Le ministre de la Défense du Canada, Peter MacKay
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PC/Adrian Wyld
Toujours sur la sellette en raison de la multiplication des allégations de torture dans les prisons de l'Afghanistan, le gouvernement conservateur a reconnu, lundi, que les transferts de détenus aux autorités afghanes avaient été interrompus trois fois pour la seule année 2009.
Même s'il refuse toujours d'accorder de la crédibilité aux révélations du diplomate Richard Colvin sur la torture dans les prisons afghanes, Ottawa reconnaît que le transfert de prisonniers a été interrompu trois fois en 2009.
À deux reprises, le Canada a eu vent d'allégations sur le mauvais traitement des prisonniers, tandis qu'à un autre moment, les inspecteurs se sont fait refuser un accès illimité à la prison.
Cet aveu fait suite aux propos tenus dimanche par le chef d'état-major de l'armée canadienne, Walter Natynczyk, qui affirmait que le transfert de prisonniers avait été interrompu à quelques reprises, sans fournir plus d'explications.
À la Chambre des communes, lundi, le ministre de la Défense nationale, Peter MacKay, a expliqué que les interruptions s'expliquaient par le fait que les responsables afghans ne répondaient pas aux attentes.
Le ministre MacKay a persisté à soutenir qu'il n'existait aucune preuve que des prisonniers transférés par les Canadiens avaient été torturés. Il a présenté les interruptions comme les signes que son gouvernement avait su tirer les leçons des politiques héritées des libéraux.
Le ministre de la Défense nationale s'est par ailleurs engagé à déposer tous les documents relatifs aux cas allégués de torture dans les prisons afghanes.
Son collègue des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, soutient qu'avec les nouvelles règles mises en place par les conservateurs, l'armée a la responsabilité de déterminer si oui ou non il y a lieu de s'inquiéter. « S'ils ont des inquiétudes, ils ne transfèrent pas, s'ils sont satisfaits, ils procèdent », a-t-il résumé.
L'opposition toujours à l'attaque
Lors de la période des questions, libéraux, bloquistes et néo-démocrates ont accusé les conservateurs de nier les faits et ont lancé un appel à la tenue d'une enquête publique. Et l'aveu des conservateurs n'a pas calmé le jeu.
« La question n'est pas: "Qu'est-ce qui s'est passé après 2007?", la question clé, c'est: "Qu'est-ce qui s'est passé dans les 18 mois après l'arrivée des conservateurs au pouvoir, où ils avaient des allégations crédibles d'abus des détenus?" Ils n'ont rien fait », a déclaré le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff.
« C'est la preuve qu'il y avait un risque de torture, c'est le moins qu'on puisse dire et ils l'admettent eux-mêmes », a pour sa part analysé le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.
Selon le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, ces interruptions prouvent « qu'on savait qu'il y avait des problèmes ».
David Mulroney veut parler
Le conseiller principal du gouvernement concernant l'Afghanistan, David Mulroney, a pour sa part envoyé une lettre au président du comité spécial des Communes enquêtant sur la torture présumée de prisonniers afghans pour lui demander de témoigner.
Il voudrait ainsi réfuter les informations selon lesquelles des responsables politiques canadiens ont tenté de camoufler la situation dans les prisons afghanes. M. Mulroney soutient que les diplomates ont toujours pu s'exprimer « librement et honnêtement », si leurs informations étaient précises et objectives.
Le gouvernement conservateur nie toujours catégoriquement les révélations embarrassantes de l'ancien diplomate Richard Colvin, qui a déclaré que les prisonniers remis par les Canadiens aux autorités afghanes étaient torturés, entre 2006 et 2007, et qu'Ottawa n'a jamais tenu compte de ses avertissements.
Les conservateurs mettent en doute la crédibilité de Richard Colvin et continuent de rejeter la tenue d'une enquête publique sur cette affaire. Le ministre MacKay a affirmé que le témoignage du diplomate n'était « pas crédible ».
Le gouvernement fédéral a reconnu publiquement une seule fois que l'armée avait cessé de confier aux Afghans la garde de prisonniers, en novembre 2007, en raison de préoccupations relatives à la torture.
400 cas de torture, selon une agence afghane
Un présumé taliban capturé par des soldats canadiens en mai 2006.
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AFP/John D. McHugh
La Commission indépendante des droits de la personne en Afghanistan affirme dans un rapport avoir documenté près de 400 cas de torture au pays. C'est à cette agence afghane qu'a déjà été confiée la garde d'insurgés capturés par les Canadiens à Kandahar.
Dans un document datant d'avril 2009, la Commission indépendante des droits de la personne en Afghanistan a indiqué avoir découvert 47 cas de mauvais traitements à Kandahar.
Selon l'organisme, 14 % des cas répertoriés ont impliqué la Direction nationale de la sécurité (DNS), le service de renseignement afghan. Les forces de l'OTAN, dont celles du Canada, remettent habituellement leurs prisonniers à la DNS.