La mosquée de Genève
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AFP/Fabrice Coffrini
La Suisse, connue pour sa neutralité, ses banques et son chocolat, s'est retrouvée au centre d'un tourbillon international à la suite du référendum sur l'interdiction de la construction de minarets.
L'interdiction de construire des minarets en Suisse, adoptée dimanche par référendum, suscite une levée de boucliers en Europe et dans des pays musulmans qui dénoncent l'« islamophobie » et la « haine » de l'islam.
Dimanche, 57,5 % des votants se sont exprimés pour l'interdiction des minarets en Suisse.
C'est la presse suisse qui a réagi en premier aux résultats du référendum. « Les Suisses ont voté avec leurs tripes [...] inspirés par la peur, les fantasmes et l'ignorance », a écrit lundi le quotidien genevois Le Temps.
« Cet affront à l'islam pourrait coûter cher. Certains, polytraumatisés par la crise, ont glissé dans l'urne un vote de protestation et de méfiance plus que de haine et de défiance. Il en est ressorti une bombe », s'est alarmée La Tribune de Genève.
Le quotidien La Liberté a écrit: « Au moment où tant de défis sont à relever, de la crise économique au conflit avec la Libye en passant par la disparition du secret bancaire, espérons que le prix ne sera pas exorbitant ».
Selon le journal zurichois Tagesanzeiger, le vote « va renforcer l'isolement international de la Suisse même auprès des pays occidentaux ».
Toujours en Suisse, le secrétaire général de la conférence épiscopale, Felix Gmür, a qualifié ce vote de « coup dur pour la liberté religieuse et l'intégration ».
Les Européens s'interrogent
De nombreux responsables politiques européens se sont exprimés au lendemain du référendum.
Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, s'est déclaré « un peu scandalisé » par un vote expression, selon lui, « d'intolérance ».
La présidence suédoise de l'Union européenne a jugé « surprenant » de soumettre un tel sujet à référendum.
« Les Suisses ont un excellent système de consultation populaire, mais parfois il peut être utilisé d'une mauvaise manière, comme dans ce cas précis », a jugé la ministre suédoise chargée de l'Intégration Nyamko Sabumi.
« Il n'y a pas de problèmes entre les musulmans et les Européens dans l'Union européenne. Les musulmans sont Européens », a assuré la jeune ministre.
Ce vote traduit la peur d'une islamisation de la société et « cette crainte doit être prise au sérieux », a néanmoins estimé Wolfgang Bosbach, un responsable du parti de la chancelière allemande Angela Merkel, la CDU.
Amnistie internationale a dénoncé « une violation de la liberté religieuse, incompatible avec les conventions signées par la Suisse ».
De son côté, la rapporteur spéciale de l'ONU pour la liberté de religion, Asma Jahangir, a condamné une « discrimination évidente à l'encontre des membres de la communauté musulmane en Suisse ».
Les pays musulmans s'inquiètent
Le grand Mufti d'Égypte, Ali Gomaa, a dénoncé une « insulte » pour tous les musulmans. Il leur a cependant demandé de ne pas se sentir provoqués par cette interdiction.
Le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) Ekmeleddin Ihsanoglu s'est dit lundi « déçu et préoccupé » par la « recrudescence des incitations anti-islamiques en Europe », appelant lui aussi à des réactions « pacifiques ».
La Nahdlatul Ulama, principale organisation musulmane d'Indonésie, plus grand pays musulman au monde, y a vu un signe de « haine » et d'« intolérance », tout en appelant elle aussi à « ne pas réagir avec excès ».
Un influent dignitaire religieux chiite libanais, l'ayatollah Fadlallah, a dénoncé un vote « destiné à inciter au racisme contre les musulmans en Occident ».
Le Vatican a réagi en évoquant une « entrave [à] la liberté de religion », tout en reconnaissant l'existence d'un « sentiment d'aversion et de peur ».