![]() Le pari d'ObamaMise à jour le mercredi 2 décembre 2009 à 13 h 34
À l'issue de multiples consultations et d'une réflexion de plusieurs semaines, le président Obama a finalement dévoilé la stratégie américaine en Afghanistan: les États-Unis y déploieront 30 000 soldats supplémentaires dès 2010 et entameront le retrait des troupes en 2011. Lors d'un discours télévisé qu'il a prononcé mardi soir depuis la prestigieuse académie militaire de West Point, dans l'État de New York, il a souligné que cet accroissement des troupes était d'un « intérêt national vital » pour les États-Unis. Je ne prends pas cette décision à la légère. [...] Si je ne pensais pas que la sécurité des États-Unis et de celle des Américains était en jeu en Afghanistan, demain je donnerais avec joie l'ordre à tous les soldats, jusqu'au dernier, de rentrer. — Barack Obama Al-Qaïda « prépare de nouveaux attentats au moment où je vous parle », a affirmé Barack Obama. L'Afghanistan « n'est pas perdu », mais « a régressé » ces dernières années, avec la montée en puissance des insurgés talibans, a-t-il jugé. Évoquant les attentats du 11 septembre 2001, il a affirmé que les États-Unis n'avaient pas choisi cette guerre. Il a également soutenu que les comparaisons avec la guerre du Vietnam (1964-1975) reposaient sur une « lecture erronée de l'histoire », notamment parce que cette mission est soutenue par une coalition de 43 pays. Contrairement au Vietnam, nous sommes alliés avec une large coalition de 43 nations [...]. Contrairement au Vietnam, nous ne faisons pas face à une insurrection largement alimentée par la population. — Barack Obama Ce nouveau déploiement, qui se réalisera « le plus rapidement possible » au début de 2010, fera passer le contingent américain à quelque 100 000 soldats. C'est quasiment trois fois plus que le nombre de soldats sur place lors de l'investiture de Barack Obama, en janvier dernier. L'envoi de troupes supplémentaires coûtera 30 milliards de dollars américains au cours de l'année budgétaire 2010, a ajouté le président. Un début de retrait dès 2011 Après 18 mois, les troupes commenceront à rentrer à la maison. — Extrait du discours
Répondant implicitement à ceux qui réclament la fin de la mission, le président Obama a par ailleurs révélé qu'il visait un début de retrait de l'Afghanistan dès juillet 2011. Il a assuré que l'emploi de troupes supplémentaires y contribuerait et que les États-Unis ne voulaient pas « occuper l'Afghanistan ». Ces renforts, conjugués à ceux attendus des alliés des États-Unis, « permettront d'accélérer le transfert de responsabilité aux forces afghanes et d'entamer le retrait de nos forces d'Afghanistan ». « J'ai demandé à nos alliés de s'associer à notre engagement », a poursuivi le président Obama, appelant les pays de la coalition internationale à « s'unir pour terminer cette guerre avec succès ». Il a affirmé que « la sécurité [des] alliés [des États-Unis] et la sécurité globale du monde » était également en jeu dans cette mission. [...] Parce qu'il s'agit d'un effort international, j'ai demandé que les alliés s'associent par des contributions à notre engagement. Certains ont déjà fourni des troupes supplémentaires, et nous sommes convaincus qu'il y aura d'autres contributions dans les jours et les semaines à venir. — Barack Obama L'effectif américain compte pour les deux tiers des troupes étrangères dans le pays, et les alliés de l'OTAN montrent peu d'empressement à y dépêcher davantage de soldats. Le Prix Nobel de la paix a par ailleurs appelé à accroître la pression sur Al-Qaïda dans tous les pays où le réseau islamiste tente de s'établir, citant particulièrement la Somalie et le Yémen. Soulignant que le succès en Afghanistan était « inextricablement lié » au Pakistan, qui est « à l'épicentre d'Al-Qaïda », le président a en outre parlé de renforcer les moyens d'Islamabad contre le terrorisme, « un cancer » qui s'est implanté à la frontière des deux pays. Plus de « chèque en blanc » « L'époque du chèque en blanc est révolue », a poursuivi le président. En échange de l'aide américaine, a-t-il averti, Washington exigera du gouvernement d'Hamid Karzaï qu'il poursuive les responsables corrompus. L'administration américaine soutiendra les ministres et les dirigeants locaux qui s'attaquent à la corruption. « Mais il sera évident pour le gouvernement afghan - et ce qui est plus important encore pour le peuple afghan - qu'ils prendront ultimement la responsabilité de leur propre pays », a indiqué M. Obama. Nous allons clairement expliquer ce que nous attendons de la part de ceux que nous aidons. [...] Nous attendons que ceux qui font preuve d'inefficacité ou qui sont corrompus soient poursuivis. — Barack Obama Optimisme, encouragements et critiques Dès la fin du discours, le général Stanley McChrystal s'est réjoui de se voir investi d'une « mission militaire claire, assortie des ressources nécessaires pour l'accomplir ». Le plan du président, estime-t-il, contient des éléments essentiels pour assurer « une plus grande sécurité en Afghanistan et éliminer « les refuges des terroristes ».
Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a de son côté déclaré qu'il s'attendait à une « forte augmentation » de la contribution des pays membres. Il a dit attendre « au moins 5000 soldats supplémentaires des autres pays de notre alliance et peut-être même quelques milliers de plus ». Cet apport additionnel ne viendra cependant pas de la France, malgré les bons mots réservés à son homologue américain par le président Nicolas Sarkozy. Dans un communiqué, il lui a apporté son « plein soutien », saluant « un discours courageux » qui donne « un nouvel élan dans l'engagement international ». Rappelant les quelques 4000 militaires et civils déployés en Afghanistan, il a affirmé que « la France restera fermement engagée avec ses alliés aussi longtemps que nécessaire aux côtés du peuple afghan. » Plus critique, le sénateur républicain John McCain a affirmé qu'une date de retrait ne faisait « qu'encourager Al-Qaïda et les talibans tout en décourageant les partenaires afghans, qui seront moins enclins à risquer leur vie en prenant parti pour les Américains. » Les commandants canadiens doivent réagir à l'allocution de M. Obama plus tard mercredi. L'argent, nerf de la guerre Quelques heures avant le discours d'Obama, des élus du Congrès américain se sont par ailleurs prononcés pour l'émission d'emprunts de guerre visant à financer les renforts en Afghanistan. « Il vaut mieux emprunter à nous-mêmes qu'emprunter à la Chine », a estimé le sénateur démocrate du Nebraska Ben Nelson. La semaine dernière, des représentants démocrates avaient de leur côté déposé un projet de loi visant à créer une taxe supplémentaire sur l'effort de guerre, appelée « Loi de partage du sacrifice ». Les républicains se sont farouchement opposés à cette proposition. Depuis le début de l'automne, le président Obama a réuni son conseil de guerre à neuf reprises pour discuter de la stratégie à adopter en Afghanistan. Alors que le chemin à suivre divisait le conseil, le commandant américain en Afghanistan, le général Stanley McChrystal, lui avait proposé des scénarios prévoyant le déploiement de 10 000 à 40 000 soldats de plus. La guerre en Afghanistan, qui vient d'entrer dans sa neuvième année, est le plus long conflit armé de l'histoire américaine. Radio-Canada.ca avec Presse canadienne, Agence France Presse, Reuters et BBC
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L'analyse du discours de Barack Obama concernant la stratégie américaine en Afghanistan avec Rémi Landry et Donald Cuccioletta.
Hugues Poulin résume la stratégie américaine en Afghanistan et les réactions qu'elle suscite.
Le discours intégral de Barack Obama
Marie-Paul Rouleau résume le discours de Barack Obama.
L'analyse en affaires internationales François Brousseau commente la stratégie afghane du président Obama.
Philippe Marcoux présente la réaction des journaux américains à la stratégie afghane de l'administration Obama.
L'Afghanistan vu d'iciConsole Audio-vidéo
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