![]() Ottawa refuse l'enquête publiqueMise à jour le vendredi 20 novembre 2009 à 17 h 38
Au lendemain du témoignage de l'ancien diplomate en Afghanistan Richard Colvin, le Parti conservateur a dû faire face à d'insistantes questions de l'opposition à la Chambre des communes. Les libéraux, bloquistes et néo-démocrates ont tous réclamé la tenue d'une enquête publique et ont pressé les conservateurs de révéler ce qu'ils savaient des cas de torture de prisonniers transférés par les militaires canadiens aux autorités afghanes. Le discrédit du témoignage du diplomate Richard Colvin a aussi été déploré par l'opposition. Plusieurs ont jugé inconcevable que le gouvernement n'ait pas tenu compte des allégations transmises dans plusieurs rapports par le diplomate. Le ministre de la Défense, Peter MacKay, s'est défendu en affirmant que le témoignage de M. Colvin n'était accompagné d'aucune preuve tangible. Il a notamment mentionné qu'il n'allait pas se fier à des informations fournies par des talibans. Il a aussi rappelé que son gouvernement avait beaucoup investi pour aider les Afghans à améliorer leur système judiciaire. Devant les réponses du ministre MacKay, les députés de l'autre côté de la Chambre ont notamment souligné que M. Colvin a été nommé directeur adjoint du renseignement à l'ambassade canadienne à Washington, se demandant pourquoi il aurait été nommé à un tel poste s'il n'avait pas eu de crédibilité aux yeux du gouvernement. Le Nouveau Parti démocratique avait déjà donné le ton avant la période de questions, jeudi. Plus tôt dans la journée, les porte-parole du NPD en matière d'affaires étrangères, Paul Dewar, et de défense nationale, Jack Harris, avaient réclamé la tenue d'une enquête publique sur l'affaire. En entrevue à RDI, le chef du NPD, Jack Layton, a déclaré que les néo-démocrates avaient été « choqués » des révélations de Richard Colvin. M. Layton a affirmé qu'une enquête publique permettrait de savoir quand et comment le gouvernement a été mis au courant des cas de torture, qui était responsable de la situation et pourquoi Ottawa n'a rien fait pour y remédier. Les partis d'opposition à la Chambre des communes ont souvent interpellé les conservateurs à ce sujet au cours des dernières semaines. S'il devait être prouvé que le gouvernement Harper était au courant de cas de torture, cela constituerait une preuve que le Canada a violé en toute connaissance de cause la Convention de Genève, qui interdit cette pratique. Le gouvernement a agi, dit Cannon En conférence téléphonique depuis Kaboul, jeudi, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a affirmé que le gouvernement avait toujours pris ces allégations au sérieux. Les conservateurs ont agi lorsque des cas spécifiques ont été soulevés, a-t-il ajouté. M. Cannon a déclaré que rien n'avait été prouvé dans ce dossier. « Et nous ne tolérerons pas toute preuve confirmée d'abus », a-t-il ajouté. Le ministre Cannon a dit que le gouvernement Harper avait depuis modifié le système de transfert de prisonniers. Rappelons qu'Ottawa avait notamment interrompu les transferts de prisonniers en novembre 2007, après avoir été informé d'une « allégation crédible de mauvais traitement perpétré contre un détenu ». Nouvellement arrivé à la tête des Forces canadiennes en Afghanistan, le brigadier-général Daniel Ménard a tenté de se faire rassurant, jeudi. Il a déclaré que les prisonniers transférés étaient maintenant suivis de près. Un témoignage percutant Devant le comité parlementaire spécial sur l'Afghanistan, mercredi à Ottawa, Richard Colvin a affirmé que les détenus transférés dans les prisons afghanes avaient probablement tous été torturés, bien qu'il se soit souvent agi d'innocents. Il a ajouté que pour les interrogateurs à Kandahar, il s'agissait d'une procédure normale. M. Colvin a montré du doigt les commandements civil et militaire en place en Afghanistan, évitant d'accuser les Forces canadiennes ou le premier ministre Stephen Harper et ses ministres. Le diplomate a dit avoir envoyé 17 ou 18 rapports sur les conditions de détention et les allégations de torture au cours de son mandat de 18 mois en Afghanistan, en 2006 et 2007. Si, en 2006, ses avertissements ont été ignorés, en 2007, le numéro deux des Affaires étrangères, David Mulroney, a averti M. Colvin de ne plus consigner ces informations par écrit, mais plutôt d'en faire part dans des conversations téléphoniques. Plusieurs des rapports de M. Colvin ont par la suite été censurés. Les conservateurs membres du comité parlementaire ont attaqué la crédibilité de Richard Colvin, soulignant qu'il n'avait pas vu lui-même des cas de torture. Radio-Canada.ca avec Presse canadienne
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