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Iran

Bahari raconte son supplice

Mise à jour le lundi 23 novembre 2009 à 22 h 45

Maziar Bahari a été libéré juste à temps pour la naissance de sa fille.

Photo: CBC/Nancy Durham

Maziar Bahari a été libéré juste à temps pour la naissance de sa fille.

Dans une longue entrevue accordée au réseau anglais de Radio-Canada, le journaliste irano-canadien Maziar Bahari soutient qu'il a été torturé et menacé de mort sur une base régulière au cours de sa détention à la prison d'Evin, en Iran.

Le journaliste, qui travaillait pour le magazine américain Newsweek, a été libéré de cette prison le 17 octobre, soit 118 jours après y avoir été amené, le 21 juin, par des Gardiens de la révolution venus le cueillir chez lui, à Téhéran.

À la prison d'Evin, Maziar Bahari dit avoir été injurié, giflé, frappé, fouetté avec une ceinture. On lui reprochait d'avoir fait de l'espionnage au profit des services de renseignements américains, britanniques et israéliens, soit la CIA, le MI6 et le Mossad.

« Pendant presque tous les interrogatoires, [mon bourreau] me disait qu'il allait m'exécuter et qu'il allait s'assurer d'être celui qui pousserait la chaise sous mes pieds. Quand on me réveillait à 4 heures du matin, je pensais parfois que ça y était », dit M. Bahari, qui raconte qu'il s'attendait à être arrêté un jour ou l'autre.

Le journaliste raconte que son bourreau a notamment tenté de lui faire avouer qu'il était espion en lui montrant une entrevue bidon qu'il aurait accordée à un acteur qui prétendait être espion lors de l'émission de fin de soirée de l'humoriste américain Jon Stewart. Il estimait qu'il s'agissait là d'une preuve de ce qu'il avançait.

« Je me suis dit: "Oh mon Dieu" », indique Maziar Bahari. Le journaliste irano-canadien explique que le comédien qui l'interrogeait, Jason Jones, se comportait comme « un Américain rustre qui ne connaissait rien au Moyen-Orient et qui prétendait être espion. Il m'appelait M. Pistache ».

Leonard Cohen à la rescousse

Le journaliste irano-canadien Maziar Bahari en conférence de presse après sa comparution

Photo: AFP/Fars News Agency, Hossein Salehi Ara

Le journaliste irano-canadien Maziar Bahari en conférence de presse après sa comparution

Placé en isolement, Maziar Bahari raconte avoir trouvé du réconfort en fredonnant les paroles d'une chanson du poète canadien Leonard Cohen, Sisters of Mercy. La chanson lui est revenue en tête, raconte-t-il, après avoir rêvé à deux femmes qui ressemblaient à sa soeur.

« Tout à coup, cet univers s'est créé. Cet univers gardé par Leonard Cohen. Et il m'apparaissait ridicule que ce vieux Juif, l'un des poètes les plus cyniques au monde, puisse me sauver au coeur de la République islamique », explique-t-il.

M. Bahari, qui travaille à Téhéran depuis 10 ans, est maintenant de retour à Londres, où il est arrivé juste à temps pour la naissance de son enfant. Sa mésaventure le hante cependant toujours.

« Je change des couches à 4 h du matin. Ça me garde en vie et, comme personne, je suis heureux. Mais je suis aussi très triste pour mes collègues et mes amis qui croupissent toujours dans des prisons iraniennes et pour les Iraniens qui doivent vivre avec ce système.

Selon des organisations de défense des droits de l'homme, plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées dans la foulée du plus important mouvement de contestation qu'ait connu la République islamique depuis la révolution de 1979. Des dizaines d'entre eux ont déjà été traînés en cour et certains ont déjà été condamnés à la peine de mort.

L'Iran était en ébullition en raison de la controversée élection présidentielle du 12 juin, dont le président sortant Mahmoud Ahmadinejad a été déclaré vainqueur aux dépens de Mir Hossein Mousavi. Les partisans de ce dernier allèguent que le scrutin a été entaché par des fraudes massives.

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Iranian-Canadian journalist talks of prison ordeal

Article de CBC - Inclut un lien vers une entrevue de 38 min. avec M. Bahari

118 Days, 12 Hours, 54 Minutes (en anglais)

Compte-rendu de Maziar Bahari publié par Newsweek

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