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Berlin

C'était le 9 novembre 1989

Mise à jour le mardi 10 novembre 2009 à 15 h 45

Un feu d'artifice illumine la nuit berlinoise

Photo: AFP/John MacDougall

L'Allemagne célébrait, lundi, les 20 ans de la chute du mur, symbole de la fin de la guerre froide et de l'effondrement du communisme. À Berlin, malgré la pluie, plus de 100 000 personnes ont assisté en soirée à une grande fête, qui est venue conclure une journée riche en émotions, au cours de laquelle se sont succédé une série de discours, de services commémoratifs et de festivités de toutes sortes.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a franchi la Porte de Brandebourg, que la construction du mur avait rendue inaccessible pour les Allemands des deux côtés. Elle était notamment accompagnée par des dignitaires des quatre puissances ayant occupé l'Allemagne à l'issue de sa défaite de 1945: les présidents français et russe Nicolas Sarkozy et Dimitri Medvedev, la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, et le premier ministre britannique, Gordon Brown. Une trentaine de pays étaient également représentés.

Les dirigeants ont salué la foule sous l'air de Wind of Change (le vent du changement), la chanson du groupe allemand Scorpions, devenue l'hymne de cette Révolution pacifique de 1989.

La chute du mur « était un des moments les plus heureux de ma vie », a déclaré devant la foule Angela Merkel, qui vivait à l'époque en Allemagne de l'Est. Elle a en outre plaidé en faveur d'un nouvel « ordre mondial » multipolaire pour trouver des solutions aux problèmes mondiaux comme le terrorisme.

Nous devons combattre au nom de la liberté. Nous devons la défendre encore et encore. La liberté est ce qu'il y a de plus précieux dans notre système politique et social.

— Angela Merkel

Dans un message vidéo projeté sur grand écran, le président américain, Barack Obama, a rendu hommage aux dissidents est-allemands. « N'oublions jamais le 9 novembre 1989 ni les sacrifices qui ont rendu cette journée possible », a-t-il dit.

Peu d'entre nous auraient prédit qu'un jour l'Allemagne unie serait dirigée par une femme venue du Brandebourg [en ex-Allemagne de l'Est] ou que son allié américain serait dirigé par un homme d'origine africaine, mais la destinée humaine est ce que les hommes en font.

— Le président Barack Obama

Saluant elle aussi le courage des Est-Allemands, la secrétaire d'État américaine a par ailleurs appelé l'Europe et l'Amérique à de nouveaux efforts pour « renverser les murs » de l'intolérance religieuse.

Nicolas Sarkozy a de son côté invité à « abattre les murs qui, à travers le monde, divisent encore des villes, des territoires, des peuples », tandis que Gordon Brown plaidait en faveur de « la fin de la prolifération nucléaire, de la pauvreté extrême et de la catastrophe climatique, grâce à la force des peuples unis dans un effort commun ». Dimitri Medvedev a appelé à se « serrer les coudes » pour « répondre ensemble aux menaces actuelles », comme le terrorisme.

Ce mur ne divisait pas seulement un seul pays, mais, comme nous le réalisons aujourd'hui, toute l'Europe.

— Le président russe, Dimitri Medvedev

Point d'orgue de la soirée

Des dominos géants

Photo: AFP/ERIC FEFERBERG

Des dominos géants ont été installés sur l'ancien parcours du mur.

Alors qu'un grand feu d'artifice illuminait le ciel de Berlin, de grands acteurs de l'époque ont ensuite fait tomber un millier de dominos géants, en polystyrène, et installés dans la ville, sur l'ancien parcours du « mur de la honte ». Les dominos, très colorés, ont été peints par des écoliers et par différents groupes allemands et étrangers pour évoquer les graffitis qui ornaient le mur. L'un d'eux a même été décoré par l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, symbole planétaire de la lutte contre l'oppression.

Lech Walesa, l'ancien président du syndicat polonais Solidarité, qui a contribué à la chute du communisme, a fait tomber la première section. Le président hongrois de l'époque, Bruno Straub, a fait basculer la suivante. En ouvrant sa frontière avec l'Autriche au printemps de 1989, Bruno Straub avait contribué à ouvrir un passage vers l'ouest pour les citoyens des pays vivant de l'autre côté du Rideau de fer.

Lech Walesa a poussé le premier domino de la chaîne créée le long du tracé du mur de Berlin.

Photo: AFP/Berthold Stadler/DDP/Michael Gottschalk

Lech Walesa a poussé le premier domino de la chaîne.

La soirée avait commencé vers 18 h, avec une allocution du président Horst Kohler, qui a prononcé une allocution de bienvenue. Cette grande « Fête de la liberté » s'est ensuite mise en branle à 19 h. Sous la direction du chef Daniel Barenboïm, la Staatskappelle de Berlin a interprété des oeuvres de Wagner, Schönberg et Beethoven. Le ténor espagnol Placido Domingo était aussi de la fête.

La soirée a également été marquée par un concert à la cathédrale de Berlin, où le chanteur américain Jon Bon Jovi interprétait la chanson We weren't born to follow, tandis qu'à l'initiative du Britannique Martin Butler, une chaîne humaine de 5000 personnes se formait à l'endroit du mur pour recréer un monument temporaire invitant à la réflexion.

D'autres activités

Des Berlinois se trouvant dans la partie est de la ville regardent ce qui s'appelait autrefois Berlin Ouest, à travers une ouverture pratiquée dans une portion préservée du mur.

Photo: AFP/Eric Feferberg

Des Berlinois se trouvant dans la partie est de la ville regardent vers la partie ouest à travers une ouverture pratiquée dans une portion préservée du mur.

En matinée, la chancelière allemande a donné le coup d'envoi aux festivités en prononçant un discours dans le cadre d'une conférence sur les « murs qui tombent », en présence du Prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, à la Fondation Einstein.

Elle a ensuite participé à une cérémonie du souvenir en compagnie du président allemand Horst Kohler. Une cérémonie de prières a aussi eu lieu à la Chapelle de la réconciliation (Kapelle der Versoehnung).

À midi, lors d'une représentation théâtrale, huit anges aux ailes de quatre mètres de large sont apparus sur les toits de bâtiments le long de l'Ebertstrasse, ancienne frontière entre la Porte de Brandebourg et Postdamer Platz.

À 15 h, heure locale, Mme Merkel, a franchi le point de passage de la rue Bornholmer en compagnie de l'ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, de l'ex-président polonais Lech Walesa, de militants des droits civiques et de témoins de l'époque.

C'est à cet endroit que des milliers de Berlinois de l'Est se sont massés, le 9 novembre 1989, pour passer à l'Ouest dès l'annonce des autorités est-allemandes sur l'autorisation des voyages à l'étranger. Angela Merkel, qui vivait à Berlin-Est, s'était alors jointe à la foule en fin de soirée pour une promenade à l'Ouest.

La première chancelière de l'Allemagne réunifiée à avoir grandi à l'Est a remercié M. Gorbatchev d'avoir laissé faire les choses courageusement » en 1989, sans réprimer le peuple de l'Allemagne de l'Ouest. Elle a aussi salué « l'incroyable encouragement » du syndicat polonais Solidarité, qui a bravé Moscou dès 1980.

Ce qu'ils ont dit

Le hasard de l'histoire

Le 9 novembre 1989, le mur séparant l'Ouest occidental et l'Est communiste s'est écroulé, peu après qu'un porte-parole du gouvernement est-allemand eut erronément annoncé la levée immédiate des restrictions empêchant les Allemands de l'Est de voyager à l'Ouest.

Le gouvernement devait bel et bien annoncer que des visas pour voyager ou émigrer à l'étranger allaient être délivrés sans condition préalable, mais cela ne devait être dévoilé que le lendemain. Lorsqu'un journaliste a demandé au porte-parole, Guenter Schabowski, à quel moment ces restrictions seraient levées, il a répondu: « En autant que je sache, cela entre en vigueur... immédiatement ».

Le mot lâché, un engrenage qui n'arrêterait jamais de tourner venait de se mettre en marche. En quelques minutes, des médias du monde entier avaient retransmis ces informations stupéfiantes, et les Allemands de l'Est, ébahis, se dirigeaient vers le mur qui défigurait la ville depuis que les Soviétiques l'avaient construit, 28 ans plus tôt.

M. Schabowski a expliqué par la suite qu'il ne se considérait pas comme un héros, parce que dans les faits, il avait agi « pour tenter de sauver le système de la RDA ».

Participation du Canada

Par ailleurs, une exposition sur la chute du mur et un documentaire sur les gens qui en possèdent un morceau seront présentés à l'ambassade canadienne. D'ailleurs, il s'agit de la seule à avoir été bâtie sur le no man's land qui existait jusqu'au 9 novembre 1989 entre les deux murs.

Silence à Cuba

À Cuba, pays communiste qui a longtemps gravité dans la sphère d'influence soviétique, le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin passe sous silence. Les médias écrits n'en touchent pas le moindre mot.

Selon l'AFP, seul un commentateur de télévision y a fait allusion en fin de semaine, en appelant à la chute de « tous les murs », dont celui séparant les États-Unis du Mexique, et celui séparant Israël des Territoires palestiniens.

Samedi, la presse cubaine a cependant rapporté la cérémonie organisée devant le monument du Soldat internationaliste soviétique, à La Havane, pour marquer le triomphe de la révolution bolchevique de 1917.

La désintégration de l'Union soviétique, en 1991, a privé Cuba de son principal marché d'exportation, ce qui lui a causé de graves problèmes économiques.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, Associated Press et Reuters

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