Le général à la retraite Rick Hillier témoigne devant le comité parlementaire, accompagné du lieutenant-général à la retraite Michel Gauthier et du major général David Fraser
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PC/Sean Kilpatrick
L'ex-chef d'état-major des Forces canadiennes, Rick Hillier, nie avoir vu les rapports du diplomate Richard Colvin et qualifie de « ridicule » l'allégation selon laquelle tous les détenus transférés par le Canada ont été torturés.
Les trois hauts-gradés militaires qui ont témoigné mercredi devant le Comité parlementaire spécial sur la mission canadienne en Afghanistan, sont unanimes: il n'y a aucune preuve indiquant que les détenus afghans transférés par le Canada aient été torturés. Leur version offre un contrepoids à celle présentée la semaine dernière par le diplomate Richard Colvin.
Dans un témoignage fort attendu, l'ancien chef d'état-major de l'armée canadienne, le général à la retraite Rick Hillier, a réfuté l'allégation du diplomate selon laquelle tous les détenus transférés par le Canada avaient été torturés. « Venant d'une personne qui n'a aucune connaissance lui permettant de tenir de tels propos, cette déclaration est ridicule », a-t-il dit.
Les multiples rapports de M. Colvin ne lui ont par ailleurs pas été transmis, a-t-il affirmé, parce qu'ils ne contenaient pas d'informations provenant de source directe. Il a toutefois ajouté qu'il les avait révisés depuis le témoignage du diplomate et qu'aucun des rapports qu'il a rédigés en 2006 ne faisaient état d'actes ou même de risques potentiels de torture. M. Colvin avait en outre déclaré qu'il avait directement adressé au moins une lettre au général Hillier.
Commentant l'interruption du transfert de prisonniers, en 2007, il a affirmé que cela n'avait rien à voir avec les documents transmis par le diplomate, qu'il a égratigné au passage. « Nous n'avons pas fondé nos décisions sur des ouï-dire, des hypothèses ou encore des informations émanant de sources indirectes », a-t-il déclaré. « Nous n'avons pas fondé nos décisions sur des témoignages de talibans sans chercher à corroborer leurs dires. » Le gouvernement conservateur avait lui aussi argué que Richard Colvin se contentait de rapporter des rumeurs.
Le général Hillier a également affirmé que la majorité des prisonniers transférés n'étaient pas des innocents, comme le prétendait M. Colvin. « Nous avons détenu [...] des personnes qui ont essayé de tuer nos fils et nos filles, qui y sont dans certains cas parvenus, et c'est ce que nous continuons de faire. »
Consensus au sein du commandement militaire
Le lieutenant-général à la retraite Michel Gauthier, commandant de la Force expéditionnaire du Canada, responsable du déploiement des troupes à l'étranger, a ensuite comparu à titre personnel, tout comme son ancien collègue. Il a corroboré le témoignage du général Hillier.
Il a soutenu qu'en aucun temps, on ne lui avait fait part d'allégations de torture dans les geôles afghanes à l'époque où il était en Afghanistan. En outre, les rapports écrits en 2006 et en 2007 n'ont même jamais utilisé le mot « torture », sauf lors d'un cas isolé, a-t-il soutenu.
« Nos soldats ne sont pas des experts dans les droits de la personne [...] et il ne faudrait pas leur donner ces responsabilités », a-t-il en outre répondu à un membre du comité qui lui demandait si l'armée avait elle même vérifié la situation des détenus afghans.
Le major-général David Fraser, qui a dirigé les troupes sur le terrain à Kandahar, a également témoigné, affirmant lui aussi qu'il n'avait reçu aucun document faisant état de risques de torture.
« L'ignorance n'est pas une excuse », leur a répondu le libéral Ujjal Dosanjh lors de la ronde de questions. Le bloquiste Claude Bachand a pour sa part demandé aux témoins comment il pouvait exister une telle différence entre la perception des élites militaires et celle des organismes internationaux, comme Amnistie internationale.
Au début de la séance, M. Bachand a suggéré au comité de reporter les témoignages de mercredi jusqu'à ce que les partis d'opposition aient accès aux documents relatifs aux allégations de torture de prisonniers transférés par les Canadiens aux autorités de Kaboul. Sa requête a été rejetée par la majorité des membres du comité.
L'ancien sous-ministre délégué aux Affaires étrangères, David Mulroney, maintenant ambassadeur du Canada en Chine, témoignera jeudi. Son témoignage risque de contredire lui aussi la version de son ancien employé. Travaillant présentement à l'ambassade canadienne aux États-Unis, M. Colvin a travaillé pour le ministère canadien des Affaires étrangères à Kaboul, puis à l'ambassade canadienne à Kandahar pour une durée totale de 18 mois, en 2006-2007.
Richard Colvin
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Par ailleurs, le réseau CBC affirme que les deux premiers rapports de M. Colvin, rédigés en mai et juin 2006, ont été envoyés au ministre des Affaires étrangères de l'époque, Peter MacKay. Celui-ci a affirmé qu'il n'avait lu un rapport du diplomate qu'un an plus tard. Les deux documents en question faisaient état des inquiétudes de la Croix-Rouge quant à la gestion des détenus afghans par le Canada.