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Des estimations terrifiantes

Mise à jour le samedi 16 janvier 2010 à 5 h 16

Des estimations terrifiantes

Des corps sont jetés dans une fosse commune creusée dans un cimetière de Port-au-Prince.

Photo: AFP/Juan Barreto

Des corps sont jetés dans une fosse commune creusée dans un cimetière de Port-au-Prince.

Le bilan du tremblement de terre qui a dévasté Port-au-Prince pourrait atteindre 200 000 morts, a déclaré le ministre haïtien de l'Intérieur, Paul Antoine Bien-Aimé, dans une entrevue accordée vendredi à l'agence Reuters.

Nous avons déjà trouvé près de 50 000 corps. Nous estimons qu'il y aura entre 100 000 et 200 000 morts en tout, même si nous ne connaîtrons jamais le chiffre exact.

— Le ministre haïtien Paul Antoine Bien-Aimé

C'est le bilan le plus lourd avancé jusqu'ici par les autorités. S'il s'avère exact, le tremblement de terre de mardi sera l'un des 10 séismes les plus meurtriers jamais survenus.

Selon une estimation sommaire fournie vendredi, la catastrophe a en outre fait 250 000 blessés. En tout, elle aura touché plus de 1,5 million de personnes, croient les autorités.

Le secrétaire d'État haïtien à la Sécurité publique, Aramick Louis, a de son côté indiqué que 40 000 cadavres avaient été enterrés, dont 7000 dans une fosse commune.

Contrairement à un mythe assez répandu, les cadavres ne contribuent à la propagation du choléra. Cette maladie mortelle peut bel et bien frapper une population frappée par une catastrophe naturelle, mais elle se transmet par voie directe fécale-orale ou par l'ingestion d'eau et d'aliments contaminés.

Une course contre la montre

Des secouristes mexicains extirpent un corps des décombres d'un hôtel de Port-au-Prince.

Photo: AFP/Joe Raedle/Getty Images

Des secouristes mexicains extirpent un corps des décombres d'un hôtel de Port-au-Prince.

Le temps presse pour sauver le plus de personnes possibles. Selon les services en charge des opérations, la question ne sera bientôt plus de trouver des survivants, mais plutôt d'extirper cadavres des décombres. Les équipes de secours considèrent normalement que des survivants peuvent être trouvés à l'intérieur de 72 heures suivant un séisme. Ce cap a été franchi vendredi à 17 h, heure locale.

L'espoir n'est pas disparu pour autant: une équipe française a dégagé huit personnes vivantes sous les décombres de l'hôtel Montana et elle tente de les dégager. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a déclaré vendredi que l'équipe française avait réussi à dégager une trentaine de personnes des décombres.

Un des responsables de l'organisation Médecins sans frontières à Port-au-Prince a fait savoir vendredi que des « milliers » de personnes blessés attendent toujours des interventions chirurgicales dans des hôpitaux, qui sont complètement débordés par la situation. Le temps presse pour soigner ces gens aussi: des fractures ouvertes qui s'infectent peuvent par exemple entraîner la mort si elles ne sont pas soignées à temps.

La population s'impatiente

Une fois arrivée en Haïti, l'aide humanitaire qui provient de partout sur la planète met du temps à se rendre aux sinistrés. Des scènes d'impatience, voire de colère, ont lieu dans les rues de la ville. Cette situation fait craindre pour la sécurité des équipes de secours qui doivent distribuer l'aide alimentaire dans la capitale haïtienne.

Des Haïtiens se disputent pour de la nourriture dans une rue de Port-au-Prince.

Photo: AFP/Olivier Laban-Mattei

Imaginez que ces gens n'ont pas bu ni mangé depuis près de 50 heures et qu'ils sont déjà dans une très mauvaise situation. S'ils voient un camion abandonné ou s'ils voient un supermarché qui vient de s'effondrer, ils se précipitent pour attraper quelque chose à manger.

— Elisabeth Byrs, porte-parole du Bureau de coordination aux affaires humanitaires de l'ONU

Selon le ministre Louis, la principale préoccupation du gouvernement haïtien à l'heure actuelle est la poussée de violence qui pourrait survenir à Port-au-Prince. Des gangs commencent à investir les rues de la capitale haïtienne, affirme le ministre.

« Nous envoyons nos policiers dans les secteurs où les bandits ont commencé à opérer. Certaines personnes ont commencé à voler. C'est mal, a déclaré le ministre Aramick Louis. Lorsqu'ils ne trouvent pas de nourriture et d'assistance, les gens dans les refuges se fâchent et sont déçus. Nous demandons à tous de rester calmes. »

Sur le terrain, c'est plus souvent qu'autrement le chaos. Des milliers et des milliers de gens qui ont tout perdu errent dans les rues de la capitale, qui sont toujours jonchées de cadavres. C'est dans ce paysage apocalyptique, duquel se dégage une odeur croissante de putréfaction, que les Haïtiens continuent de vivre avec les moyens du bord.

Même si la priorité est pour l'instant de trouver des survivants et d'aider les rescapés, l'ampleur de la destruction est évidente. « Les trois quarts de Port-au-Prince devront être reconstruits, a indiqué le ministre de la Santé, Alex Larsen, à Reuters. Pas seulement les secteurs complètement anéantis, mais aussi les endroits où plusieurs maisons ont subi des dommages ».

Des rapports commencent maintenant à faire état de dommages importants dans la ville côtière de Jackmel, dans le sud, et dans d'autres villes.

Correspondants à l'étranger

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