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PC/David Chartrand
Le comité parlementaire spécial sur la mission canadienne en Afghanistan a entendu, depuis un peu plus d'une semaine, des témoignages contradictoires au sujet du sort des détenus afghans transférés par le Canada. Ce qui ressort clairement, c'est que le diplomate Richard Colvin sort isolé de cet exercice.
À l'instar de trois hauts gradés militaires, l'ancien coordonnateur de la mission canadienne en Afghanistan rejette les allégations du diplomate Covin. Il nie aussi avoir tenté de museler son ancien numéro 2 ou toute autre personne.
Après trois hauts gradés militaires, la veille, c'était au tour de l'ancien coordonnateur de la mission canadienne en Afghanistan, David Mulroney, maintenant ambassadeur du Canada en Chine, de comparaître devant le comité, jeudi.
Son témoignage contredit lui aussi la version de son ancien employé, Richard Colvin, qui a notamment déclaré la semaine dernière devant le même comité que tous les détenus transférés par le Canada avaient été torturés par leurs geôliers afghans. Le diplomate avait également affirmé que le Canada était resté sourd à de multiples avertissements, notamment aux 18 rapports sur le sujet qu'il dit avoir envoyé entre 2006 et 2007.
M. Mulroney a assuré que les diplomates canadiens n'avaient jamais subi de pression visant à les censurer. Saluant la « bravoure » et le « dévouement » de son ancien employé, qui, dit-il, s'est porté volontaire dans des théâtres d'opérations dangereux, M. Mulroney a poursuivi: « Je n'étais pas toujours d'accord avec lui, mais je l'ai toujours écouté. [..] J'ai encouragé l'expression des opinions, des points de vue et des suggestions. »
S'il a éventuellement insisté pour que l'information soit transmise par téléphone plutôt que par courriel, c'est que « les idées sont souvent mieux exprimées par téléphone ». « Nous ne pouvons pas faire ce travail avec des représentants sur trois continents seulement par courrier électronique », a-t-il ajouté. Richard Colvin avait plutôt allégué que cette procédure visait à ne pas consigner par écrit les renseignements sur la torture.
Des « problèmes », mais pas de « risques »
Lors de son témoignage, Richard Colvin a fait état de coups de fouet assénés avec des câbles électriques, de décharges électriques, de privations de sommeil, d'exposition à des températures extrêmes, de blessures à l'arme blanche, de sévices sexuels et de viols.
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PC/Sean Kilpatrick
David Mulroney a reconnu que le Canada était au courant des risques qui pesaient sur les prisonniers afghans, et que le pays a fait de son mieux pour les protéger.
Il a argué qu'un protocole sur le transfert des détenus, conforme aux Conventions de Genève sur le traitement des prisonniers de guerre, était en place dès le début de la mission canadienne à Kandahar.
Il a cependant ajouté que le Canada avait constaté au courant de l'année 2006 qu'il fallait resserrer les règles pour mieux surveiller les conditions de détention des prisonniers. Cela, a-t-il ajouté, a mené à une révision du protocole, en mai 2007.
L'ancien numéro deux des Affaires étrangères a par ailleurs soutenu que les détenus interrogés par M. Colvin n'avaient pas été transférés par le Canada. L'opposition s'est montrée sceptique face à cette certitude.
Le libéral Ujjal Dosanjh a notamment fait valoir qu'il pouvait difficilement en être sûr, ajoutant que les abus semblaient être généralisés dans les institutions de détention afghanes.
Le bloquiste Claude Bachand a renchéri en disant qu'en vertu de la Convention de Genève, un pays n'avait « pas le droit » de transférer des détenus dès qu'il y avait « un risque élevé de torture ».
M. Mulroney, qui a fait le voyage depuis la Chine, a lui-même demandé de donner sa version des faits devant le comité spécial. Vendredi dernier, il a plaidé que de « sérieuses allégations [qui] « touchaient directement [son] travail » y avaient été faites.
Les membres du comité qui font partie de l'opposition auraient préféré avoir accès aux documents relatifs aux allégations de torture de prisonniers transférés par les Canadiens aux autorités de Kaboul avant de l'entendre.
Mercredi, trois hauts gradés militaires, soit le chef d'état-major de l'armée canadienne, le général à la retraite Rick Hillier, le lieutenant-général à la retraite Michel Gauthier, commandant de la Force expéditionnaire du Canada, ainsi que le major-général David Fraser ont été unanimes. Il n'y a, selon eux, aucune preuve indiquant que les détenus afghans transférés par le Canada aient été torturés.
Or, après leurs témoignages, le réseau CBC, qui a obtenu copie des deux premiers rapports rédigés par M. Colvin, a rapporté que les documents, datant de mai et juin 2006, faisaient état de vives inquiétudes exprimées par des représentants de la Croix-Rouge au sujet de la gestion des détenus afghans par le Canada. Les ministères des Affaires étrangères et de la Défense étaient en copie, tout comme le bureau de Peter MacKay, alors ministre des Affaires étrangères. Le gouvernement Harper a toujours affirmé qu'il n'avait pas vu ces rapports.