs ont coupé l'herbe sous les pieds de leurs détracteurs du camp conservateur, qui les accusent d'être les valets de l'étranger, en se réclamant des principes de la révolution et de l'esprit de la Constitution du pays.
Quand M. Moussavi demande au gouvernement de reconnaître les droits des citoyens, notamment celui de manifester en se référant à l'article 27 de la Constitution (qui accorde justement la liberté de manifester), il inflige un coup politique douloureux au gouvernement et au guide suprême Ali Khamanei, censé être le garant de cette constitution.
Le gain de la contestation et de l'opposition n'a pas été de faire chuter le régime, mais de le mettre face à ses contradictions, de l'affaiblir et même de le diviser.
Le clergé divisé
La durée de la contestation et la répression des autorités ont fini par provoquer des fissures au sein du régime iranien. Plusieurs voix se sont élevées pour réclamer des sanctions contre les leaders de l'opposition, mais d'autres personnalités influentes ont appelé au dialogue et à la négociation.
Qualifiant M. Moussavi de « chef de la sédition » et l'accusant d'être à la solde des « Américains et des Israéliens », Ahmed Jannati, secrétaire du Conseil des gardiens de la Constitution, a réclamé la tête du leader de l'opposition.
Un autre religieux influent du camp conservateur, Ahmed Khatami, a mis sur le dos de l'opposition la responsabilité de la crise. « Vous parlez de crise, mais il n'y en a pas! C'est vous qui la créez », a-t-il déclaré.
D'un autre côté, le très influent président du Parlement Ali Larijani, réputé proche du guide suprême Ali Khamenei, a affirmé qu'il ne fallait pas « confondre ceux qui contestent avec ceux qui ont commis des outrages et ceux qui ont porté atteinte à la structure des institutions », donnant ainsi une légitimité à l'opposition.
Assadolah Askarodali, un des chefs de file du courant conservateur, a prôné le dialogue en suggérant de « se réunir autour du guide [Ali Khamenei] pour élaborer des solutions ».
Proposition de sortie de crise
Après les manifestations du 27 décembre, Mir Hossein Moussavi a proposé plan en cinq points pour sortir le pays de la crise politique:
1- Acceptation par le gouvernement de M. Ahmadinedjad d'être responsable de ses actes devant le Parlement, le pouvoir judiciaire et la nation
2-Adoption d'une loi pour rendre les élections claires, libres et équitables
3-Libération des prisonniers politiques et leur réhabilitation
4-Liberté de la presse et réouverture des journaux fermés
5-Reconnaissance des droits des citoyens, notamment la liberté de manifester
La contestation a-t-elle été spontanée?
Un partisan de l'opposition lors des manifestations du 27 décembre.
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AFP/Amir Sadeghi
Selon les chercheurs français Fariba Adelkhah et Jean-François Bayard, la contestation de la réélection de Mahmoud Ahmadinedjad est le point culminant d'une vague de fond qui travaille la société iranienne depuis plusieurs années.
À partir du milieu des années 1990, de nombreuses manifestations et mobilisations ont eu lieu dans ce pays. En 1996, les électeurs ont participé en nombre aux élections législatives et ont donné leur voix aux candidats dits « reconstructeurs ». En 1997, le président Mohamed Khatami, porte-étendard du courant réformateur, a bénéficié d'une très large mobilisation.
En 1999, un important mouvement de revendication estudiantin a secoué le pays, mais il a été sévèrement réprimé.
Par ailleurs, de nombreuses grèves ont eu lieu durant ces années-là à l'image de celle des instituteurs, des ouvriers et des chauffeurs de bus.