Des chiffres qui alimentent le doute

Des chiffres compilés par les Nations unies lors de la présidentielle afghane du 20 août et obtenus par le Washington Post révèlent des écarts très importants entre le nombre de votes déclarés valides par la Commission électorale afghane et le nombre d'électeurs qui se seraient bel et bien présentés dans les bureaux de vote.

Des chiffres compilés par l'ONU révèlent que le taux de participation enregistré lors du vote du 20 août serait bien différent de celui déclaré par la Commission électorale afghane.

Des employés de la Commission électorale afghane procèdent à un nouveau dépouillement mercredi. Des employés de la Commission électorale afghane procèdent à un nouveau dépouillement mercredi.   © AFP/Shah Marai

Selon ces chiffres, le taux de participation dans plusieurs provinces du sud et de l'est, où le président Karzaï a beaucoup d'appuis, est nettement inférieur à celui déclaré officiellement par la Commission électorale afghane. C'est notamment le cas dans les provinces d'Helmand, de Kandahar et de Paktita, à majorité pachtoune.

Dans la province de Kandahar, la commission électorale enregistre plus de 250 000 votes valides et calcule que 88 % d'entre eux sont favorables à Hamid Karzaï. L'ONU estime qu'environ 100 000 personnes ont voté. Les estimations de l'ONU sont aussi beaucoup plus faibles que les chiffres de la Commission dans d'autres provinces où Hamid Karzaï a facilement remporté la mise, soit dans Helmand, où il obtenu 84 % des votes, et dans Paktita, où il récolte 91 % des appuis.

Dans la province de Balkh, où le principal adversaire du président Karzaï, Abdullah Abdullah, obtient 46 % des appuis, la tendance s'inverse. L'ONU estime que jusqu'à 450 000 personnes ont voté, tandis que la Commission électorale afghane recense un peu moins de 300 000 votes valides.

Ces chiffres, qui alimentent les soupçons de fraude massive qui pèsent sur le scrutin, sont publiés dans la foulée de la crise qui ébranle la mission de l'ONU en Afghanistan. Cette crise s'est soldée par le congédiement de Peter Galbraith, qui était le bras droit du chef de la mission de l'ONU en Afghanistan, Kai Eide. Des sources du Post indiquent que d'autres responsables onusiens ont aussi remis leur démission au cours des derniers jours.

Guerre de mots à l'ONU

Kai Eide se défend de ne pas avoir fourni aux autorités afghanes des preuves que le scrutin a été entaché de fraudes, comme l'en accuse Peter Galbraith. Interrogé par le Post, il déclare que les chiffres obtenus par le quotidien ne peuvent être vérifiés et que personne ne lui a demandé de les partager.

Il s'agit, dit M. Eide, d'une « situation confuse » entraînée par le fait que « beaucoup d'informations proviennent de sources qui ont leur propre ordre du jour ». L'ONU, dit-il, ne peut transmettre des informations si elles n'ont pas été évaluées de façon adéquate.

Peter Galbraith n'est pas du même avis. « J'étais en faveur de les présenter [les chiffres] à la Commission des plaintes électorales », a-t-il déclaré au quotidien. « Je pense que nous avons fait un excellent travail de compilation des données. Nous l'avons fait dans le but d'aider l'organisme afghan qui enquête sur les fraudes, mais Kai n'était pas d'accord pour qu'on leur soumette ».

Le chef de la mission de l'ONU en Afghanistan, Kai Eide Le chef de la mission de l'ONU en Afghanistan, Kai Eide   © AFP/Massoud Hossaini

Le congédiement de Galbraith reste entouré d'une aura de mystère. Des sources à l'ONU soutiennent qu'il aurait voulu annuler le résultat de 1500 des 6900 bureaux de vote situés dans des zones pachtounes du sud et de l'est du pays.

D'autres allèguent qu'il aurait tenté de persuader Kai Eide d'écarter Hamid Karzaï et Abdullah Abdullah pour installer dans le siège du président Ashraf Ghanzni, un ancien économiste de la Banque mondiale qui a terminé quatrième au scrutin populaire.

M. Galbraith dément avoir fait de telles propositions, mais Vijay Nambiar, chef de cabinet du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, n'hésite pas à critiquer l'ancien numéro 2 de la mission. « C'est un homme, un représentant de l'ONU, qui plaide en faveur d'un changement de gouvernement inconstitutionnel. Bien sûr qu'il a été rappelé. À quoi vous attendiez-vous de notre part? »

Votes annulés et recomptés

Les résultats préliminaires de l'élection présidentielle accordent 54,6 % des suffrages à Hamid Karzaï, contre 27,7 % à Abdullah Abdullah, qui est un ancien ministre des Affaires étrangères. Ces chiffres pourraient permettre à M. Karzaï de remporter la victoire dès le premier tour, mais ils ne seront pas considérés comme officiels avant la fin du recomptage de dizaines de milliers de bulletins de vote.

Depuis que le scrutin a eu lieu, dans un climat de violence, la Commission des plaintes électorales, que préside le Canadien Grant Kippen, a annulé les résultats en provenance de 83 bureaux de scrutin.

Elle a aussi ordonné un nouveau dépouillement dans les bureaux de vote où le taux de participation a été de 100 % et dans ceux où un même candidat a obtenu à lui seul plus de 95 % des votes exprimés. Plusieurs d'entre eux se trouvent dans le sud du pays, où vit une majorité de Pachtounes, l'ethnie dont est issu le président Karzaï.

Au total, 3498 bureaux de scrutin sont touchés par cette décision de la Commission des plaintes électorales. Concrètement, le dépouillement porte sur 10 % des bulletins déposés dans ces bureaux. Cette proportion doit permettre à la commission de procéder à une extrapolation d'ici la fin de la semaine.

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