![]() La parole aux alliésMise à jour le mercredi 2 décembre 2009 à 22 h 46 Les alliés des États-Unis au sein de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord doivent assumer leur part du fardeau en Afghanistan s'ils ne veulent pas que l'administration Obama mette en doute l'approche multilatérale qu'elle a adoptée dans ce dossier, estime le secrétaire général de l'alliance militaire, Anders Fogh Rasmussen.
Ces commentaires ont été émis quelques heures à peine après que le président américain Barack Obama a annoncé qu'il enverra 30 000 soldats de plus en Afghanistan au cours des prochaines semaines, afin de mieux préparer le pays à la fin de la mission de combat des troupes internationales, en juillet 2011. « Il est crucial que les autres alliés suivent », a déclaré mercredi M. Rasmussen. Le secrétaire général de l'OTAN a réitéré que l'OTAN enverra « au moins 5000 soldats » de plus dans le pays, et « possiblement quelques milliers de plus ». Il n'a pas donné de détails. L'équilibre de l'OTAN est en jeu, il est important que l'opération en Afghanistan ne soit pas perçue comme une opération américaine pure et simple. — Anders Fogh Rasmussen À l'heure actuelle, quelque 68 000 soldats américains sont déployés en Afghanistan, ce qui compte pour environ les deux tiers des troupes internationales dans ce pays. Les autres pays de l'OTAN en fournissent un peu plus de 30 000. Depuis le début du conflit en Afghanistan, la majorité des pays membres de l'OTAN cantonnent leurs soldats dans le nord du pays, qui est pour l'essentiel pacifié. Les combats menés dans les fiefs talibans, dans le sud-est du pays, sont le lot des Américains, des Britanniques, des Néerlandais et des Canadiens. Avant même que le président Obama ne procède à son annonce, le premier ministre britannique Gordon Brown avait fait savoir qu'il déploierait 500 soldats de plus en Afghanistan. Il est attendu que la Pologne envoie aussi 600 militaires supplémentaires, tandis que l'Italie a promis de répondre favorablement à la demande du président américain sans fournir de détails. Les Français et les Allemands sont réticents à augmenter leur contingent en Afghanistan. Accueil favorable à Kaboul Les talibans ont pour leur part réagi en déclarant sans surprise que la stratégie américaine échouera. « Malgré les nombreuses troupes supplémentaires que l'ennemi va envoyer contre nos moudjahidines afghans, ceux-ci sont déterminés à accroître leur nombre et à renforcer leur résistance », affirment-ils dans un communiqué. En Afghanistan, un conseiller du ministre des Affaires étrangères, Daud Muradyan, s'est dit « satisfait » de l'annonce du président Obama. « Nous saluons en particulier la réaffirmation de l'engagement à long terme des États-Unis en Afghanistan. C'est pour nous plus important que l'annonce de l'envoi de nouvelles troupes », a-t-il souligné. « Le soutien économique est plus important que l'envoi de soldats supplémentaires. Nous soutenons cependant l'envoi de nouvelles troupes, mais la solution ne sera pas seulement militaire, elle viendra d'une stratégie globale, comprenant de multiples aspects, dont une pression sur le Pakistan et un soutien financier accru », a dit M. Muradyan. Le président Karzaï avait été mis au parfum de la nouvelle stratégie au préalable par le président Obama lui-même. Après que sa controversée réélection eut été confirmée, le président Karzaï a promis de tendre la main à ceux qu'il a appelés « ses frères talibans » pour tenter de ramener la paix au pays. Lors de son assermentation, M. Karzaï disait vouloir faire en sorte que l'Armée nationale afghane soit en mesure d'assurer la sécurité dans cinq ans. Au Pakistan, le ministère des Affaires étrangères a aussi réagi en déclarant vouloir travailler avec les Américains pour s'assurer qu'il n'y aura pas d'impact négatif pour le Pakistan. La semaine dernière, le premier ministre Raza Yousuf Gilani avait dit craindre que l'envoi de soldats américains en renfort dans le sud afghan ne pousse davantage de talibans à trouver refuge dans les zones tribales pakistanaises. Cette région est déjà considérée comme un repaire pour les militants d'Al-Qaïda par Washington, qui exerce de la pression sur le gouvernement pakistanais pour qu'ils soient débusqués. Une offensive de l'armée pakistanaise contre les talibans pakistanais est en cours dans le Waziristan du Sud, une zone tribale située non loin de l'Afghanistan. Réactions partagées aux États-Unis Le général Stanley McChrystal, qui avait réclamé jusqu'à 40 000 militaires de plus au président Obama, s'est pour sa part réjoui de se voir investi d'une « mission militaire claire, assortie des ressources nécessaires pour l'accomplir ». Le plan du président, estime-t-il, contient des éléments essentiels pour assurer « une plus grande sécurité » en Afghanistan et éliminer « les refuges des terroristes ». Aux États-Unis, les réactions sont partagées, autant dans le clan démocrate qu'au sein du Parti républicain. La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a notamment réagi avec beaucoup de circonspection. Elle a souligné que le président a hérité d'une situation difficile et qu'il revient maintenant au Congrès d'étudier cette nouvelle stratégie. Le sénateur démocrate Russ Feingold n'a pas hésité à critiquer la décision de Barack Obama. Il dit ne pas soutenir « la décision du président d'envoyer des soldats pour mener une guerre [...] qui n'est plus dans notre intérêt national ». Le sénateur républicain John McCain affirme pour sa part qu'une date de retrait ne faisait « qu'encourager Al-Qaïda et les talibans tout en décourageant les partenaires afghans, qui seront moins enclins à risquer leur vie en prenant parti pour les Américains. » Les leaders de la minorité républicaine et de la majorité démocrate au sénat, Mitch McConnell et Harry Reid, ont tous deux appuyé la nouvelle stratégie afghane. Réactions positives au Canada et en France Le Canada accueille pour sa part favorablement l'annonce du président Obama. Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, croit que la décision va permettre aux troupes canadiennes de se concentrer sur leurs priorités, notamment de remettre aux Afghans le contrôle de leur sécurité. Pour sa part, le ministre de la Défense, Peter MacKay précise que l'envoi de renforts américains ne change pas la décision du Canada de se retirer du pays en 2011. Les commandants canadiens doivent réagir à l'allocution de M. Obama plus tard mercredi.
En France, le président Nicolas Sarkozy, a fait savoir par voie de communiqué qu'il apporte son « plein soutien » au président Obama. Il a salué « un discours courageux » qui donne « un nouvel élan dans l'engagement international ». M. Sarkozy affirme que « la France restera fermement engagée avec ses alliés aussi longtemps que nécessaire aux côtés du peuple afghan. » Le conseiller du président, Henri Guaino, a toutefois déclaré sur les ondes de France-Inter que « pour l'instant, il n'y a pas d'intention de la France d'envoyer des combattants supplémentaires en Afghanistan ». Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a réagi froidement à l'annonce d'Obama. Il affirme que Berlin ne prendra aucune décision avant fin janvier. « Avant la conférence sur l'Afghanistan et les discussions stratégiques qui auront lieu au cours de cette conférence, un débat sur le niveau des troupes et la participation allemande n'est ni pertinent ni nécessaire », a-t-il dit. Par ailleurs, Moscou a salué l'envoi de renforts américains et le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon s'est félicité de la décision de Barack Obama. Radio-Canada.ca avec Agence France Presse et Reuters
audio-vidéo
La nouvelle stratégie du président Obama exige beaucoup de l'Afghanistan, explique Aline Gobeil.
Le Canada est satisfait de la décision du président américain, dit Daniel Thibeault.
Marie-Paul Rouleau explique les interprétations du discours de Barack Obama sur sa stratégie en Afghanistan.
Hugues Poulin rapporte les réactions au discours de Barack Obama sur la stratégie américaine en Afghanistan.
Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a réagi favorablement à la stratégie américaine en Afghanistan, rapporte Denis Ferland.
Le discours intégral de Barack Obama
Le Canada accueille favorablement la stratégie américaine en Afghanistan, rapporte Tamara Alteresco.
Les pays de l'OTAN analyse leur capacité à appuyer la stratégie américaine en afghanistan, rapporte Manon Globensky.
Les analyses de François Brousseau, du lieutenant-colonel à la retraite Rémi Landry et du chercheur Donald Cuccioletta.
L'Afghanistan vu d'iciConsole Audio-vidéo
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