Un deuxième site bientôt fonctionnel

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Reuters et Times
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad (au centre) lors d'une conférence de presse le 25 septembre, à New York. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad (au centre) lors d'une conférence de presse le 25 septembre, à New York.   © AFP/Don Emmert

Un proche conseiller du guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, a révélé, samedi, que le deuxième site d'enrichissement d'uranium en construction, dont l'existence a été révélée vendredi, sera bientôt opérationnel.

Le deuxième site d'enrichissement de l'uranium en construction, dont l'existence a été révélée vendredi, pourra bientôt être ouvert. La communauté internationale en réclame l'ouverture aux inspecteurs de l'AIEA.

Cité par l'agence de presse semi-officielle Fars, et repris par Reuters, Mohammed Mohammadi-Golpayegani a déclaré que « cette nouvelle usine, si Dieu le veut, sera bientôt opérationnelle ».

Téhéran a reconnu cette semaine l'existence de ce site, dont il n'avait jamais été question auparavant. Selon des sources diplomatiques, c'est une lettre provenant de Téhéran et directement adressée à Mohamed ElBaradei, le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui en a révélé l'existence.

Il serait situé dans une montagne, non loin de la ville sainte de Qom, au sud de Téhéran, et serait équipé de 3000 centrifugeuses. Cependant, il ne serait pas encore opérationnel.

Téhéran affirme qu'il serait similaire à celui de Natanz et poursuivrait les mêmes buts: doter le pays de capacités nucléaires civiles.

La communauté internationale n'a jamais cru à ce scénario et suspecte l'Iran de vouloir se doter de l'arme nucléaire. Elle n'a d'ailleurs pas tardé à réagir à cette annonce en exigeant que les inspecteurs de l'AIEA puissent accéder à cette usine.

Sanctions plus sévères réclamées

Le président américain Barack Obama a, de son côté, affirmé que ce nouveau site était « incompatible » avec le scénario d'un programme nucléaire strictement civil.

M. Obama a sommé le régime iranien d'éclaircir toute la question de ses activités nucléaires lors d'une réunion qui se tiendra le 1er octobre, à Genève, en Suisse.

Disant toujours préférer une solution diplomatique à la crise, le président américain n'a cependant pas écarté l'option militaire. « J'ai toujours dit que nous n'écartons aucune option quand il s'agit des questions de sécurité nationale américaines », a-t-il déclaré.

La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a estimé quant à elle que l'existence de ce second site devrait convaincre les États hésitants de se rallier à la politique « de sanctions et d'incitations » des États-Unis.

Depuis Pittsburgh où il assiste au G20 avec ses homologues français et américain, le premier ministre britannique Gordon Brown a enfoncé le clou en réclamant que des sanctions « supplémentaires et plus sévères » soient prises contre l'Iran.

Pour le ministère français des Affaires étrangères, la construction de cette usine constitue une « violation grave » des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et « renforce les suspicions ».

L'Allemagne, membre du groupe des Six sur le nucléaire, s'est jointe à ce trio en exigeant des explications de la part de Téhéran. Angela Merkel espère également convaincre d'autres partenaires de se joindre au groupe.

« Nous nous sommes concertés avec les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, et nous allons voir dans quelle mesure la Russie et la Chine peuvent également s'exprimer sur cette question », a déclaré la chancelière allemande.

« Nous demandons à l'Iran de fournir à l'AIEA toutes les informations aussi vite que possible, car bien sûr nous considérons cela comme une infraction aux obligations de [l'Iran envers] l'AIEA et [les] Nations unies », a-t-elle ajouté.

Pour sa part, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, s'est dit préoccupé par ces dernières révélations. « Ces allégations se révèlent d'autant plus troublantes considérant les déclarations continuellement contradictoires du président de l'Iran », a-t-il déclaré par voie de communiqué. Il a exhorté l'AIEA de mener une enquête sur cette nouvelle installation.

Pékin et Moscou moins catégoriques

Restait à obtenir l'avis de la Chine et de la Russie, les deux autres membres permanents détenant un droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies.

Pékin demande à l'Iran de coopérer à toute enquête de l'AIEA sur ce deuxième site nucléaire, a indiqué le porte-parole du gouvernement chinois.

Le président russe Dimitri Medvedev s'est dit en faveur d'un « dialogue sérieux » avec Téhéran. Dans une déclaration lue par sa porte-parole, il a lui aussi appelé l'Iran à coopérer avec l'AIEA.

Mercredi, en présence du président américain, M. Medvedev avait déclaré que « les sanctions débouchent rarement sur des résultats productifs, mais que dans certains cas, des sanctions [étaient] inévitables ».

Un site « parfaitement légal », dit Ahmadinejad

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad lors d'une conférence de presse à New York. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad lors d'une conférence de presse à New York.   © AFP/Don Emmert

Le président iranien a défendu le nouveau site nucléaire et les intentions de son régime. Lors d'une conférence de presse à New York, Mahmoud Ahmadinejad a déclaré que le site était « parfaitement légal » et qu'il ne s'agissait pas « d'un site secret ». Il a assuré que son pays a respecté les dispositions de l'Agence internationale de l'énergie atomique.

« Si cela était le cas [qu'il s'agissait d'un site secret], pourquoi aurions-nous informé l'AIEA avec un an d'avance? »

Le président iranien a ajouté qu'il ne s'opposerait pas à ce que l'AIEA inspecte le nouveau complexe. « Nous n'avons rien à craindre », a-t-il affirmé.

Mahmoud Ahmadinejad s'en est ensuite pris aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et la France, disant qu'« ils allaient regretter leur déclaration » dénonçant la construction du nouveau site.

Plus tôt, dans une entrevue au magazine Time, M. Ahmadinejad avait déclaré que l'Iran n'avait pas de comptes à rendre à l'administration Obama sur tous les sites nucléaires dont il dispose.

Ali Akbar Salehi, le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA), a abondé dans le même sens que Mahmoud Ahmadinejad, affirmant lui aussi que le nouveau site d'enrichissement n'est « pas secret », contrairement à ce que MM. Obama et Brown ont suggéré.

Un camouflet pour l'ONUL'annonce de l'existence du site de Qom survient quelques heures après que le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté, à l'unanimité, une résolution appelant de ses voeux l'instauration d'un monde dénucléarisé.

Elle intervient aussi moins d'une semaine avant la réunion, à Genève, entre l'Iran et le groupe des « 5+1 » (les 5 membres du Conseil de sécurité plus l'Allemagne) pendant laquelle le dossier du nucléaire iranien doit être débattu.

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